LA MADONE DE LA MA­FIA

À 20 ANS, PU­PET­TA MA­RES­CA COM­MET SON PRE­MIER MEURTRE, POUR VEN­GER SON JEUNE ÉPOUX. ELLE EN A AU­JOURD’HUI 83. ENTRE PRI­SON, TRAHISONS ET RÈ­GLE­MENTS DE COMPTE SANGLANTS, RE­TOUR SUR LE DES­TIN PAL­PI­TANT D’UNE DES FEMMES LES PLUS EM­BLÉ­MA­TIQUES DE LA MA­FIA ITAL

Glamour (France) - - La Une - Par Clo­vis Goux

Une femme en noir dé­pose une rose blanche sur la tombe de son ma­ri. Elle est jeune, elle est belle, on l’ap­pelle « Pu­pet­ta ». Fon­du en­chaî­né : à l’en­trée d’une ga­le­rie mar­chande, quelques se­maines seule­ment après l’en­ter­re­ment de son époux, Pu­pet­ta, tout de noir vê­tue, se tient de­bout de­vant un homme gri­son­nant en cos­tume- cra­vate. Elle a une arme à la main. L’homme dé­gaine et tire. La jeune femme ré­plique, l’homme s’écroule à ses pieds, au mi­lieu de la foule en pa­nique. Im­pas­sible, Pu­pet­ta conti­nue à vi­der son char­geur jus­qu’à ce que ce­lui qui a or­don­né l’as­sas­si­nat de son ma­ri soit to­ta­le­ment anéan­ti. Un fait d’armes qui signe, un jour d’été ca­ni­cu­laire à Naples, l’avè­ne­ment d’une nou­velle fi­gure dans l’his­toire mou­ve­men­tée du crime or­ga­ni­sé : celle d’une femme qui verse le sang pour ven­ger son hon­neur, celle d’une femme qui fait ses pre­miers pas dans la ma­fia. Sur­nom­mée « la di­va du crime » et « Ma­dame Ca­mor­ra » (la Ca­mor­ra étant le nom de la ma­fia na­po­li­taine, ndlr), elle de­vient, au fil du temps, un per­son­nage folk­lo­rique qui dé­fraie la chro­nique. Mais der­rière l’ar­ché­type de l’ange de la ven­geance qui tue par amour, les mé­ca­nismes de sa ven­det­ta et les sou­bre­sauts de sa car­rière cri­mi­nelle ré­vèlent une per­son­na­li­té aux mul­tiples fa­cettes.

COUP DE FOUDRE FATAL

27 avril 1955, dans la ville de Cas­tel­lam­mare, au sud de l’ita­lie. Les cloches de San­ta Ma­ria di Poz­za­no sonnent à tout-va. Une beau­té de 20 ans sort sur le par­vis de cette ba­si­lique qui sur­plombe la baie de Naples. Ses che­veux bruns et ses yeux noirs contrastent avec son voile en den­telle et le blanc im­ma­cu­lé de sa robe de ma­riée. Ses lèvres bou­deuses et l’ar­ron­di de son vi­sage font son­ger à ceux d’une pou­pée. À son bras, l’homme qu’elle vient d’épou­ser, Pas­quale Si­mo­net­ti, un co­losse, très chic dans son cos­tume noir. À 29 ans, ce­lui que l’on sur­nomme « Pas­ca­lone’e No­la » (le grand Pas­quale de No­la) est is­su d’une fa­mille pauvre

la ville de Pal­ma Cam­pa­nia, au pied du Vé­suve. Le jeune homme a fait ses armes dans le mar­ché noir du­rant la guerre, avant de gra­vir les éche­lons et de de­ve­nir l’un des pi­liers de la Ca­mor­ra (l’une des plus an­ciennes or­ga­ni­sa­tions cri­mi­nelles d’ita­lie, qui sé­vit en­core au­jourd’hui) : « Pré­sident des prix » sur le mar­ché de Naples, il règne éga­le­ment, par la vio­lence, sur le cir­cuit qui re­lie l’agri­cul­teur à l’ache­teur en pas­sant par le trans­por­teur. C’est au mi­lieu des ca­gettes de to­mates, cour­gettes, oranges et ci­trons qu’ils sont tom­bés amou­reux. Le père de la ma­riée, Al­ber­to Ma­res­ca, est aus­si un ca­mor­riste no­toire, spé­cia­li­sé dans la contre­bande de ci­ga­rettes. Il est le père de quatre fils et deux filles bap­ti­sés les « lam­pe­tiel­li » (les éclairs) pour la ra­pi­di­té avec la­quelle ils sortent leurs cou­teaux. En­core éco­lière, Pu­pet­ta fut ain­si ac­cu­sée de coups et bles­sures par une ca­ma­rade de classe. Une af­faire clas­sée sans suite : sous la pres­sion, la mal­heu­reuse dut re­ti­rer sa plainte dès sa sor­tie de l’hô­pi­tal.

