Sar ti stes Le PUS­SY P R I D E

Glamour (France) - - Glam Magazine -

Con­nais­sez-vous Eu­frat Mai ? Cette ac­trice por­no sert de mo­dèle aux Fle­sh­lights, les plus cé­lèbres sex toys pour hommes. Alors à quoi res­semble le sexe idéa­li­sé dis­po­nible en mil­lions d’exem­plaires ? Pe­tit, lisse, sy­mé­trique, soit une sur­face « jeune » dont rien ne dé­passe. On touche ici à une ques­tion clé : qu’est- ce qu’un beau sexe ? Du cô­té des hommes in­ter­ro­gés, peu de dik­tats. Un beau sexe est un sexe consen­tant, l’as­pect ana­to­mique est ra­re­ment men­tion­né. Ce­la dit, des femmes souffrent jus­qu’à se tour­ner vers la chi­rur­gie : en An­gle­terre, on no­tait ré­cem­ment une pro­gres­sion des opé­ra­tions de 100 % en un an. Il s’agit sou­vent de ré­duire des lèvres ju­gées trop pro­émi­nentes (la la­bio­plas­tie). Comme le note le chi­rur­gien et uro­logue Gé­rard Zwang, « la seule vulve aper­çue dans la vie de­meure celle des pe­tites filles, et c’est à ce mo­dèle pré­pu­bère “in­no­cent” que veulent se confor­mer celles que leur sexe dé­range. » Même constat pour Jean-mi­chel Huet, psy­cha­na­lyste : « Ce sont des choses que j’en­tends par­fois, “mon sexe n’est pas beau”. On peut par­ler de dys­mor­pho­pho­bie : il s’agit d’une ap­pa­rence ima­gi­naire, dans la me­sure où peu de femmes re­gardent leur sexe dans le mi­roir. Quand elles le ma­ni­pulent c’est du bout des doigts la plu­part du temps. » Trop grosse, la vulve ? Rap­pe­lons quelques faits mé­di­caux : si on a de la chair à cet en­droit, c’est pour pro­té­ger nos pré­cieux or­ganes, pour fa­ci­li­ter le plai­sir, la pé­né­tra­tion (on ap­pelle les pe­tites lèvres le « ves­ti­bule » : tout un pro­gramme)… et la pro­créa­tion. Il faut bien faire pas­ser les bé­bés quelque part ! Nous avons toutes en tête le scan­dale pro­vo­qué en son temps (1866) par le buis­son noir de L’ori­gine du monde de Cour­bet. Près de 150 ans plus tard, on peut en­core se faire ban­nir d’ins­ta­gram pour quelques mèches re­belles ! Cette mésa­ven­ture est ar­ri­vée, en jan­vier der­nier, à une agence aus­tra­lienne. Sur la pho­to : deux man­ne­quins en maillot de bain dont dé­pas­saient quelques poils bruns. Alors, poil mau­dit, poil ado­ré ? Au­jourd’hui, le dé­bat pi­leux fait tou­jours rage : alors qu’on nous pré­di­sait un re­tour du full-bush (le large buis­son), l’épi­la­tion in­té­grale reste la norme mé­dia­tique avec à l’ar­ri­vée une ten­dance lourde : 45 % des femmes de moins de 25 ans pra­tiquent l’épi­la­tion in­té­grale du pu­bis, contre 14 % tous âges confon­dus (Ifop). Mais toutes les filles ne le font pas de gaie­té de coeur : « Se faire épi­ler, c’est la si­tua­tion où je me sens le plus alié­née, confie Tris­tanne. Quand je suis jambes écar­tée de­vant une femme que je ne connais pas, j’en­rage. Je le fais parce que ne pas être épi­lée sur la plage c’est qua­si un signe de dé­clas­se­ment, c’est l’in­jonc­tion faite aux femmes la plus ab­surde. » Com­ment être en paix avec un sexe qu’il faut constam­ment dé­brous­sailler, maî­tri­ser, sa­chant que « ça » re­pous­se­ra ? Pour cer­taines, la so­lu­tion, c’est… le couple. « L’épi­la­tion fait par­tie des pre­mières dé­marches

Vue d’in­side… An­nie Sprinkle connue pour « Pu­blic Cer­vix An­nou­ce­ment » , une per­for­mance du­rant la­quelle le pu­blic peut re­gar­der son col de l’uté­rus via un spe­cu­lum (comme chez le gy­né­co). L’ar­tiste fé­mi­niste ja­po­naise Me­gu­mi Iga­ra­shi cir­cule, elle, dans un kayak des mers en forme de vulve (1).

