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Golf Magazine - - LA PAROLE À… - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR YAN­NICK CO­CHEN­NEC. PHOTO ALEXIS OR­LOFF.

chouer d’un coup aux cartes du cir­cuit eu­ro­péen a été très dur. C’était comme si j’avais ra­té l’en­tre­tien d’em­bauche dans la boîte pour la­quelle j’avais en­vie de tra­vailler de­puis que je suis adolescent. Au 6e et der­nier tour, sur le trou n° 15, je réa­lise un bir­die qui m’en­voie au pa­ra­dis. Hé­las, je fi­nis par trois bo­geys qui m’ex­pé­dient en en­fer. Je me suis dé­con­cen­tré même s’il y au­ra tou­jours des gens pour dire vul­gai­re­ment que « j’ai mouillé », mais c’est une ana­lyse trop ré­duc­trice pour être per­ti­nente. En fait, je suis sor­ti de mes rails en étant plus dans la conser­va­tion que dans l’at­taque ou l’ini­tia­tive.

Cette ex­pé­rience était peu­têtre un mal pour un bien. C’était la preuve que je n’étais pas en­core prêt pour le très haut ni­veau. Il me man­quait en­core quelque chose sur le­quel il fal­lait tra­vailler, et l’ac­ces­sion au Chal­lenge Tour, après un an pas­sé sur le cir­cuit asia­tique, m’a of­fert une belle op­por­tu­ni­té pour gran­dir.

Ma pro­gres­sion a été lente, mais constante. Par exemple, je n’ai ja­mais fait par­tie des meilleurs dans les ca­té­go­ries de jeunes. De­puis deux ans et le dé­but de mon as­so­cia­tion avec Be­noît Teille­ria, mon coach, Pas­cale Seu­tet-du­rand, ma pré­pa­ra­trice men­tale, et San­dra Bruyère, ma pré­pa­ra­trice phy­sique, je suis dans une conti­nui­té grâce à un en­ca­dre­ment en le­quel je crois. Avec eux, je me suis re­con­cen­tré sur l’es­sen­tiel. Je me suis as­sa­gi car j’étais na­tu­rel­le­ment brin­gueur. À leur contact, j’ai mû­ri et je me com­porte de­puis comme un adulte res­pon­sable (sou­rire). Avant, j’avais ten­dance à faire la fête, ne res­pec­tant pas tou­jours mes pé­riodes de re­pos. J’ai réus­si à de­ve­nir mon propre père pour me cal­mer et me res­pon­sa­bi­li­ser.

Sur le cir­cuit asia­tique, j’ai dû m’adap­ter constam­ment. Là-bas, il faut s’ha­bi­tuer à la pré­pa­ra­tion des par­cours, à la cha­leur suf­fo­cante et aux ad­ver­saires. En fait, quand on re­vient en Eu­rope, tout pa­raît plus fa­cile. Je suis al­lé sur le cir­cuit asia­tique parce que je ne vou­lais plus évo­luer sur l’alps Tour et je dis ce­la avec beau­coup de res­pect pour ce cir­cuit. J’y suis res­té deux ans, mais j’avais le sen­ti­ment de stag­ner sa­chant qu’en sep­tembre 2013, j’ai eu un ac­ci­dent de voi­ture qui m’a cau­sé une en­torse cer­vi­cale. Sur l’alps Tour, j’avais l’im­pres­sion de ne plus pou­voir al­ler plus haut. J’ai donc eu en­vie d’al­ler voir ailleurs.

L’aide fi­nan­cière de Serge Cor­don a été ca­pi­tale pour ma car­rière. Sans lui, je n’au­rais ja­mais pu al­ler dis­pu­ter les cartes asia­tiques et jouer un an sur ce cir­cuit. Serge est un grand chef d’en­tre­prise, il sait très bien qu’il n’y a pas un seul che­min pour réussir. Ce projet lui a peut-être rap­pe­lé qui il était, c’est-à-dire qu’il faut avoir une vi­sion pour soi-même et sa « pe­tite en­tre­prise » per­son­nelle. Comme sur un par­cours, il s’agit de prendre des risques bien éva­lués.

Sur le Chal­lenge Tour, mon jeu a bien évo­lué. Réussir à ga­gner était l’un des ob­jec­tifs, et c’est ar­ri­vé à Saint-omer, en juin. Ac­tuel­le­ment, je suis troi­sième de l’ordre du Mé­rite et j’ai dé­sor­mais une très bonne chance de re­joindre le cir­cuit eu­ro­péen en 2016. Mais j’ai en­vie de ter­mi­ner la sai­son à la meilleure place pos­sible pour ac­cu­mu­ler un maxi­mum de confiance.

J’ai tou­jours été un gros frap­peur. La grande dif­fé­rence, c’est qu’au­jourd’hui, mes coups partent sou­vent plus droit! Avant, ce­la pou­vait al­ler vrai­ment dans tous les sens ! En fait, j’ai pro­gres­sé sur l’en­semble de mon jeu et j’ar­rive do­ré­na­vant à mieux te­nir la dis­tance des quatre tours. Tout ce­la, je le dois en par­tie à Be­noît Teille­ria. Il a tou­jours cru en ma ca­pa­ci­té à de­ve­nir un meilleur joueur de golf.

Avec Be­noît, nous avons beau­coup tra­vaillé les bases du swing. Il m’a fait beau­coup bos­ser le grip et la pos­ture. Entre nous, c’est… fu­sion­nel (sou­rire). Nous avons deux ca­rac­tères bien trem­pés. Si l’un des deux est mal lu­né, ce­la peut « chauf­fer », mais j’aime ce type de rap­port car il y a tou­jours beau­coup de bonne hu­meur entre nous.

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