MA­RIAGE À L’ITA­LIENNE

À 19 ans, Pu­pet­ta rem­porte un concours de beau­té (Miss Ro­vi­glia­no) avant de se fian­cer à Pas­ca­lone. Si la fa­mille Ma­res­ca donne sa bé­né­dic­tion à leurs fian­çailles, Pas­ca­lone doit d’abord pur­ger une peine de six mois de pri­son avant de se pré­sen­ter de­vant l’au­tel au bras de Pu­pet­ta. Il est grand temps : lorsque sa femme sort de la ba­si­lique, elle est en ef­fet dé­jà en­ceinte. Les nom­breux in­vi­tés ac­clament les nouveaux ma­riés puis se di­rigent vers le grand hô­tel Pa­no­ra­mi­ca, un peu plus bas, où se dé­roule le ban­quet du ma­riage. Y as­sistent deux maires, un dé­pu­té, des no­tables, des vil­la­geois et beau­coup d’hommes en noir, membres des dif­fé­rents clans fa­mi­liaux qui consti­tuent la Ca­mor­ra. Par­mi eux, on note la pré­sence de Vin­cen­zo Ma­res­ca – l’oncle de Pu­pet­ta qui a fait sept ans de pri­son pour le meurtre de son frère Ge­rar­do –, Gae­ta­no Or­lan­do – con­dam­né à six ans de pri­son pour avoir tué « par er­reur » une fillette de 3 ans alors qu’il vi­sait un com­mer­çant – et An­to­nio Es­po­si­to, le té­moin du ma­riage, qui a tou­jours échap­pé à la jus­tice mal­gré ses nom­breuses im­pli­ca­tions dans des meurtres. Sur la vaste ter­rasse de l’hô­tel, on mange des bou­lettes, du pou­let bouilli et du pois­son frais du golfe, on

En­core éco­lière, Pu­pet­ta fut ac­cu­sée de coups et bles­sures par une ca­ma­rade de classe. Une af­faire clas­sée sans suite : sous la pres­sion, la mal­heu­reuse dut re­ti­rer sa plainte dès sa sor­tie de l’hô­pi­tal.

boit du vin de Gra­gna­no et on chante bien­tôt des chan­sons na­po­li­taines. Lorsque son tour vient, Gae­ta­no Or­lan­do en­tonne la « Guap­pa­ria », une chan­son à la gloire des guap­pis, ces cou­ra­geux Na­po­li­tains qui vivent en marge de la lé­ga­li­té… Le si­lence pe­sant qui s’en­suit est vite bri­sé par une bonne blague et la fête peut re­prendre. On danse main­te­nant au son de l’or­chestre et Pu­pet­ta rayonne dans les bras de Pas­ca­lone. Elle ne se doute pas que l’orage gronde dé­jà et que la foudre va bien­tôt s’abattre sur leur bon­heur. Plus tard, ils se ren­dront au sanc­tuaire de la Madone de Pom­péi où Pas­ca­lone confie­ra son pis­to­let à Pu­pet­ta, lui pro­met­tant ain­si de chan­ger de vie.

