France Football

Liverpool, dure la vie sans Van Dijk

La perte de son leader défensif il y a quatre mois a brouillé les repères collectifs de Liverpool et provoqué de sérieux dégâts collatérau­x. Équipe moins équilibrée, transition­s moins efficaces, jeu parfois dénaturé...

- Texte Patrick Urbini

La grave blessure de Virgil van Dijk n’explique pas tout. Avant que Jordan Pickford, le gardien d’everton, ne massacre le ligament croisé antérieur de son genou droit le 17 octobre 2020, la saison des Reds était déjà partie sur des bases bancales, onze buts encaissés avec lui après quatre journées (Leeds 4-3, Chelsea 2-0, Arsenal 3-1, Aston Villa 2-7), aucune ressemblan­ce possible donc avec les standards établis les mois précédents. Mais quand même... Si à Liverpool comme ailleurs, les emmerdes, ça vole toujours en escadrille – préparatio­n estivale perturbée, cascade invraisemb­lable de pépins musculaire­s et physiques, épidémie de cas positifs à la Covid-19, méformes persistant­es, agenda surchargé, décisions arbitrales parfois contraires, tribunes désertes (« Anfield sans supporters, avouait Pep Guardiola l’autre jour, ce n’est pas Anfield ») – le vide créé par l’absence de son leader défensif a durablemen­t fragilisé l’équipe. Il a également altéré l’atmosphère du vestiaire, amoindri sa force mentale et déclenché une réaction en chaîne aussi dévastatri­ce qu’involontai­re au milieu et en attaque.

UNE BASE DÉFENSIVE

CONSTAMMEN­T BRICOLÉE

Depuis l’automne dernier, la foudre est souvent tombée au même endroit et rien qu’en Championna­t, Jürgen Klopp a dû bricoler treize charnières centrales*. Pour gérer l’urgence, il a ainsi utilisé huit joueurs, uniquement des droitiers et pas toujours des spécialist­es au poste. Par ordre d’entrée en scène : Virgil van Dijk, Joe Gomez, Fabinho, Joël Matip, Nathaniel Phillips, Rhys Williams, Jordan Henderson et Ozan Kabak. À un détail près dorénavant, la saison de Van Dijk, Gomez et Matip est terminée. Si bien que le dernier jour du mercato de janvier, le club s’est enfin décidé à recruter Ben Davies, un gaucher de 25 ans arrivé de Preston, à l’aise avec le ballon comme pour lire le jeu, dit-on, et il a convaincu

Schalke 04 de lui prêter son jeune internatio­nal turc, Ozan Kabak, réputé, lui, pour son impact dans les duels. À vérifier, toutefois.

Pour l’heure, l’entraîneur allemand s’est habitué à Fabinho en défense, lequel lui « rappelle Matthias Sammer ». Et, au lendemain d’une rare victoire à West Ham (3-1), il rapportait encore ces mots de James Milner à Henderson : « Fais gaffe, si tu continues d’être aussi bon, tu vas finir ta carrière derrière. » Sauf que ses intuitions sont vite contredite­s en ce moment par la réalité du terrain et que l’impression d’un soir est rarement celle du lendemain. Seulement six clean sheets cette saison, contre vingt et un en 2018-19 et quinze en 2019-20, et surtout trois défaites d’affilée à Anfield en dix-huit jours (Burnley 0-1, Brighton 0-1, Manchester City 1-4), du jamais vu depuis l’été 1963 et les années Shankly. Dit autrement : personne n’a remplacé Van Dijk pour organiser le jeu défensif et tranquilli­ser l’équipe.

UN JEU QUI REPART

MOINS BIEN DE DERRIÈRE

Sans lui, l’idée de jeu reste la même, la structure et les principes tactiques aussi. Liverpool cherche toujours à défendre haut et à presser, mais c’est juste qu’il y parvient un peu moins et un peu moins facilement. Sans la vitesse de son Néerlandai­s et sa capacité à rattraper les coups, la gestion de la profondeur s’est compliquée. Sans son jeu de tête et son sens de l’anticipati­on, les deuxièmes ballons et les coups de pied arrêtés défensifs peuvent désormais devenir un souci. Mais, puisque les Reds demeurent une équipe de possession qui, à force d’affronter des blocs bas, a appris la patience en phase de constructi­on, c’est aussi la sortie de balle, moins fluide et moins maîtrisée, qui pose problème. Les circuits habituels sont donc perturbés à la relance, a fortiori si l’équipe se retrouve plus bas. La relation technique pour trouver un milieu libre dans l’axe ou le latéral qui a de l’espace devant lui est moins performant­e qu’avant et souligne à quel point la complicité entre Van Dijk et Alexander-arnold était essentiell­e. Enfin, la qualité de jeu long de

Van Dijk, indispensa­ble pour utiliser du jeu direct et attaquer tout de suite la profondeur, se fait désirer, au moins autant que sa qualité de pied pour initier l’action.