Ré­ha­bi­li­ter les règles Aux Etats-unis, la plas­ti­cienne Va­nes­sa Tiegs a créé 88 ta­bleaux abs­traits, réa­li­sés avec le sang de ses règles, sous le titre Mens­tra­la. En Aus­tra­lie, Ca­sey Jen­kins tri­cote avec des pe­lotes

de laine in­sé­rées dans son va­gin (2). La Chi­lienne Ca­ri­na Úbe­da a ex­po­sé des ser­viettes et tam­pons usagés dans des ex­po­si­tions consa­crées au cycle de l’ovu­la­tion (3).

En chan­son, les ● mé­lo­manes ap­pré­cie­ront la dé­li­cieuse Ju­lia Pa­lombe, qui chante des hymnes pop : « Aux dires des pu­bli­cistes / Mon cli­to c’est un kyste / Oui oui oui j’aime mon va­gin / Et mes poils pu­biens. »

En­fin, pour la lit­té­ra­ture, im­pos­sible de ne pas ci­ter Eve Ens­ler et ses Mo­no­logues du va­gin, qui reste THE ré­fé­rence ab­so­lue.

Mon sexe est- il

beau ?

On en est où du

poil ?

de sé­duc­tion, mais très vite on laisse tom­ber, sauf pour des oc­ca­sions spé­ciales. Un re­pos bien mé­ri­té », se ré­jouit Laure, 29 ans. L’his­to­rienne Diane Du­cret, au­teure d’un ar­ticle sur l’épi­la­tion dans Va­ni­ty Fair, est, elle, pour l’in­sur­rec­tion : « Dès qu’elle est choi­sie, l’épi­la­tion est une dé­cla­ra­tion de li­ber­té et d’in­dé­pen­dance, mais im­po­sée elle est le comble de l’alié­na­tion. Mes­dames, (…) ne to­lé­rez au­cun dik­tat dans votre pe­tite cu­lotte. » Le par­fum de notre sexe porte un ima­gi­naire aux ex­trêmes in­con­ci­liables : on parle de fruits de mer, d’aci­di­té, pour­tant la lit­té­ra­ture com­pare vo­lon­tiers la vulve à une rose. Avec à l’ar­ri­vée, l’im­pres­sion de ne ja­mais sen­tir comme il faut. Il suf­fit de voir l’éten­due du rayon « hy­giène in­time » pour me­su­rer le poids de cet im­pé­ra­tif à fleu­rer bon. Douches va­gi­nales, lin­gettes net­toyantes, ser­viettes an­ti-odeurs, il fau­drait même por­ter des pro­tège-slips pour gar­der une cu­lotte im­ma­cu­lée. Tel un nour­ris­son, nous voi­ci donc condam­nées à por­ter des couches (rap­pe­lons que les pertes sont le signe que le va­gin s’au­to-net­toie cor­rec­te­ment). « Les marques contri­buent à ren­for­cer ce ta­bou dans notre so­cié­té et l’au­to-culpa­bi­li­sa­tion des femmes », ex­pli­quait aux Inrocks Anne- Cé­cile Mail­fert, porte-pa­role du mou­ve­ment Osez le fé­mi­nisme dont la pro­chaine cam­pagne ci­ble­ra le su­jet des lin­gettes par­fu­mées. Pire en­core, une start-up an­non­çait un com­plé­ment ali­men­taire pour sen­tir… la pêche. Le va­gin qui sent comme un sham­pooing, vrai­ment ? Pour­tant, il est peu pro­bable qu’un cun­ni­lin­gus « che­wing-gum » ex­cite vrai­ment les hommes. « Si on com­mence à en­le­ver les poils et l’odeur, ça fait beau­coup, non ? Au­tant sup­pri­mer la femme », plai­sante Alexis, 29 ans. De même que la douche sys­té­ma­tique avant de cou­cher peut de­ve­nir un sé­rieux ri­tuel an­ti-sexe. L’ar­gent a une odeur, le plai­sir aus­si. Chaque femme pos­sède une « si­gna­ture ol­fac­tive » unique qui dé­pend, pour celles qui ne prennent pas la pi­lule, du cycle ova­rien. Et comme la na­ture est bien faite, les hommes pré­fèrent les odeurs fé­mi­nines lors de la pé­riode d’ovu­la­tion. Suis-je as­sez mus­clée, suis-je as­sez ser­rée? Un « pe­tit » va­gin est-il meilleur pour nos par­te­naires et pour nous ? Ou s’agit-il d’une lé­gende ur­baine ? « C’est quelque chose dont on ne parle ja­mais entre potes, par contre c’est pré­sent dans l’ima­gi­naire, ra­conte Mat­thias, 32 ans. La fille ser­rée donne l’im­pres­sion d’avoir un sexe plus gros. Mais ça reste de l’ordre du fan­tasme. A la moindre dou­leur de ma co­pine, je culpa­bi­lise comme un ma­lade. » Sur notre échan­tillon test, une ma­jo­ri­té d’hommes ap­pré­cie la sen­sa­tion d’être « bien te­nus » avec une énorme nuance entre va­gins mus­clés (sous contrôle de la femme) et va­gins étroits (per­çus comme un pro­blème). L’idéal ? Une femme to­nique, sans obli­ga­tion de ré­sul­tats. On est loin des ping-pong shows thaï­lan­dais, et per­sonne ne vous de­mande d’ou­vrir des bou­teilles de Co­ca avec votre sexe. Pour­tant, les com­plexes sont là, en par­ti­cu­lier après un ac­cou­che­ment. « Per­sonne n’ex­plique ja­mais à quel point on est cen­sée être mus­clée – par rap­port à quoi, par rap­port à qui ? C’est très per­ni­cieux », confie Anaïs, 29 ans. Cette in­cer­ti­tude, bien réelle, se trouve à l’ori­gine de nou­veaux sex toys à sti­mu­la­tions élec­triques, d’ap­plis ou de jeux vi­déo d’exer­cices va­gi­naux. A quoi s’ajoutent des gels raf­fer­mis­sants, voire des gels « pre­mière fois ». Am­biance. Alors, que faire ? Soit re­non­cer à mon­ter sur le po­dium des J.O. va­gi­naux. Soit re­prendre le pou­voir : ne pas mus­cler son va­gin sous la pres­sion de la so­cié­té – c’est notre corps –, mais le faire, si on en a be­soin ou en­vie, pour at­teindre plus fa­ci­le­ment le plai­sir sexuel. Pour­quoi ? Parce que c’est le pé­ri­née qui se contracte pen­dant l’or­gasme. Au­tant le chou­chou­ter !

