Club du mois

Entre les longues plages de l’at­lan­tique et les contre­forts py­ré­néens, le Pays basque compte quelques-uns des plus beaux par­cours de l’hexa­gone. Chi­ber­ta, un au­then­tique links entre landes, pi­nède et bord de mer, oeuvre du maître Tom Simp­son, est l’un de

Golf Magazine - - SOMMAIRE - DE NOTRE EN­VOYÉ SPÉCIAL DANS LES PY­RÉ­NÉES-AT­LAN­TIQUES, JEAN-ÉDOUARD BIS­SON­NET.

Le golf de Chi­ber­ta au Pays basque.

Tous les chefs-d’oeuvre doivent un jour être res­tau­rés, afin de ré­pa­rer les dom­mages du temps. Le golf de Chi­ber­ta, dont les greens datent de 1927, ne fait pas ex­cep­tion. Mais c’est à coups de pel­le­teuses et de bull­do­zers que l’ex­pert Stuart Hal­lett re­donne une se­conde jeu­nesse à ses bun­kers, ra­joute ceux qui avaient dis­pa­ru, re­mo­dèle et agran­dit les dé­parts, et dote le par­cours d’un sys­tème d’ar­ro­sage et de drai­nage der­nier cri. «Il faut mettre son ego dans sa poche. Mon job consiste à res­tau­rer le tra­cé dans son état d’ori­gine. Pour ce­la, je m’ins­pire de textes et pho­tos d’époque» , ex­plique cet An­glais, for­mé à l’uni­ver­si­té d’edin­burgh, dé­par­te­ment ar­chi­tec­ture, et spé­cia­li­sé dans les vieux par­cours dont ceux du maître Tom Simp­son. «Chi­ber­ta est l’un des plus beaux de Simp­son. Il était alors au som­met de son art et a bé­né­fi­cié ici de l’un des meilleurs sites pos­sible pour y fa­çon­ner un grand links. C’est un tra­cé stra­té­gique, où il faut sa­voir pla­cer la balle, jouer avec les élé­ments et le re­lief tout en dunes du par­cours, et ac­cep­ter par­fois les in­jus­tices du ter­rain» , pour­suit Stuart, qui a dé­jà re­mo­de­lé onze des 18 trous de Chi­ber­ta. Les 15, 16 et 17 sont pro­gram­més pour cette an­née et les trous 1, 9, 10 et 18 se­ront re­faits en 2017. Une ré­no­va­tion de plus de six ans, au fi­nal, et qui a «dé­jà coû­té quelque 1,6 mil­lion d’eu­ros» ,

se­lon Do­mi­nique Du­ret-fer­ra­ri, le nou­veau pré­sident du club. Mais c’est le prix à payer pour jouer un Simp­son, tel que le maître l’a des­si­né au dé­but du siècle der­nier.

