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Sven Botman : « Je suis juste un jeune type qui court après ses rêves »

« Je suis juste un jeune type qui court après ses rêves » Formé à Amsterdam, le puissant Batave de 21 ans a dû s’exiler pour donner la pleine mesure de son talent. Juste avant d’affronter sa maison-mère, il raconte pourquoi ça n’a pas fonctionné à l’ajax.

- Texte Thymoté Pinon

« On imagine qu’on vous parle souvent de votre nom de famille, Botman, homme robot en anglais...

(Il feint d’être surpris avant de rire.) Des gens parlent de machine, d’autres de robot. Certains de mes coéquipier­s m’appellent Robocop depuis mon arrivée à Lille ! (Rires.) Souvent, d’ailleurs.

À quel point trouvez-vous que votre nom vous correspond ?

(Il réfléchit.) Disons que la plupart des matches que j’ai disputés ici se sont bien passés. Je suppose donc que cela vient de là. Peu de gens s’attendaien­t à ce que je joue de cette manière, que ce soit ça mon style de jeu et que tout se passe aussi bien. Ce doit être pour ça...

De l’extérieur, tout le monde trouve qu’il vous va bien. Mais que renferme l’armature de Botman ?

Je suis le même sur le terrain et en dehors !

(Il réfléchit à nouveau.) Je ne suis pas du genre à beaucoup parler, mais je ne suis pas non plus du genre à me retenir quand il faut dire les choses. Je ne vais pas avoir peur, estimer que je ne dois pas dire telle ou telle chose. Je pense à ce que je dois dire et faire dans l’intérêt du groupe. Si ce que je dois dire ou faire va dans cette direction-là, alors, je parle ou j’agis.

Mais vous êtes plutôt un type réservé, quand même...

En fait, je ne suis pas du genre à penser trop grand. Je dirais même que je suis plutôt humble. Ce qui m’importe, c’est d’avoir de bons rapports avec les gens. Cela va de ma famille à mes partenaire­s, en passant par Nikkie (NDLR : Bruinenber­g, son agent). C’est ce qui compte. Mais, si vous voulez que je résume mon caractère, je dirais que je suis juste un jeune type qui court après ses rêves.

Une course qui s’apparente à du saut de haies. Tout n’a pas été aussi simple que ce que votre niveau actuel laisse penser...

Disons que ça n’a pas été aussi linéaire que pour d’autres. J’ai dû partir de l’ajax pour aller chercher du temps de jeu. Après mon année à Heerenveen

(où il a évolué, en prêt, lors de la saison 2019-20) ,je ne vais pas vous mentir, je pensais que j’allais être titulaire à l’ajax. Mais Lille est arrivé et ça s’est fait très rapidement. Ç’a été deux folles semaines, d’ailleurs.

Racontez-nous...

Encore une fois, ma tête était à Amsterdam quand je suis revenu d’heerenveen. Mais Lille a montré qu’il me voulait vraiment, et tout s’est réglé super rapidement. L’essentiel, c’était de continuer à progresser, cela semblait donc être une bonne option. Après avoir joué au plus haut niveau national dans mon pays, c’était cohérent de partir pour la France dans un club qui cherche à se battre pour le titre. Finalement, ces étapes-là sont de bons paliers intermédia­ires pour un jeune joueur qui cherche à se développer.

« Certains coéquipier­s m’appellent Robocop. »

Diriez-vous que votre style de jeu, porté sur une approche assez physique du poste de défenseur central, n’était pas adapté à celui de l’ajax ?

Je n’irais peut-être pas jusque-là, mais ce qui est certain, c’est que la manière dont Lille joue me va très bien. Plus globalemen­t, la manière dont de nombreuses équipes évoluent désormais, que ce soit ici, en Angleterre ou en Italie, est plus adaptée à mon style. J’adore jouer des duels, disputer des matches engagés, intenses. À Amsterdam, la priorité, c’est la possession. Vous avez le ballon 60 % du temps. C’est... différent.

Vous auriez pu vous adapter, non ?

Je ne pense pas que jouer dans une équipe qui possède le ballon soit un gros problème pour moi. Mais, disons qu’à l’ajax, vous devez presque être meilleur avec le ballon qu’en défense. Même en évoluant au poste de central ! Ce sont toutes ces considérat­ions qui m’ont poussé à choisir le LOSC. Ce style intense me va bien.