DE JEUNE MA­RIÉE À VEUVE ÉPLORÉE

Trois mois plus tard, le 16 juillet 1955, Pas­ca­lone quitte sa pro­prié­té de Pal­ma Cam­pa­nia pour se rendre à Naples avec deux amis. Ils se garent à proxi­mi­té de la banque du com­merce où le jeune ma­rié doit échan­ger un chèque. Face au bâ­ti­ment, un ven­deur de rue leur offre des oranges. Il en épluche une et com­mence à la man­ger. Gae­ta­no Or­lan­do sur­git alors, le sa­lue et se sai­sit lui aus­si d’un quar­tier qu’il porte à sa bouche. Trois étran­gers s’ap­prochent d’eux, la dis­cus­sion s’anime quand sou­dain des coups de feu re­ten­tissent. En un éclair, Pas­cale Si­mo­net­ti gît au sol dans une mare de sang. Ad­mis à l’hô­pi­tal des In­cu­rables de Naples, il ago­nise dans les bras de Pu­pet­ta. « Il avait été tou­ché à l’es­to­mac et sai­gnait énor­mé­ment, té­moigne-t-elle dans Ma­fia Wo­men, de Clare Lon­grigg. Je suis res­tée à son che­vet toute la nuit à ten­ter de le ré­con­for­ter, à le sup­plier de me dire qui lui avait fait ça. » À l’aube, avant de mou­rir, il confie à sa femme : « Gae­ta­no Or­lan­do, je le connais­sais à peine. Il n’au­rait pas agi sans les ordres d’es­po­si­to…

An­to­nio Es­po­si­to qui l’a en­voyé. Quand je se­rai par­ti, fais at­ten­tion et reste à l’écart de tout ça… » Pu­pet­ta se ré­fu­gie alors dans les Pouilles, où elle ap­prend que son ma­ri et Es­po­si­to s’étaient vus un mois plus tôt pour ré­gler une af­faire : les pro­duc­teurs de to­mates com­men­çaient à trai­ter di­rec­te­ment avec les usines et la Ca­mor­ra per­dait du ter­rain sur le mar­ché, ce qui exa­cer­bait les ri­va­li­tés entre ses dif­fé­rents chefs de clan. Pour re­prendre la main, Es­po­si­to au­rait de­man­dé à Si­mo­net­ti de se re­ti­rer du jeu contre un ap­par­te­ment flam­bant neuf. À l’is­sue de cette réunion, les deux hommes se se­raient ser­ré la main, mais Pas­ca­lone avait-il res­pec­té ses en­ga­ge­ments ?

LA VEN­GEANCE D’UNE LOUVE

4 août 1955. Une Fiat s’ar­rête de­vant le ca­fé Gran­done sur le Cor­so No­va­ra, près de la gare de Naples. Au vo­lant, un chauf­feur non iden­ti­fié, à l’ar­rière, dans ses ha­bits de veuve, Pu­pet­ta a re­cou­vert sa tête d’un voile noir. Elle est en­ceinte de six mois. À ses cô­tés, l’un de ses frères, Ci­ro, âgé de 14 ans. Pu­pet­ta des­cend de la voi­ture et se di­rige vers le ca­fé. À tra­vers la vi­trine, elle aper­çoit Es­po­si­to. Il est près de la caisse et dis­cute avec le pa­tron. Lors­qu’es­po­si­to sort du ca­fé, il se di­rige di­rec­te­ment vers elle et lui dit : « J’ai en­ten­du

des al­lu­sions étranges, des me­naces. On ra­conte que tu cherches à te dé­bar­ras­ser de moi. » « Je me suis dit : il va me tuer, se sou­vient Pu­pet­ta. Pour dire la vé­ri­té, j’ai ti­ré la pre­mière. » Elle bran­dit alors le Smith & wes­son ca­libre 38 qui ap­par­te­nait à son ma­ri et tire. Es­po­si­to a lui aus­si dé­gai­né son ca­libre, mais ses balles se fichent dans la car­ros­se­rie de la Fiat et il s’écroule bien­tôt sur la chaus­sée. Le ca­mor­riste meurt quelques heures plus tard, dans le même hô­pi­tal des In­cu­rables que Pas­ca­lone. Pen­dant ce temps, Pu­pet­ta et son jeune frère ont pris la fuite. La veuve aux mains sales s’est ré­fu­giée chez sa mar­raine, dans les mon­tagnes de Cas­tel­lam­mare, où elle est ar­rê­tée quelques jours plus tard. Elle se­ra in­car­cé­rée à la pri­son de Pog­gio­reale, dans la sec­tion ré­ser­vée aux fu­tures mères. C’est là qu’elle don­ne­ra nais­sance à Pas­qua­li­no, qu’elle élè­ve­ra der­rière les bar­reaux jus­qu’à ses 3 ans. « En­suite, ils me l’ont pris pour le confier à ma mère, se sou­vient Pu­pet­ta. C’était la chose la plus ter­rible de toutes. Ce­la m’a com­plè­te­ment dé­truite. »

