France Football

Andrea Pirlo, formation continue

Après des débuts compliqués, l’entraîneur de la Juventus, pour sa première expérience sur le banc, semble avoir trouvé ses marques. Plus pragmatiqu­e que théoricien, il avance en apprenant.

- Texte Valentin Pauluzzi

Un parfait néophyte sur un banc aussi prestigieu­x que celui de la Juventus, cela intrigue. De fait, rarement un entraîneur aura été autant épié à ses débuts. Et on parle là d’un vrai néophyte puisque Andrea Pirlo, 41 ans, n’a pas exercé dans des équipes de jeunes. Il n’a même pas eu le temps de diriger une seule séance d’entraîneme­nt avec les U23 bianconeri pour lesquels il avait été engagé le 30 juillet car, huit jours plus tard, il était promu avec l’équipe une à la suite du limogeage de Maurizio Sarri. L’immense carrière de joueur de Pirlo, maître à jouer du Milan d’ancelotti, de l’italie championne du monde 2006 et d’une Juve qui renaissait de ses cendres, suscitait des attentes importante­s d’abord, des jugements déséquilib­rés ensuite. Or, que ce soit les louanges après une victoire sans briller ou les critiques après un revers sans démériter, l’ancien milieu a su, fidèle à son tempéramen­t, rester impassible. Les résultats et le contenu des premiers mois ont été laborieux, mais l’italien a affiné ses idées et en récolte aujourd’hui les fruits. Après une vilaine défaite le 17 janvier contre l’inter (0-2), sa Juventus a enchaîné six victoires, remportant au passage la Supercoupe d’italie, se qualifiant pour la finale de la Coupe d’italie et revenant au galop dans la course au titre, malgré le revers subi le week-end dernier à Naples (1-0). La semaine dernière, aux micros de Sky, il a fait lui-même un premier bilan de son nouveau poste : « J’ai progressé parce que les matches vous font grandir, les défaites aussi (NDLR : au nombre de 4 en 32 rencontres seulement), donc c’est normal. C’est ma première expérience et chaque petite chose peut me permettre de m’améliorer. »

DU FOOTBALL LIQUIDE

En septembre dernier, Pirlo prônait un football fait de possession et de pressing haut. Comme tous les technicien­s modernes, en somme.

Son mémoire de fin d’études, dont il venait de passer la soutenance, a été résumé en ces termes par la presse transalpin­e : « Un football liquide. » Il n’apparaît en fait qu’une fois, page 3 : « À travers les exercices, nous voulons aider les joueurs à reconnaîtr­e les situations et à s’adapter au contexte de plus en plus liquide des matches. » Dans un sport où l’on n’attribue pas des postes mais des tâches, Pirlo a poussé cette tendance à l’extrême et son système de jeu est difficile à identifier. Cela tend vers le 4-4-2, mais donne un 3-5-2 en phase de constructi­on, puis un 3-2-5 dans la moitié de terrain adverse avec les ailiers et un des deux arrières latéraux sur la ligne des deux attaquants. « On défend toujours en 4-4-2, mais on construit différemme­nt. Les sorties de balle dépendent de la façon dont les adversaire­s viennent nous presser », expliquait-il sur la RAI après s’être débarrassé de l’inter pour filer en finale de la Coupe d’italie (2–1, 0-0).

Entre 2009 et 2015, Claudio Marchisio a côtoyé Pirlo à la Juventus et en sélection. Aujourd’hui retraité des terrains, l’ancien milieu bianconero l’observe attentivem­ent : « Grâce aux huis clos, on entend bien les voix des protagonis­tes. Andrea répète souvent “calme, calme” afin que ses joueurs construise­nt tranquille­ment et trouvent la faille. La Juve a progressé dans la gestion du match, elle subit moins et encaisse moins de buts. Auparavant, elle était trop facilement en danger, surtout en contre lorsqu’elle perdait le ballon. Même les petites équipes pouvaient la mettre en difficulté. »

« Jouer de la même manière est trop schématiqu­e. » Andrea Pirlo

COMPARÉ À MASSIMILIA­NO ALLEGRI Pirlo ne s’est pas formalisé. Il cherche toujours à faire respecter ses principes, mais accepte d’avoir moins le ballon, de défendre plus bas et

de s’en remettre aux contre-attaques. C’était le cas contre la Roma le 6 février avec seulement trois tirs, tous décochés par Cristiano Ronaldo. « Nous avons fait le match que la Roma avait fait à l’aller où, quand nous cherchions à occuper le terrain, eux étaient repartis plusieurs fois en contre pour nous mettre en difficulté.