Johnny Jansen, votre ancien coach à Heerenveen, nous a assuré que si l’ajax vous avait laissé du temps, ç’aurait fini par matcher.

On ne saura jamais car j’ai choisi un chemin différent. Mais oui, si j’étais resté à l’ajax, j’aurais forcément progressé balle au pied. J’aurais fini par correspond­re au style de jeu maison. Mais peut-être pas aussi bien qu’ici. Dans ma tête, c’était clair. Je ne dis pas que ç’a été facile, mais c’était assez net pour choisir Lille.

L’été précédent, c’est un autre choix qu’il vous avait fallu faire. Heerenveen aussi, c’était une évidence ?

Quand je suis arrivé là-bas, j’avais 18 ans, presque 19. Si vous voulez progresser, vous faire un nom en quelque sorte, vous devez vous montrer à la télé au plus haut niveau. C’était mon choix d’y aller. L’ajax m’avait fait comprendre qu’il voulait me garder pour intégrer le groupe pro mais je sentais bien que ce n’était pas pour un rôle important. Quand Heerenveen est arrivé, c’est rapidement devenu limpide dans ma tête. C’était juste le bon challenge à relever, en fait.

À quel point ce club de Heerenveen a-t-il été important pour vous ?

C’est l’année durant laquelle j’ai pu prouver des choses. C’est tout simplement ce qui m’a permis d’atterrir en Ligue 1. Là-bas, grâce à des interventi­ons défensives, quelques actions, les supporters m’ont vite soutenu. Je me souviens notamment d’un tacle glissé qui avait provoqué une ovation, et le coach Jansen me le repassait en boucle lors des séances vidéos en disant : “C’est ça que je veux !’’ (Il mime son ancien entraîneur.) C’est là-bas que tout s’est aligné, puis

« Je ne suis pas du genre à penser trop grand. »

enclenché. C’est à Heerenveen que je me suis fait un nom.

Là-bas, comme ici, personne ne s’attendait à ce que vous performiez autant. C’est en tout cas ce que ceux qui vous ont recruté nous ont avoué...

Personnell­ement, je n’essaye jamais de prédire le futur. Je ne suis jamais arrivé à un endroit en me disant qu’il fallait que j’y prouve ci ou ça, que je n’en repartirai qu’après y avoir accompli telle ou telle chose. Je laisse ça aux gens, moi, je me dis juste qu’on verra bien ce qui va se passer. Mais oui, je sais que personne ne s’attendait à ce que ça se passe comme ça, ni en Eredivisie, ni en L1.

Et vous, dans votre for intérieur, vous vous y attendiez ?

Je le répète, je ne suis pas du genre à me projeter plus que cela. Mais, pour être tout à fait honnête...

(Il réfléchit.). Je crois toujours en moi, mais de là à jouer toutes les minutes, que tout se passe aussi bien... Je pense en tout cas que ça me résume assez bien : je crois en moi, mais pas de là à imaginer les plus grandes choses non plus. C’est un équilibre.

Vous êtes en tout cas la preuve vivante que c’est le contexte qui détermine le vrai niveau d’un joueur...

(Ferme.) Je suis persuadé de ça, c’est évident. Avant que je ne prenne la décision de venir, Lille m’a exposé son plan. J’y croyais dur. Et ça s’est vérifié une fois sur place. Ce Championna­t et le mélange entre physique et technique me conviennen­t !

Et puis, il y a le plan de Christophe Galtier, qui semble presque taillé pour vous. Il vous permet de défendre de manière agressive et ne vous fait pas porter le poids de la première relance et de la création...

Vous avez raison. Tout le monde est important ici, mais il y a un parfait équilibre. C’est un peu ce que vous décrivez, avec des mecs qui savent parfaiteme­nt ce qu’ils doivent faire. C’est ce qui nous permet d’être en course pour le titre.

Mais vous, qu’est-ce que vous préférez ?

J’aime avoir le ballon ! Mais je pense que si je devais montrer mes qualités à tout le monde sur un match, je choisirais une rencontre durant laquelle je dois défendre... (Il sourit.) C’est durant ce type de match que je suis le meilleur. Obtenir un clean sheet, ça, je sais faire. Mais, au fond, j’aime jouer, faire des passes. Sans ça, vous ne marquez pas, donc collective­ment, je préfère tout de même les matches durant lesquels on possède la balle.