Le par­cours des rois

À l’époque, Biar­ritz et la Côte basque sont le re­fuge des têtes cou­ron­nées et de la jet-set. Tous se pressent alors sur «la reine des plages et la plage des rois» afin de pro­fi­ter d’une nou­velle pas­sion aris­to­cra­tique, les bains de mer. À com­men­cer par le duc de Wind­sor, éga­le­ment grand ama­teur de golf et qui de­man­da à Tom Simp­son de lui construire, le long de la plage d’an­glet, «le plus beau golf du monde» . L’ar­chi­tecte de Chan­tilly et de Fontainebl­eau fa­çonne ain­si, entre la plage de la Ma­drague et la fo­rêt de Chi­ber­ta, un 18 trous mi-links, mi-in­land, pas­sant des em­bruns aux sen­teurs de pins. Quant aux fêtes somp­tueuses que don­nait le duc pour le go­tha, elles avaient lieu dans le su­perbe club­house Belle Époque, de­ve­nu l’hô­tel de Chi­ber­ta. De cet âge d’or de­meurent en­core de nom­breux ves­tiges comme la villa mau­resque, une fo­lie des an­nées 1920, qui ac­cueille les gol­feurs au green du 1. Mais il reste sur­tout l’un des plus ma­gni­fiques tra­cés de la Côte basque, qui se dé­ploie le long de l’océan dès le deuxième coup du 2. Les rou­leaux de l’at­lan­tique et les gifles d’éole vous em­mènent alors jus­qu’au trou 8. Et après deux trous de calme re­la­tif dans la pi­nède, les élé­ments se dé­chaînent à nou­veau du 11 au 14, re­trou­vant ces hauts roughs, ces dunes ma­jes­tueuses et ces pro­fonds bun­kers, ca­rac­té­ris­tiques des au­then­tiques links. Pour veiller sur ce mo­nu­ment de notre pa­tri­moine gol­fique, le co­mi­té du golf de Chi­ber­ta a fait ap­pel à Es­telle No­ce­ra. La soeur aî­née de Gw­la­dys, nu­mé­ro 2 fran­çaise, a choi­si, quant à elle, de res­ter ama­teur, mal­gré son ni­veau scratch, et di­rige au­jourd’hui ce links basque pos­sé­dant pas moins de 1200 membres! «J’avais ga­gné un cham­pion­nat de France UNSS à Chi­ber­ta lorsque j’avais 15 ans et j’avais trou­vé que c’était le plus beau golf du monde» , ra­conte Es­telle, heu­reuse d’avoir re­trou­vé cet amour de jeu­nesse. Au­jourd’hui, c’est tou­jours avec la même pas­sion qu’elle su­per­vise les tra­vaux de ré­no­va­tion, l’en­tre­tien du par­cours avec son green-kee­per Patxi Ithur­ry ou en­core la po­li­tique spor­tive du club. Car, chaque an­née, Chi­ber­ta n’or­ga­nise pas moins de cent com­pé­ti­tions avec, en apo­théose, son Grand Prix, en ca­té­go­rie 1, chez les mes­sieurs comme chez les dames. «Du cô­té des équipes, le club en aligne dix en cham­pion­nat de France, dont cinq en pre­mière division» , re­prend notre di­rec­trice, très fière d’en faire aus­si par­tie. Et si, en 2015, l’équipe 1 Mes­sieurs est re­des­cen­due en 2e division, ce n’est pas grave, l’af­front se­ra la­vé en 2016. Pour ce­la, le club peut comp­ter sur les quatre-vingts jeunes de l’école de golf, em­me­nés par Na­than Trey, 13 ans, sé­lec­tion­né l’été der­nier pour jouer au Scot­tish et au Bri­tish Boys. Mais aus­si sur ses cinq pros, et no­tam­ment l’en­fant du club, Jean La­mai­son, ex-joueur du cir­cuit eu­ro­péen, et dont le père et le grand-père en­sei­gnèrent avant lui à Chi­ber­ta. «Tout le monde s’amuse ici, du pro à l’ama­teur. Si Chi­ber­ta n’offre plus beau­coup de ré­sis­tance aux très bons joueurs, il reste très agréable. Et lorsque le vent est de la par­tie, ce n’est plus le même par­cours» , pré­vient ce Basque, très at­ta­ché à son golf et à sa ré­gion. D’ici deux ans, le club au­ra ter­mi­né sa mue. Les aires de dé­parts au­ront toutes été re­faites, avec no­tam­ment de vrais dé­parts rouges pour les dames. Les fair­ways se­ront tous aus­si splen­dides que ceux du 12 et du 13, pre­miers trous à avoir été re­mo­de­lés. Les greens conti­nue­ront à être ci­tés en exemple pour leur ré­gu­la­ri­té et leur rou­le­ment. Et les bun­kers au­ront re­trou­vé l’es­prit d’ori­gine vou­lu par leur créa­teur Tom Simp­son. Pour au­tant, le club n’a pas l’in­ten­tion de se re­po­ser sur ses lau­riers, une fois que le par­cours se­ra re­ve­nu à son apo­gée. La di­rec­trice des lieux nous souffle dé­jà un nou­veau pro­jet : ac­cueillir une épreuve pro­fes­sion­nelle dames. Chi­ber­ta se­rait par­fait pour ça.

Chi­ber­ta est le seul links du Pays basque, et onze de ses dix-huit trous se trouvent en bord de mer.

Le15, l’un des trous tra­cés dans la pi­nède.

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