?

La règle pa­raît simple : on dé­sire, on mouille – aus­si vite qu’un homme se met en érec­tion ! Sauf que nous ne sommes pas des ma­chines, et que le dé­sir n’est pas tou­jours syn­chrone avec son ex­pres­sion phy­sio­lo­gique. « La lu­bri­fi­ca­tion au­to­ma­tique, connais pas, s’amuse Fan­ny, 36 ans. Je peux être ul­tra-hu­mide à l’heure de pointe dans le mé­tro, et perdre tous mes moyens dans les bras de mon mec. On en plai­sante en­semble. » En rire, cer­tai­ne­ment, mais on touche ici au ver­sant fé­mi­nin de l’obli­ga­tion de per­for­mance : être hu­mide quand il faut, jouir tant et tant de fois, en même temps que son par­te­naire. A cette im­pré­vi­si­bi­li­té s’ajoute la sé­che­resse va­gi­nale, qui s’ac­cen­tue avec l’âge mais peut ap­pa­raître chez les très jeunes filles : 14,3 % des femmes ont par­fois des rap­ports dou­lou­reux, sou­vent à cause du frot­te­ment (In­serm). Et com­ment éprou­ver du plai­sir si l’on souffre ? Dans ces condi­tions, le bon ré­flexe, c’est le lu­bri­fiant. Mais com­ment le choi­sir ? Ap­pli­quez une noi­sette sur le dos de votre main, mas­sez une mi­nute… ça ne doit pas col­ler ! Reste la ques­tion du com­ment. « On peut se sen­tir me­na­cé par le lu­bri­fiant, comme si on ne suf­fi­sait pas au dé­sir de la fille », ra­conte Ju­lien. La pire ma­nière d’ame­ner les choses, c’est de se jus­ti­fier – de quoi, au juste ? S’il faut par­ler, sor­tez l’ar­gu­ment le plus lim­pide et in­dis­cu­table qui soit : ce qui est plus confor­table pour vous l’est aus­si pour lui. n

Faut- il vrai­ment

sen­tir la rose ?

Mon sexe est- il as­sez

per­for­mant ?

Com­ment jouir

sans souf­frir

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