Jean-claude Fo­res­tier

Le mé­cène et l’ami des pros fran­çais.

Golf Magazine - - SOMMAIRE - RE­POR­TAGE DE YAN­NICK CO­CHEN­NEC (TEXTE).

Pro­prié­taire du Golf du Vau­dreuil, Jean-claude Fo­res­tier est de­ve­nu l’un des per­son­nages in­con­tour­nables du golf fran­çais. Mé­cène, phi­lan­thrope, cet en­tre­pre­neur à suc­cès a mis sa pas­sion et sa gé­né­ro­si­té au ser­vice d’un sport qui est, pour lui, comme une deuxième res­pi­ra­tion.

Si, se­lon Vau­ve­nargues, «un homme sans pas­sion est un roi sans su­jet » , alors JeanC­laude Fo­res­tier s’est do­té d’un bien jo­li royaume peu­plé de beau­coup d’amis. Avec une pas­sion, le golf, che­villée au coeur, cet en­tre­pre­neur de bien­tôt 64 ans n’en fi­nit plus de don­ner ce qu’il a à of­frir à un sport qui l’ha­bite ou qu’il ha­bite. Dans l’eure, au bord de la ligne de che­min de fer Pa­ris-rouen, à une heure à peine de la ca­pi­tale de­puis l’au­to­route, JeanC­laude Fo­res­tier s’est ain­si payé la mai­son de ses rêves ou­verte à tout le golf fran­çais. Il y a, bien sûr, celle dans la­quelle il vit de­puis deux ans avec son épouse, Vé­ro­nique, et qui est si­tuée tout près du green du trou n°1, mais il y a sur­tout ce club du Golf du Vau­dreuil, qu’il a ra­che­té en 2008 et qui est

son vé­ri­table «chez lui». Après Léo­nard, Mar­gaux et Ho­ney, ses trois en­fants, ce do­maine de 65 hec­tares est, en ef­fet, sa qua­trième pro­gé­ni­ture qu’il passe son temps à ché­rir, à bi­chon­ner, même si elle ne ré­pond pas tou­jours à ses at­tentes en ne gran­dis­sant pas comme il l’en­ten­drait. « Par­fois, c’est dif­fi­cile, re­con­naît-il. Je me dis, mais quelle fo­lie de s’être aven­tu­ré dans un pro­jet comme ce­lui-là. Heu­reu­se­ment, ce court mo­ment de dé­cou­ra­ge­ment ne dure ja­mais trop long­temps.»