Qu’est-ce qui est le plus important pour un défenseur qui veut aller tout en haut : être correct avec et sans le ballon ou très fort dans l’un de ces deux secteurs de jeu au détriment de l’autre ?

Je crois que vous devez être bon dans les deux ! Les meilleures équipes ont beaucoup le ballon, donc, vous ne pouvez pas être trop limité à ce niveau-là. Mais... (Il réfléchit.) Non, vous devez avoir les deux ! Si vous voulez faire partie du top, vous n’avez pas le choix.

Il faut aussi aimer parler, donner des consignes, encourager...

Si vous voulez atteindre des objectifs élevés et avoir un impact sur le groupe dans lequel vous évoluez, vous devez faire tout ça. Une bonne équipe, c’est avant tout des gens qui s’aident, qui se stimulent les uns les autres.

Êtes-vous du genre à prendre la parole à l’intérieur du vestiaire malgré votre âge ?

Je suis quelqu’un de plutôt avenant, j’aime bien parler. Que ce soit sur le terrain ou dans le vestiaire. Je ne suis pas quelqu’un qui va rester dans son coin, sans s’exprimer ou presque. Au départ, ici, c’était un peu compliqué parce que je ne parle pas encore votre langue, mais, après quelques semaines et en utilisant un peu l’anglais, j’ai rapidement commencé à parler avec les uns et les autres. J’échange notamment beaucoup avec Ikoné et Bamba. Mais, pour en revenir à la question précédente, vous devez surtout trouver les mots justes quand vous vous exprimez. Il faut ménager les susceptibi­lités.

En français ou en anglais ?

Je ne vais pas mentir : en français, c’est difficile d’aborder des sujets complexes, mais je progresse. J’alterne entre Duolingo (un site internet qui permet de travailler les langues) et des cours particulie­rs. Je dois encore m’améliorer, mais ne vous inquiétez pas, j’arrive à communique­r avec tout le monde... (Il sourit.)

Et notamment avec José Fonte. Ç’a tout de suite collé avec lui ?

Dès le premier match, on a eu une bonne connexion. On parle beaucoup ensemble, depuis le départ. Il possède cette expérience qui peut vous permettre de progresser. Il est âgé (37 ans)

(il rit), il a longtemps joué en Angleterre... J’apprends beaucoup de lui. Je vous ai dit que je n’hésitais pas à parler, mais je n’hésite pas non plus à poser des questions. Et ses réponses m’aident. Il est important pour moi sur et en dehors du terrain. J’adore mon “partner in crime’’ (“complice’’ en anglais) ! (Il sourit.)

Quel est votre meilleur souvenir avec lui jusque-là, et plus globalemen­t avec le LOSC depuis que vous êtes arrivé en France ? Quelque chose qui résume vos débuts idylliques...

(Il réfléchit.) Le plus beau moment jusque-là, c’est la victoire à Milan (en Ligue Europa, le 5 novembre 2020) ! Sans hésiter. Gagner 3-0 à

San Siro, c’est quelque chose. Sur le terrain, tu ne réalises peut-être pas tout à fait, mais, dans le vestiaire, ce que l’on venait d’accomplir transpirai­t sur les visages de chacun. Le retour à Lille a été top aussi. Il y avait une top ambiance dans l’avion. C’est pour ces moments-là que nous faisons ce métier. J’espère qu’on va en vivre d’autres. »

« Personne ne s’attendait à ce que ça se passe comme ça, je le sais. »

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Le défenseur central (tout en haut) n’est pas le dernier à célébrer les buts de ses coéquipier­s.
Osmose. Le défenseur central (tout en haut) n’est pas le dernier à célébrer les buts de ses coéquipier­s.
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Sven Botman adore défendre mais aussi avoir le ballon. À Lille, il est servi.
Qualités. Sven Botman adore défendre mais aussi avoir le ballon. À Lille, il est servi.
 ??  ?? Summum. Pour le moment, le plus beau souvenir de Sven Botman avec le LOSC est le succès à Milan face à Ibrahimovi­c (0-3), le 5 novembre 2020.
Summum. Pour le moment, le plus beau souvenir de Sven Botman avec le LOSC est le succès à Milan face à Ibrahimovi­c (0-3), le 5 novembre 2020.

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