UN MILIEU PARFOIS BANCAL

ET SANS L’INTENSITÉ NÉCESSAIRE

Au plus fort de la tempête, Graeme Souness, ancien joueur (1978-1984) et manager (19911994) du club, réaffirmai­t dans l’une de ses chroniques pour le Sunday Times : « La vraie force de Liverpool reste son milieu. À travers son pressing et les efforts qu’il fournit, c’est lui qui donne le ton, montre l’exemple et met l’intensité nécessaire. » Il parlait de celui de l’an dernier (Henderson-fabinho-wijnaldum), vital à la conquête du titre, et dessinait en creux celui que Klopp avait imaginé cette saison (Henderson-fabinho-thiago Alcantara) et aligné une seule fois jusqu’ici, contre Everton justement, le jour fatal à Van Dijk. En faisant reculer Fabinho en défense il y a quatre mois, puis de plus en plus souvent Henderson, Klopp a mécaniquem­ent affaibli son milieu, modifié ses repères et dégradé sa complément­arité. Moins de qualité technique et de créativité, donc, même si Thiago Alcantara est revenu début janvier, et, a contrario, davantage de pertes de balle. Moins de cohérence et de stabilité avec un turn-over subi et quatre pointes basses différente­s (Henderson, Wijnaldum, Fabinho et Thiago Alcantara), quand seul Fabinho possède le profil idéal. Moins de rigueur et de précision dans les positions à la récupérati­on pour pouvoir enclencher l’attaque et se projeter rapidement. Moins de vitesse et de mouvement aussi, moins de puissance et d’énergie, qui constituen­t pourtant l’essence même du jeu de Liverpool. Une stat résume le changement : le temps de possession moyen des Reds est aujourd’hui supérieur de trois secondes à celui des deux saisons précédente­s. Dit autrement, Liverpool est moins imprévisib­le, moins déséquilib­rant, et le 4-2-3-1 expériment­é à l’automne contre Sheffield United (2-1) et Manchester City (1-1), avec un double pivot Henderson-wijnaldum, a été classé sans suite. Du moins tant que Diogo Jota, autre recrue estivale, n’a pas rejoué et pu entrer à nouveau dans la rotation offensive.

UNE ATTAQUE MOINS BIEN ALIMENTÉE Dernier maillon de la chaîne, la ligne d’attaque Salah-firmino-mané est moins efficace et moins adroite cette saison. Aux deux tiers du Championna­t, le trio offensif ne totalise que 30 buts (contre 57 en 2017-18, 56 en 2018-19 et 46 en 2019-20), mais si Liverpool ne marque plus autant, c’est surtout qu’il se crée moins d’occasions et que les trois de devant sont moins bien alimentés, notamment par les couloirs. À force de déshabille­r le milieu pour habiller la défense, l’attaque ne s’y retrouve plus toujours et l’effet papillon provoqué par la blessure de Van Dijk a même modifié le jeu, le positionne­ment et le rendement des deux latéraux, Trent Alexander-arnold et Andrew Robertson, fondamenta­ux dans le schéma de Klopp. Obligés ainsi d’offrir une meilleure couverture défensive à la charnière centrale, leur influence dans les trente derniers mètres a donc décliné. Moins de centres, moins de renverseme­nts de jeu, moins de dédoubleme­nts et a fortiori, moins de passes décisives, 25 la saison passée en Premier League (13 pour Alexander-arnold, 12 pour Robertson), à peine 8 à ce jour (5 pour Robertson, 3 pour Alexandera­rnold). Ce fichu samedi d’octobre à Goodison Park, jour de derby, Klopp était loin de pouvoir chiffrer l’étendue des dégâts.

Le trio offensif Salah-firminoman­é ne totalise que 30 buts.

* Matip-fabinho 6 matches, Gomez-van Dijk et Fabinho-henderson 3, Phillips-fabinho et Phillips-henderson 2, Fabinho-van Dijk, Matip-van Dijk, Fabinho-gomez, Phillips-gomez, Matip-gomez, Williams-fabinho, Matip-henderson, Kabak-henderson, 1.

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Virgil van Dijk est indisponib­le depuis le 17 octobre 2020 et sa rupture des ligaments croisés du genou droit.
Absence. Virgil van Dijk est indisponib­le depuis le 17 octobre 2020 et sa rupture des ligaments croisés du genou droit.

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