LE « PE­TIT FO­RES­TIER », RE­CON­NAIS­SABLE SUR TOUTES LES ROUTES DE FRANCE

Fort de quelque 350 membres, le Golf du Vau­dreuil n’est pas en­core à l’équi­libre –il lui manque une cen­taine de membres pour être dans les clous financiers– mais les pro­jets, am­bi­tieux, conti­nuent vaille que vaille avec no­tam­ment la mise en chan­tier d’un bâ­ti­ment his­to­rique en li­sière du par­cours bien­tôt trans­for­mé en un pe­tit hô­tel de huit chambres à l’aube de l’été 2016. «Si je de­vais construire une mai­son de re­pos pour per­sonnes âgées, je met­trais un écri­teau de­vant la porte avec l’ins­crip­tion per­sonne n’est ad­mis ici sans han­di­cap», sou­rit, dans une bou­tade, cet en­tre­pre­neur sou­riant qui ne se pousse pas du col en dé­pit de sa réus­site so­ciale. Et c’est parce qu’il est jus­te­ment un chef d’en­tre­prise avec un sens ai­gu des af­faires qu’il ne conçoit sur­tout pas le Golf du Vau­dreuil comme un in­ves­tis­se­ment à fonds per­dus. Sa mise de dé­part a été de 1,5 à 2 mil­lions d’eu­ros pour ra­che­ter un do­maine tom­bé alors en désué­tude, mais il ne s’agit pas du ca­price d’un homme for­tu­né pou­vant se per­mettre d’en­tre­te­nir cette jo­lie dan­seuse. «Lorsque j’ai dé­ci­dé d’en faire l’acquisitio­n, j’ai de­man­dé à mes en­fants s’ils étaient d’ac­cord sur le prin­cipe, avec l’en­ga­ge­ment de leur part de pour­suivre l’aven­ture au-de­là de moi, ex­plique-t-il. On ne peut pas s’im­pli­quer dans une telle his­toire sans avoir une vi­sion à 40 ou 50 ans.» Qua­rante-cin­quante ans, c’est jus­te­ment l’âge de l’en­tre­prise dont il tient les rênes avec son frère, Yves, et qui porte son nom le « Pe­tit Fo­res­tier », as­so­cia­tion de l’union de deux an­ciennes en­tre­prises «Pe­tit» et «Fo­res­tier». De­puis 1972, date de sa créa­tion, le «Pe­tit Fo­res­tier», aux ca­mions si re­con­nais­sables sur les routes de France, s’est fait une spé­cia­li­té du trans­port frigorifiq­ue dans l’hexa­gone comme à l’étran­ger, se­lon l’exemple de l’es­pagne où Jean-claude Fo­res­tier a mon­té, à par­tir de 1999, tout un ré­seau dé­dié à ce pays. Avec 2800 col­la­bo­ra­teurs, 40000 vé­hi­cules fri­go­ri­fiques et un chiffre d’af­faires de 523 mil­lions d’eu­ros en 2014, le «Pe­tit Fo­res­tier» est une suc­cess sto­ry fa­mi­liale à la fran­çaise. Elle a été amor­cée avec Zé­phy­rin, le grand-père, pour­sui­vie par Jean, le père, puis dé­ve­lop­pée par Yves et Jean-claude, sa­chant que Gé­ral­dine, fille de Yves, et Léo­nard, fils de Jean-claude, as­surent dé­jà la re­lève et l’ave­nir pour une fa­mille pe­sant, se­lon le ma­ga­zine Chal­lenges, 220 mil­lions d’eu­ros et pla­cée à la 259e place des for­tunes de France en 2014. « Pour lui, au-des­sus du golf et de la fa­mille, il y au­ra tou­jours l’en­tre­prise, note Vé­ro­nique, son épouse. C’est vis­cé­ral. » En dé­pit d’un as­sou­plis­se­ment de son rythme de tra­vail, Jean-claude Fo­res­tier conti­nue, en ef­fet, de veiller avec son frère aux des­ti­nées du «Pe­tit Fo­res­tier» dont les pré­mices, quand il tra­vaillait, ado­les­cent,

aux an­ciennes halles de la Villette à Pa­ris avec son père, ont gui­dé ses pas et fixé sa ligne de conduite. « J’ai tou­jours gar­dé le sou­ve­nir ému de la sim­pli­ci­té des gens que nous ren­con­trions, de ce contact avec les bêtes au­près des­quelles nous dor­mions, se rap­pel­let-il. C’était une ma­gni­fique école de la vie.» De­puis 1982, le golf est de­ve­nu son nou­veau champ d’étude per­son­nel jus­qu’à un exa­men de conscience presque quo­ti­dien. Si cer­tains sont tom­bés «de­dans» quand ils étaient tout pe­tits, Jean-claude Fo­res­tier a, lui, goû­té la po­tion ma­gique gol­fique sur le tard à l’âge de 31 ans et de­puis, elle in­suffle puis­sam­ment son exis­tence de tous les jours. «J’avais une lom­bal­gie car je jouais beau­coup au squash à l’époque, ra­conte-t-il. Un ami m’a conseillé le golf pour sou­la­ger mon dos. J’ai com­men­cé au Golf de Saint-laurent, dans le Mor­bi­han, d’où est ori­gi­naire Vé­ro­nique. » Trente-trois ans plus tard, la lom­bal­gie re­fait des siennes à l’oc­ca­sion, mais le golf est de­ve­nu la co­lonne ver­té­brale de son exis­tence comme le prouvent les quelque… 50 pro-am qu’il joue chaque an­née, la plu­part du temps avec «Vé­ro», sa vé­ri­table moi­tié ren­con­trée dans un club de… squash à Ga­gny, en Sei­neSaint-de­nis. Pour­quoi cette pas­sion pour les pro-am qu’il joue en France ou à l’étran­ger au­près, par­fois, de cer­taines cé­lèbres «gâ­chettes» comme John Da­ly – «un type su­per », sou­ligne-t-il au pas­sage ? «En 1987, j’ai eu une ré­vé­la­tion en jouant un pro-am au Golf de la Do­man­gère, en Ven­dée, aux cô­tés d’un jeune pro, Yvon Hous­sin, ex­plique JeanC­laude Fo­res­tier. Je l’ai vu ta­per une balle si mer­veilleu­se­ment que je me suis dit aus­si­tôt : C’est ça que je veux faire. Des pro-am!» Yvon Hous­sin, de­ve­nu en­suite son ami et