LA NAIS­SANCE D’UN MYTHE

Son pro­cès s’ouvre en avril 1959, à la cour d’as­sises de Naples. C’est un évé­ne­ment mé­dia­tique sans pré­cé­dent qui di­vise le pays entre les pro-pu­pet­ta qui voient dans son geste un crime pas­sion­nel et les an­ti-pu­pet­ta qui le jugent comme un si­nistre rè­gle­ment de compte ma­fieux. Pour ces der­niers, Pu­pet­ta n’a pas agi seule. Que les ex­perts aient trou­vé qua­rante balles dans le corps d’es­po­si­to ne fe­ra pas bas­cu­ler l’opi­nion de leur cô­té. Les sor­ties théâ­trales de Pu­pet­ta em­portent tout : « J’ai tué par amour et parce qu’ils vou­laient me tuer, dé­clare ain­si celle qui plaide la lé­gi­time dé­fense. Et si mon ma­ri res­sus­ci­tait et qu’ils le tuaient de nou­veau, je re­com­men­ce­rais. » Dans la salle d’au­dience, le pu­blic exulte et ap­plau­dit à tout rompre la pa­sio­na­ria. Le ju­ry la condamne néan­moins à dix-huit an­nées de pri­son qui se­ront ré­duites à qua­torze en ap­pel. Gae­ta­no Or­lan­do, l’homme de main d’es­po­si­to qui a ti­ré sur Pas­ca­lone, se­ra lui con­dam­né à trente ans. Grâce au tu­multe mé­dia­tique, Pu­pet­ta a conquis son sta­tut de femme d’hon­neur au­près du grand pu­blic, mais sa ven­geance lui oc­troie sur­tout l’au­to­ri­té de son ma­ri, au sein de la Ca­mor­ra comme der­rière les murs de sa pri­son où les dé­te­nues la consi­dèrent dé­sor­mais comme une vé­ri­table « mar­raine » : on lui porte du ca­fé chaud, de la li­te­rie propre, elle ar­bitre les dif­fé­rends, vient en aide aux dé­mu­nies, dé­livre ses conseils… « C’était une femme très cha­ris­ma­tique, se sou­vient l’une d’entre elles, tout le monde la res­pec­tait en pri­son. C’est elle qui dé­ci­dait de tout. »

UN FILS ENCOMBRANT

Gra­ciée, Pu­pet­ta sort de pri­son le 17 avril 1965 et ouvre deux ma­ga­sins de vê­te­ments à Naples. Mais elle est dé­sor­mais une cé­lé­bri­té har­ce­lée par les pa­pa­raz­zis et bien­tôt cour­ti­sée par le ci­né­ma. En 1967, elle joue son propre rôle dans De­lit­to

a Po­silli­po, un film qui s’ins­pire de sa vie : entre quatre murs, la belle brune chante « Oh, du bien, je te veux du bien, tel­le­ment de bien, je t’aime tant mon bien-ai­mé… Ne m’ou­blie pas » et fait cha­vi­rer le coeur des autres tau­lardes. C’est une an­cienne com­pagne de cel­lule qui lui pré­sente, en 1970,

Gae­ta­no Or­lan­do, je le connais­sais à peine. Il n’au­rait pas agi sans les ordres d’es­po­si­to… C’est An­to­nio Es­po­si­to qui l’a en­voyé. Quand je se­rai par­ti, fais at­ten­tion et reste à l’écart de tout ça… Pas­quale Si­mo­net­ti, l’époux de Pu­pet­ta

