France Football

Keylor Navas, grande classe

- Texte Christophe Larcher

Par ses réflexes dingues, sa science du placement et son aura de champion, le Costaricai­n a mis fin au psychodram­e parisien autour du poste de gardien.

Keilor Antonio Navas Gamboa, dit Keylor Navas, n’a pas transfigur­é son poste à la manière d’un Manuel Neuer. Il n’occupe pas toute la place sur la ligne de but comme Thibaut Courtois (2 m, contre 1,85 m pour Navas). N’est pas gaulé comme un champion de MMA tel Jan Oblak et n’affiche pas la silhouette de beau gosse d’alisson. Mais, semaine après semaine, le natif du Costa Rica accomplit un exploit. Il a définitive­ment éradiqué l’affliction qui plombait le PSG sauce Qatar, cette absence de gardien indéfectib­le, pourtant un poste clé qui fait les grandes équipes et les épopées européenne­s. Acheté 15 M€ au Real Madrid, au grand désespoir de Zinédine Zidane qui sait ce qu’il lui doit, l’ancien Merengue ne porte la tunique parisienne que depuis septembre 2019. Mais ces dix-huit mois paraissent une douce éternité aux suiveurs du club tant il apporte calme et efficacité dans sa zone d’action.

BIENHEUREU­X POCHETTINO !

Il n’est pas hasardeux de croire qu’avec Keylor Navas (34 ans), le PSG n’aurait pas subi l’éliminatio­n in extremis devant Chelsea en 2014 (1-3, 2-0), la remontada catalane en 2017 (4-0, 1-6) et la débandade face à Manchester United en

2019 (2-0, 1-3). Ces soirs de ténèbres, ni Sirigu, ni Trapp, ni Buffon ne se sont montrés à la hauteur de l’enjeu. Et Alphonse Areola, enfant du club attendu comme le numéro 1 pour dix ans, a lui aussi flanché. Bienheureu­x Mauricio Pochettino, premier entraîneur de l’ère QSI à entamer son mandat sans noeuds au cerveau à propos d’un poste aussi fondamenta­l. Lui sait qu’il dispose de l’un des tout meilleurs spécialist­es au monde. À coup sûr, il pourrait avancer mot pour mot le commentair­e de son prédécesse­ur Thomas Tuchel, enchanté par les performanc­es de Keylor Navas en C1 : « C’est un élément clé avec son expérience et sa personnali­té. Il est extrêmemen­t serein, a beaucoup d’expérience dans cette compétitio­n. Il apaise les autres joueurs. »

De fait, que reprocher à cet évangélist­e acharné, sinon son goût suspect pour les teintes capillaire­s ? Certains le situent carrément dans le top 3 mondial, d’autres, fans des gabarits de golgoths, élargissen­t au top 8. Peu importe puisqu’on parle d’un quadruple finaliste de la Ligue des champions (titré en 2016, 2017, 2018 ; battu en 2020). Dans cette compétitio­n, le Costaricai­n pointe à 68,52 % de victoires, contre 14,81 % de défaites. « Il a disputé tellement de grands matches européens (NDLR : 54 en C1) sans jamais décevoir », résume Santiago Canizares, ex-portier de Valence et de la sélection espagnole.

Seul Neuer affiche un meilleur pourcentag­e d’arrêts en C1.

RÉFLEXES HORS DU COMMUN ET INSTINCT TRÈS SÛR

Afin de jauger le profil technique du portier parisien, autant le confronter au monarque Manuel Neuer, celui qui règne sur la discipline depuis bientôt une décennie. Les deux hommes ont vu le jour la même année (1986) mais figurent deux exacts contraires en termes de corpulence et de perception de leur mission. Les huit centimètre­s et treize kilos d’écart ne disent pas tout de l’opposition de styles. Longtemps jugé trop petit et fluet, Keylor Navas a été formé à l’école de football de sa ville natale de San Isidro El General, puis au Deportivo Saprissa, le grand club de la capitale du Costa Rica, San José. Dans la pure tradition d’amérique centrale, il a appris à régner dans ses 5,50 m, pas à étendre son périmètre au-delà. On ne le voit jamais s’échapper vers l’avant à la manière d’un Neuer, capable de lire et couper des trajectoir­es ou des courses venues de très loin.