50 PRO-AM PAR AN, AVEC « VÉ­RO », SA VÉ­RI­TABLE MOI­TIÉ…

son «mé­de­cin gol­fique», est mort en 2006 à seule­ment 40 ans des suites de deux at­taques cé­ré­brales dont, pour la pre­mière, Jean-claude Fo­res­tier avait été le té­moin si­dé­ré alors qu’il jouait à ses cô­tés. Au Vau­dreuil, la mé­moire de Yvon n’a pas été ou­bliée : une stèle ra­vive son sou­ve­nir. Au fil de ses mul­tiples pro-am, JeanC­laude Fo­res­tier a amé­lio­ré et so­li­di­fié son jeu –«dri­ving sûr, bon put­ting, le reste…», dit-il– jus­qu’à at­teindre un in­dex de 5.8 qu’il tente de re­trou­ver (il est ac­tuel­le­ment à 6.6) tan­dis que Vé­ro­nique a un han­di­cap de 18 après une in­ter­rup­tion gol­fique pro­lon­gée due no­tam­ment à l’édu­ca­tion de ses en­fants et à ses ac­ti­vi­tés de vé­té­ri­naire. « J’ai long­temps dé­tes­té le golf parce qu’il me fai­sait pleu­rer en me pre­nant mon ma­ri que je ne voyais dé­jà pas beau­coup en rai­son de ses ac­ti­vi­tés pro­fes­sion­nelles », s’amuse celle qui est de­ve­nue, avec le temps, une com­pé­ti­trice dans l’âme. Il y a quelques se­maines, elle a joué en Flo­ride aux cô­tés d’alexan­der Le­vy dans un «match» qui l’op­po­sait à Jean-claude et Vic­tor Du­buis­son. « Et on a ga­gné ! » , pré­cise-t-elle avec flamme. Car avec le temps et au gré de sa pas­sion, Jean-claude Fo­res­tier est de­ve­nu un «per­son­nage» du golf fran­çais. Il connaît dé­sor­mais un peu tout le monde, de l’an­cienne à la plus jeune gé­né­ra­tion des gol­feurs jus­qu’aux plus hautes sphères fé­dé­rales. Mé­cène, phi­lan­thrope, il a ai­dé, aide en­core (voir en­ca­dré), de nom­breux pros et proettes qu’il fi­nance et à qui il lui ar­rive, entre autres dé­pan­nages, de prê­ter ses mai­sons, que ce soit celle de Palm Beach Gar­dens, en Flo­ride, ou celle de Terre-blanche, dans le Sud de la France. «C’est un mé­cé­nat af­fec­tif et dés­in­té­res­sé », ré­sume-t-il. De son cô­té, Ro­main Wat­tel, l’un de « ses » joueurs, n° 3 fran­çais fin 2014, dé­fi­nit son bien­fai­teur comme « pro­fon­dé­ment gen­til et un grand pas­sion­né » . Fré­dé­ric Gros­set-grange, qui fait aus­si par­tie des pros qu’il sou­tient, confirme le fait que JeanC­laude Fo­res­tier n’at­tend rien en re­tour. « De­puis qu’il pos­sède le Vau­dreuil, il adore, plus en­core qu’hier, être en­tou­ré de pros qui parlent de golf du ma­tin jus­qu’au soir, pré­cise-t-il. Il est à l’af­fût de toutes les in­for­ma­tions. » Jean-pierre Sal­lat, membre du cir­cuit se­nior eu­ro­péen, éga­le­ment sous son aile ami­cale, est sur la même lon­gueur d’onde : « Sans lui, je ne sais pas si j’au­rais pu conti­nuer mon mé­tier. C’est un gent­le­man dis­cret avec des balles al­véo­lées qui cir­culent