Am­ma­tu­ro, un beau ca­mor­riste qui tra­fique de la co­caïne avec l’amé­rique du Sud et des armes avec l’afrique. Elle suc­combe aux charmes du ma­fieux et donne bien­tôt nais­sance à des ju­meaux, Ro­ber­to et An­to­nel­la, mais re­fu­se­ra tou­jours de l’épou­ser. De son cô­té, son pre­mier fils Pas­qua­li­no est de­ve­nu un ado­les­cent tur­bu­lent qui suit les che­mins tra­cés par un père qu’il vé­nère sans ja­mais l’avoir connu, tout en dé­fiant l’homme qui a pris sa place dans les bras de sa mère. Les in­ci­dents se mul­ti­plient. À la sor­tie d’une boîte de nuit, afin de dé­si­gner ce­lui qui ré­gle­ra l’ad­di­tion dans sa pe­tite bande de ma­fio­sis, il braque son flingue contre la tête du ne­veu d’un ca­mor­riste no­toire. Mais sur­tout, il parle beau­coup. Pour briller, il dé­clare vou­loir ven­ger la mort de son père, par tous les moyens. Seul pro­blème : ma­man est dé­jà pas­sée par là. C’est elle qui s’est fait un nom en abat­tant An­to­nio Es­po­si­to et qui a im­po­sé le res­pect en fai­sant cou­ler le sang. Il lui reste une chance : Gae­ta­no Or­lan­do, ce­lui qui a tué son père, vient de sor­tir de pri­son. Alors il ra­conte à qui veut l’en­tendre qu’il va le des­cendre, dès qu’il au­ra 18 ans.

L’AMANT AS­SAS­SIN

Quelques jours après l’an­ni­ver­saire de Pas­qua­li­no, son « beau- père » Um­ber­to Am­ma­tu­ro lui donne ren­dez-vous sur le site d’un pont en construc­tion. Per­sonne ne re­ver­ra le jeune homme vi­vant. La ru­meur veut qu’il ait ter­mi­né son exis­tence dans un pi­lier de bé­ton. Au sup­plice, Pu­pet­ta im­plore son amant de lui dire où son fils ché­ri a été en­ter­ré : « Je sa­vais qu’il était au cou­rant. Je l’ai tou­jours pen­sé, se sou­vient-elle. Pas­qua­li­no était en train de de­ve­nir comme son père. Il vou­lait être comme lui, cher­chait à avoir son au­to­ri­té. Sa pré­sence était une me­nace. J’ai de­man­dé en­core et en­core à Am­ma­tu­ro s’il sa­vait quelque chose sur la mort de mon fils, mais il m’a tou­jours dit qu’il ne sa­vait rien. Il m’a même bat­tue quand il en a eu as­sez que je le har­cèle de ques­tions. Je lui ai alors dit : “Je suis sûre que tu sais.” Mais il y a une autre chose dont je suis cer­taine : s’il me l’avait dit, j’au­rais tué un homme pour la se­conde fois de ma vie. » Ac­cu­sé du meurtre de Pas­qua­li­no, Um­ber­to Am­ma­tu­ro se­ra re­laxé en 1975.

Pu­pet­ta reste pour­tant à ses cô­tés jus­qu’en 1982 : « Pour nos ju­meaux, dit-elle, qui ont, d’une cer­taine ma­nière, rem­pla­cé Pas­qua­li­no », mais éga­le­ment pour l’in­croyable train de vie du ma­fio­so. Ils vivent dans un luxueux ap­par­te­ment qui oc­cupe les deux der­niers étages d’un im­meuble sé­cu­ri­sé. Le marbre court du sol au pla­fond, l’or re­couvre tous les ro­bi­nets et des liasses de billets sont ca­mou­flées à l’in­té­rieur des murs. Dans ce dé­cor digne d’un soap opé­ra, leurs rôles sont bien ré­par­tis : à elle l’at­ten­tion des mé­dias, à lui les opé­ra­tions de l’ombre.

