Pion­nière DE L’ÉCO­LO­GIE NU­MÉ­RIQUE

À SEULE­MENT 30 ANS, INÈS LEONARDUZZI S’EST DON­NÉ POUR MIS­SION DE LUT­TER CONTRE LA POL­LU­TION DI­GI­TALE, MÉ­CON­NUE, IN­VI­SIBLE, ET POUR­TANT BIEN RÉELLE. REN­CONTRE AVEC LA PRÉ­SI­DENTE DE L’ONG DI­GI­TAL FOR THE PLA­NET, UNE JEUNE CHEFFE D’EN­TRE­PRISE VI­SION­NAIRE ET

Glamour (France) - - Business Plan - Par Cé­line Puer­tas Pho­to Ra­phaël Lu­gas­sy

Per­chée sur ses ta­lons, avec un sou­rire franc et un dis­cours bien ro­dé, la boss de Di­gi­tal For The Pla­net est pas­sée ex­perte dans l’art de vul­ga­ri­ser la ques­tion de la pol­lu­tion nu­mé­rique. Un vaste su­jet, plu­tôt né­bu­leux pour les non-ini­tiés : « En­voyer un email ou un imes­sage, faire une re­cherche sur Google, re­ce­voir une no­ti­fi­ca­tion push… toutes ces ac­tions consomment de l’éner­gie et gé­nèrent de la pol­lu­tion. Quand on sait qu’il y a presque 9 mil­liards de smart­phones sur la pla­nète, il y a de quoi s’in­quié­ter. Au­jourd’hui, le di­gi­tal émet au­tant de CO que l’in­dus­trie aé­ro­nau­tique

2 mon­diale. Ce n’est pas une énorme usine avec de la fu­mée noire qui sort d’une che­mi­née, c’est une pol­lu­tion in­vi­sible et in­odore. » Quand elle dé­bute ses re­cherches (après avoir re­çu une no­ti­fi­ca­tion en haut d’une mon­tagne où elle n’au­rait ja­mais cru être dé­ran­gée par son té­lé­phone), Inès a beau fouiller, elle ne trouve pas grand-chose. Ou presque. « Je suis tom­bée sur une in­ter­view de Brad Smith, le boss de Mi­cro­soft, qui di­sait : “En 2035, les da­ta cen­ters (où l’on trouve les énormes ser­veurs sto­ckant toutes les don­nées qui tran­sitent sur in­ter­net, ndlr) se­ront plus éner­gi­vores que les êtres hu­mains.” C’est-à-dire que bien­tôt, les ma­chines consom­me­ront plus d’élec­tri­ci­té que nous. » Alors qu’inès est à l’époque consul­tante en tran­si­tion di­gi­tale pour de grandes en­tre­prises du CAC 40, elle com­mence à tra­vailler sur un pro­jet D’ONG qui trans­for­me­rait du­ra­ble­ment les stra­té­gies di­gi­tales des en­tre­prises et les men­ta­li­tés avec. En à peine un an, elle a dé­jà si­gné des contrats avec cinq gros clients, que Di­gi­tal For The Pla­net ac­com­pagne et conseille. Mais à plus pe­tite échelle, cha­cun peut adop­ter les bons ré­flexes : « Clean­fox, un ser­vice fran­çais, per­met de sup­pri­mer au­to­ma­ti­que­ment les emails in­dé­si­rables, de vi­der sa cor­beille ré­gu­liè­re­ment, ou de se désa­bon­ner de news­let­ters in­utiles… Il existe aus­si des mo­teurs de re­cherche comme Li­lo ou Eco­sia qui plantent des arbres pour com­pen­ser leur pro­duc­tion de CO . »

2 À nous de jouer, donc, et de nous ins­pi­rer des conseils d’inès…

Comment de­vient-on di­rec­trice ?