dans ses veines. Son écoute est per­ma­nente. Le golf fran­çais a bien de la chance de pou­voir le comp­ter par­mi les siens. » La créa­tion, pra­ti­que­ment au pied le­vé en 2013, d’un tour­noi du Chal­lenge Tour, dis­pu­té au Vau­dreuil en juillet, a ac­cru sa contri­bu­tion au développem­ent du golf fran­çais –c’était la pre­mière fois, en de­hors de ses fonds per­son­nels, que la marque « Pe­tit Fo­res­tier » était di­rec­te­ment sol­li­ci­tée, en tant que par­rai­neur prin­ci­pal. «Chaque an­née, avec le tour­noi, c’est une ma­nière de conti­nuer à amé­lio­rer le Vau­dreuil», constate-t-il. Ce Vau­dreuil où tout le ra­mène et où il a construit une aca­dé­mie du pe­tit jeu ani­mée par le Qué­bé­cois Claude Brousseau, bien connu des lec­teurs de Golf Ma­ga­zine, et qui ren­force l’at­trac­ti­vi­té du club, per­çu de cette fa­çon comme un pôle d’ex­cel­lence na­tio­nal. «Sa vi­sion est de rendre les gens heu­reux, de créer des liens d’ami­tié, de par­ta­ger des mo­ments mé­mo­rables dans une am­biance gol­fique de grande qua­li­té, re­marque Claude Brousseau. Il n’y a pas suf­fi­sam­ment de qua­li­fi­ca­tifs dans la langue fran­çaise pour bien dé­fi­nir Jean-claude. À la fois al­truiste et stra­tège, pas­sion­né et sage, il est homme de pa­role, de prin­cipes et d’ac­tion. » Sophie Gi­quel-bet­tan, la 5e joueuse fran­çaise, ré­cente ga­gnante de l’étape du Ge­ne­ra­li Tour à Di­nard et am­bas­sa­drice de la Golf Court Aca­de­my, sou­ligne en écho: «Jean-claude in­ves­tit beau­coup pour que des gol­feurs pros comme moi puissent vivre de leur pas­sion. En plus, c’est une belle per­sonne sur qui on peut tou­jours comp­ter. Lui et sa femme Vé­ro­nique mettent tou­jours de la bonne hu­meur au­tour d’eux. Ils sont de­ve­nus des amis.» Ve­nu en 2012 du Golf de Nîmes-cam­pagne pour di­ri­ger le Golf du Vau­dreuil, Da­vid As­truc est au contact quo­ti­dien de Jean-claude Fo­res­tier. «Tous les jours, nous échan­geons même s’il est à l’autre bout du monde, pré­cise-t-il. Il veut connaître les chiffres du golf, de la bou­tique, du res­tau­rant. Son ni­veau d’exi­gence est éle­vé et de temps en temps, il a les ex­cès de sa pas­sion. Mais il est juste et gé­né­reux. » Vé­ro­nique Fo­res­tier ad­met le ca­rac­tère an­xieux de son ma­ri et son peu de goût en gé­né­ral pour la so­li­tude. « Il aime les gens » , dit-elle en écho à la for­mule de Jean-claude : « Les plus belles ren­contres ou re­la­tions sont celles qui sont à ve­nir. » À quelques jours d’un nou­veau pro-am, ce­lui de Saint-omer, Jean-claude Fo­res­tier sou­riait ce jour-là en re­gar­dant, de­puis la large ter­rasse du club, le Golf du Vau­dreuil dans le prin­temps nais­sant en se po­sant une ques­tion à voix haute : «Il n’y a qu’une chose que je ne com­prends pas dans ce sport : com­ment est-il pos­sible de l’aban­don­ner après l’avoir com­men­cé?»

Jean-claude Fo­res­tier, fier de « son » Vau­dreuil…et de son la­bel « PGA France ».

Sur fond du lo­go de l’en­tre­prise fa­mi­liale, avec l’amé­ri­cain Brin­son Pao­li­ni, le vain­queur du pre­mier Vau­dreuil Golf Chal­lenge en 2013.

➌ Créée par Hu­bert Privé (ves­ton), la stèle à la mé­moire du pro Yvon Hous­sin.

➍ ❶ Avec son épouse, Vé­ro­nique, lors d’un pro-am à Évian. ❷ Un jour en Flo­ride, entre Vic­tor Du­buis­son (à g.) et Alexan­der Le­vy. ❸ Entre amis… avec Tho­mas Le­vet (à g.) et Ro­main Wat­tel. Pour tous, Jean-claude, c’est « Fo­fo ». ❹ Avec les « ex­perts »,...

En plein swing. La deuxième res­pi­ra­tion de Jean-claude Fo­res­tier.

Le golf, un plai­sir qui se par­tage aus­si en fa­mille. Ici avec son fils Léo­nard.

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