UNE GUERRE SANS FIN

L’an­née de sa sé­pa­ra­tion, le couple se re­trouve au coeur d’une guerre in­tes­tine. Deux clans s’op­posent au sein de la Ca­mor­ra : la vieille garde de la Nuo­va Fa­mi­lia, à la­quelle ap­par­tiennent les Ma­res­ca, et la Nuo­va Ca­mor­ra Or­ga­ni­za­ta, di­ri­gée par Raf­faele Cu­to­lo qui au­rait com­man­di­té le meurtre de Ci­ro, jeune frère de Pu­pet­ta, quelques an­nées plus tôt. La ma­fieuse va alors uti­li­ser sa no­to­rié­té pour at­ta­quer son en­ne­mi. Le 13 fé­vrier 1982, elle convoque une con­fé­rence de presse. Vê­tue de cuir, de four­rure et d’un fou­lard léo­pard noué au­tour du cou, Pu­pet­ta lance à l’as­sem­blée : « Si Cu­to­lo touche à un membre de ma fa­mille, je fe­rai tuer ses tueurs, je tue­rai ses la­quais, et même les femmes et les bé­bés dans leurs lan­daus. Toute la ré­gion est étran­glée par une main in­vi­sible qui s’in­filtre à tous les ni­veaux de la so­cié­té. Cette force in­si­dieuse c’est Raf­faele Cu­to­lo. » À un jour­na­liste qui lui de­mande si elle fait par­tie de la Nuo­va Fa­mi­lia, elle ré­plique : « Si par là, on en­tend les gens qui s’op­posent à l’ex­cès de pou­voir de cet homme, alors oui, je me consi­dère comme ap­par­te­nant à cette or­ga­ni­sa­tion. » Quelques mois plus tard, Pup­pet­ta est ar­rê­tée avec Am­ma­tu­ro. Ils sont ac­cu­sés d’avoir com­man­di­té le meurtre d’al­do Se­me­ra­ri, un proche de Cu­to­lo. Son ca­davre a été re­trou­vé dans sa voi­ture aban­don­née dans le fief de la Nuo­va Ca­mor­ra, dé­ca­pi­té, sa tête re­po­sant entre ses cuisses. Pu­pet­ta ne fe­ra que quatre an­nées de pri­son. À sa sor­tie, la jus­tice se sai­sit de ses biens et elle est obli­gée de li­qui­der ses deux ma­ga­sins. Celle qui fut in­car­née à l’écran par Ro­san­na Schiaf­fi­no et Ales­san­dra Mus­so­li­ni est de­ve­nue de­puis cette « Ma­mie Ca­mor­ra » qui vend ses sou­ve­nirs au plus of­frant, quand elle ne par­ti­cipe pas à des émis­sions de té­lé où on la ba­lade dans les rues de Naples sur les lieux de ses crimes pas­sés. Pu­pet­ta vit au­jourd’hui à Cas­tel­lam­mare, sa ville na­tale, à quelques pas de la ba­si­lique où, par une belle jour­née de prin­temps, elle se ma­riait avec Pas­ca­lone. Ce jour-là, l’ave­nir lui sou­riait : « J’avais 20 ans et Pas­ca­lone était l’homme de ma vie, confie- t-elle au Cor­riere del­la Se­ra. Nous sommes res­tés ma­riés quatre-vingts jours, le temps d’un sou­pir et puis… ils l’ont tué et j’ai tout per­du : l’in­no­cence, la jeu­nesse, la pas­sion… Dé­sor­mais, je vou­drais un peu de sé­ré­ni­té. » •

De­puis le mi­lieu des an­nées 1950, Pu­pet­ta Ma­res­ca, « mar­raine » de la ma­fia, dé­fraie ré­gu­liè­re­ment la chro­nique.

27 avril 1955 : Pu­pet­ta épouse Pas­quale Si­mo­net­ti.

An­to­nio Es­po­si­to et Pas­quale Si­mo­net­ti : l’as­sas­si­né. le com­man­di­taire de l’as­sas­si­nat et

En fé­vrier 1982, Pu­pet­ta (au centre) convoque une con­fé­rence de presse pour dé­non­cer les agis­se­ments de Raf­faele Cu­to­lo, son en­ne­mi.

Raf­faele Cu­to­lo, com­man­di­taire pré­su­mé du meurtre du frère de Pu­pet­ta et ri­val de cette der­nière au sein de la Ca­mor­ra.

Fi­gure no­toire de la Ca­mor­ra, Um­ber­to Am­ma­tu­ro est le se­cond com­pa­gnon de Pu­pet­ta.

En 1967, Pu­pet­ta joue son propre rôle dans un film ins­pi­ré de sa vie.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.