En n’écou­tant pas les autres. Il y a ceux qui m’ont dit : « Tu es trop en avance » ou « At­ten­tion, tu vas te mettre les lob­bys sur le dos ». Bon, ça, c’était vrai. Les géants du di­gi­tal n’ont pas très en­vie d’en­tendre qu’ils sont en train de de­ve­nir les plus gros pol­lueurs de la pla­nète... Après, ce n’est pas évident de lan­cer sa boîte seule quand on est une femme jeune, de cou­leur (son père est d’ori­gine ita­lienne et croate, sa mère d’ori­gine al­gé­rienne, ndlr), qui ar­rive de pro­vince, et qui dé­barque à Pa­ris sans car­net d’adresses. Tu te dois d’être en­core plus lé­gi­time que les autres, et de mon­trer ce que tu as dans le ventre.

Est-ce que la porte de votre bu­reau est tou­jours ou­verte ?

Oui, mais c’est fa­cile, je n’en ai pas. On a dé­bu­té dans un open space chez Sta­tion F, le plus gros in­cu­ba­teur de start-up au monde. Au­jourd’hui, nous ve­nons de dé­mé­na­ger dans de nou­veaux lo­caux. C’est en­core un open space, mais ce n’est pas un pro­blème pour moi ou mon équipe. Certes, je

suis sol­li­ci­tée toute la jour­née, mais on a un pe­tit code quand on a be­soin de tran­quilli­té. On est no­mades, un bu­reau fer­mé, ça ne me fait pas rê­ver.

Quelle image vous sert de fond d’écran ?

Une plage des Cinque Terre, un coin de l’ita­lie que j’aime beau­coup et où je vais me res­sour­cer sou­vent.

Com­bien d’emails re­ce­vez-vous par jour ?

Entre 150 et 200. J’es­saie de ré­pondre de vive voix aux ques­tions de mon équipe. Un email en­voyé, avec du texte, sans pièce jointe, c’est au­tant d’éner­gie qu’une am­poule basse consom­ma­tion al­lu­mée pen­dant une heure. Mieux vaut com­mu­ni­quer avec des pla­te­formes col­la­bo­ra­tives comme What’s app ou Slack qui sont moins pol­luantes.

Avez-vous des signes ex­té­rieurs de pa­tro­nat ?

J’ai pris l’ha­bi­tude de ne plus connaître l’em­ploi du temps de ma jour­née. Je n’ai pas d’as­sis­tante mais une équipe mer­veilleuse qui sait exac­te­ment où je dois être et à quelle heure.

Comment se faire res­pec­ter quand on est di­rec­trice ?

J’aime cette phrase de Steve Jobs : « On ne re­crute pas des gens in­tel­li­gents pour leur dire quoi faire, on re­crute des gens in­tel­li­gents pour qu’ils nous disent quoi faire. » Je ne donne pas d’ordres, je res­pon­sa­bi­lise. En tant que pa­tronne, j’ai une vi­sion, mais mon équipe (qui pas­se­ra à 10 per­sonnes cet au­tomne, ndlr) y contri­bue aus­si beau­coup.

Quel est votre meilleur sou­ve­nir de sé­mi­naire d’en­tre­prise ?

Im­po­ser aux membres de mon équipe d’al­ler chan­ter dans un ka­rao­ké, ou les obli­ger à s’amu­ser entre eux à un mo­ment pré­cis, ce n’est pas mon truc. Après, si c’est spon­ta­né, pour­quoi pas. Je suis la pre­mière à ap­por­ter des gâ­teaux ou à pro­po­ser d’al­ler boire un verre. On ne loupe ja­mais la sor­tie d’un nou­vel Aven­gers aus­si, on est tous fans.

Quel ca­deau pour votre pot de dé­part ?

Un al­ler simple pour Rio de Ja­nei­ro. J’adore cette ville, j’y ai vé­cu plu­sieurs mois, et je rêve d’y re­tour­ner. Mais je sais aus­si que j’au­rai pro­ba­ble­ment beau­coup de mal à en re­par­tir.

Un mail en­voyé, avec du texte, sans pièce jointe, c’est au­tant d’éner­gie consom­mée qu’une am­poule basse consom­ma­tion al­lu­mée pen­dant une heure.

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