On a donc étudié ce retour à l’envers, à savoir en essayant de bien défendre et de trouver la solution après avoir récupéré le ballon, car ils nous laissaient de la place pour attaquer. C’est le type de rencontre qu’on pourra rééditer à l’avenir, car, en jouant tous les trois jours, vous ne pouvez pas toujours avoir les capacités physiques pour presser », analysait Pirlo au soir de cette victoire (2-0) qui hissait la Juve sur le podium de la Serie A pour la première fois de la saison.

Le retour en forme de l’éternel Giorgio

Chiellini (36 ans) a également permis de stabiliser la défense, avec six clean sheets sur les sept derniers matches. De quoi provoquer des comparaiso­ns pernicieus­es avec la cynique Juventus de Massimilia­no Allegri (2015-2020) : « Ça ne me dérange pas, ça me fait même plaisir. Si je dois gagner ce qu’il a gagné, vous pouvez tranquille­ment dire que je suis un “allegriano” », rétorquait Pirlo. C’est là que Marchisio intervient : « Andrea n’a pas construit cette équipe, il s’est retrouvé sur le banc à la dernière minute après un mercato plutôt étrange. En fait, c’est une Juve très caméléon, avec de nombreux éléments hybrides. Il a la possibilit­é de changer d’identité et c’est une énorme chance. Son effectif lui permet d’utiliser différents styles de jeu. Par exemple, devant, quand il y a Morata et Chiesa, son équipe peut repartir rapidement avec trente mètres de profondeur ; lorsque ce sont CR7 et Dybala, elle se repose sur leur très haut niveau technique. »

UN ÉVENTAIL DE PROFILS

L’une des clés est aussi d’avoir trouvé la bonne formule au milieu de terrain en se passant d’un profil à la... Pirlo. Arrivé du Barca dans le cadre d’un échange avec Miralem Pjanic, le Brésilien Arthur est en effet aligné en relayeur et non devant la défense : « C’est le seul qui offre de l’assurance dans la possession pour sortir de situations difficiles, poursuit Marchisio.

Les autres possèdent des caractéris­tiques différente­s. Mckennie attaque la profondeur,

Bentancur est tactiqueme­nt très intelligen­t mais se projette moins, et Rabiot, c’est la force athlétique. » Cet éventail de profils, au milieu de terrain comme dans les autres compartime­nts du jeu, sont autant d’atouts pour trouver la clé. Pirlo a ainsi passé un premier palier, son football n’est plus théorique mais pratique. Le « Maestro » l’a reconnu sans sourciller au début du mois : « Parce que les matches ne sont pas tous pareils et qu’il y a beaucoup de tactique en Italie, j’affronte des équipes aux systèmes de jeu très variés. À chaque rencontre, je dois trouver une solution différente, car, jouer de la même manière est trop schématiqu­e. Les adversaire­s s’en aperçoiven­t et ça devient plus difficile. J’apprends beaucoup de choses. » Et à vitesse grand V, comme celui de la Vieille Dame.

« C’est une Juve très caméléon, avec de nombreux éléments hybrides. » Claudio Marchisio, ancien joueur de la Juve

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Grâce aux caractéris­tiques protéiform­es de ses joueurs, Andrea Pirlo, 41 ans, fait sans cesse varier le système de jeu de la Vieille Dame, qu’il dirige depuis août dernier.
Insaisissa­ble. Grâce aux caractéris­tiques protéiform­es de ses joueurs, Andrea Pirlo, 41 ans, fait sans cesse varier le système de jeu de la Vieille Dame, qu’il dirige depuis août dernier.

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