Le révolution­naire allemand a suscité nombre de disciples dans le football d’aujourd’hui. Son confrère, arrivé en Europe à 23 ans, n’en fait pas partie. Tellement sûr de ses réflexes hors du commun et de son instinct qui fait sensation face à l’attaquant s’avançant vers lui, Keylor Navas préfère ne pas s’exposer au grand large, où le moindre aléa le rendrait impuissant. Devant sa cage, il chasse vite des deux pieds, gicle grâce à des appuis très nerveux, comme téléguidé par une vision éclair des angles de frappes.

Dans le genre, son sommet remonte au 26 novembre 2019, face à un Real déchaîné (2-2). Ce soir-là, ses dix arrêts décisifs finissent par écoeurer Benzema, Kroos, Isco et Marcelo. Ce génie du déplacemen­t est sa force première, mais toujours dans un placement bas, ce qui lui vaut certaines hésitation­s dans la lecture de la profondeur.

PAS ICI LA SORTIE ....

Finalement, issus de deux écoles, le Parisien et le Munichois se rejoignent sur le niveau de performanc­es. Le premier a joué quinze parties de C1 depuis l’été 2019 pour un total de sept clean sheets, le second est sorti invaincu huit fois en seize matches. Leurs homologues de haut vol, y compris Szczesny, Ter Stegen et Courtois, sont relégués très loin. Athlète peu porté sur la publicité et le geste de trop, le « Tico » parisien n’apparaît jamais en déséquilib­re sur un terrain.

Sans surprise, le décryptage de ses stats en Ligue des champions avec le PSG corrobore la formidable stabilité de sa ligne de performanc­es. Il effectue 2,7 arrêts par match. Dans un cercle de collègues à plus de dix rencontres depuis 2019*, il n’est devancé que par Ter Stegen et... Neuer (3,4). En pourcentag­e d’arrêts par match, seul le phénoménal Munichois le devance encore

(81,8 %) mais, avec 7 7,4 %, il se situe solidement au deuxième rang, bien devant Oblak (63 %) et Courtois (60 %). Preuve que le déficit de centimètre­s demeure un handicap tout relatif. La remarque vaut pour les sorties aériennes. À une époque où vitesse extrême des centres et revêtement des ballons interdisen­t aux goals de les bloquer, Keylor Navas ne s’aventure pas dans les mêlées incertaine­s en altitude, donc ne se retrouve jamais le cul par terre, spectateur de son supplice. La priorité est de rester sur ses appuis pour un arrêt réflexe sur la ligne, sa spécialité. Il choisit avec parcimonie ses sorties avec dégagement aux poings.

« Il a disputé tellement de grands matches sans jamais décevoir. » Santiago Canizares, ex-gardien de la sélection espagnole

SON APPORT RÉEL

NE SE CHIFFRE PAS

Reste la constructi­on du jeu, ou au moins son lancement, inévitable vertu exigée d’un gardien moderne. Malgré sa position basse, le Parisien ne fait pas pâle figure avec 6,2 passes courtes par match, soit dans les parages de Ederson (6,5), une référence en la matière. Symbole d’une prise de risques qu’il veut toujours minimale, il est plus productif en passes longues puisque son total atteint 11,7 par match. Ce qui le situe derrière Oblak (17,1) mais devant Neuer (9,9), Courtois (6,3) et Szczesny (3,3).

En revanche, aucune statistiqu­e ne mesure le principal apport du Costaricai­n à ce Paris-sg : une aura de champion modèle qui a tout vu et (presque) tout gagné, une stabilité émotionnel­le quand la tension fait fumer les têtes, un leadership sans barouf mais de chaque instant, des consignes pointues sur le terrain... Tout du très grand gardien de but, en somme. * Courtois, Ederson, Gulacsi, Neuer, Oblak, Szczesny, Ter Stegen.

 ??  ?? Prédilecti­on.
Keylor Navas, ici contre Basaksehir le 28 octobre 2020 (succès 2-0 du PSG), aime la C1. Il l’a remportée à trois reprises et ne compte que 14,81 % de défaites dans cette épreuve.
Prédilecti­on. Keylor Navas, ici contre Basaksehir le 28 octobre 2020 (succès 2-0 du PSG), aime la C1. Il l’a remportée à trois reprises et ne compte que 14,81 % de défaites dans cette épreuve.
 ??  ?? Calme.
Le Costaricai­n apporte sa sérénité à une arrière-garde parisienne qui, parfois, en manquait.
Calme. Le Costaricai­n apporte sa sérénité à une arrière-garde parisienne qui, parfois, en manquait.
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