« LA RY­DER CUP, C’EST CHAUD ! »

Golf Magazine - - PREVIEW RYDER CUP 2018 - PRO­POS RECUEILLIS PAR LU­DO­VIC PONT – PHO­TOS AFP / GETTY IMAGES

Seuls joueurs fran­çais, avec Vic­tor Du­buis­son, à avoir par­ti­ci­pé à la Ry­der Cup, Jean Van de Velde et Thomas Levet se­ront pré­sents en tant que consul­tants pour le groupe Ca­nal+, fin sep­tembre, pour com­men­ter et vivre la 42e édi­tion qui se dis­pu­te­ra au Golf Na­tio­nal. Une épreuve qui reste, pour deux des meilleurs joueurs fran­çais de l’his­toire, l’un des plus grands mo­ments de leur car­rière.

Quel sou­ve­nir gar­dez-vous de votre ex­pé­rience de joueur en Ry­der Cup ?

T. Levet : Ce­la reste une se­maine très in­tense car le plan­ning est vrai­ment très rem­pli. Au ni­veau du jeu, on se re­trouve très vite sous pres­sion car on est op­po­sé à de très bons joueurs. Si­non, ce qui m’a le plus mar­qué, c’est le bruit phé­no­mé­nal que fait le pu­blic. C’est quelque chose que tu ne peux pas ou­blier !

J. Van de Velde : Un sou­ve­nir in­ou­bliable. Jouer en Ry­der, ça n’ar­rive pas tous les jours et à tout le monde. Jouer en équipe, c’est aus­si très spécial. Et puis j’ai eu le pri­vi­lège de jouer la Ry­der Cup aux États-unis. Comme le pu­blic n’est pas le même qu’en Eu­rope, tu as vrai­ment l’im­pres­sion d’être je­té dans le feu !

Est-ce que l’am­biance est vrai­ment si unique ?

T. Levet : En 2004, quand j’avais joué aux États-unis, on se fai­sait sou­vent prendre à par­tie par la foule. C’est quelque chose qui n’ar­rive ja­mais sur les autres tour­nois. Ce­la peut trans­cen­der cer­tains joueurs ou au contraire en im­pres­sion­ner cer­tains autres.

« Jouer en Ry­der Cup, c’est quelque chose que tous les joueurs pro­fes­sion­nels rêvent de faire un jour, comme de ga­gner un Ma­jeur. »

J. Van de Velde : En 1999, l’am­biance était unique mais aus­si hos­tile. De­puis dix ans, l’eu­rope fai­sait mal aux États-unis puis­qu’elle avait ga­gné à plu­sieurs re­prises. La presse amé­ri­caine avait fait mon­ter un peu trop la mayon­naise ce qui fait qu’il y avait un pa­trio­tisme un peu trop mar­qué. C’était très chaud et le pu­blic pou­vait être très agres­sif. Après ce­la, d’ailleurs, on avait chan­gé pas mal de choses pour évi­ter que ce genre de pro­blèmes se re­pro­duise.

Vous sou­ve­nez-vous d’un mo­ment ou d’un coup pré­cis ?

T. Levet : Je me sou­viens très bien d’un mo­ment pen­dant mon match de simple contre Fred Funk. Sur le trou n°13, un par 3, il a ta­pé son coup de fer à 50 cm du trou et le pu­blic a hur­lé ‘ USA, USA’ pen­dant deux mi­nutes. Une fois que les spec­ta­teurs se sont un peu cal­més, j’ai joué et j’ai mis ma balle entre la sienne et le dra­peau ! Les gens ont crié tel­le­ment fort que les deux ca­pi­taines sont ve­nus voir ce qu’il se pas­sait. Ils pen­saient que nous avions fait tous les deux un trou-en-un !

J. Van de Velde : J’ai pas mal de sou­ve­nirs en tête no­tam­ment mon dé­but de par­tie contre Da­vis Love III qui était mon ad­ver­saire en simple. Après avoir per­du le 1, je me suis re­trou­vé 1 down au dé­part du 3. Sur ce trou, j’ai ren­tré un putt de 20 mètres pour re­ve­nir square. Der­rière, Da­vis a ren­tré une ap­proche pour re­prendre l’avan­tage tan­dis que la mienne fai­sait le tour du trou ! Sur le trou sui­vant, on a fait tous les deux bir­dies puis, à par­tir de là, Da­vis a enchaîné les bir­dies. Je m’étais bien ac­cro­ché mais il m’avait eu à l’usure. Cette se­maine-là, il était chaud pa­tate !

Est-ce que votre par­ti­ci­pa­tion en Ry­der Cup re­pré­sente le som­met de votre car­rière de joueur ?

T. Levet : Au ni­veau am­biance, c’est cer­tain. Mais dans la car­rière d’un joueur, il y a de nom­breux mo­ments im­por­tants. J’ai eu la chance de ga­gner quelques tour­nois comme l’open de France, par exemple. En équipe, j’ai ga­gné aus­si des com­pé­ti­tions avec mon club du RCF La Bou­lie en ama­teur, mais c’est sûr qu’en Ry­der Cup, c’est for­cé­ment autre chose. En termes de ni­veau de jeu, tu ne peux pas al­ler plus haut. Et puis, c’est une grande fier­té de dis­pu­ter la Ry­der. Deux ans avant, j’avais dé­jà frô­lé la sé­lec­tion, puisque le ca­pi­taine Sam Tor­rance m’avait ap­pe­lé pour m’ex­pli­quer pour­quoi il ne m’avait pas re­te­nu. En 2004, cette sé­lec­tion était l’ac­com­plis­se­ment du jeu que je dé­ployais de­puis trois ou quatre ans. J. Van de Velde : Jouer en Ry­der Cup, c’est quelque chose que tous les joueurs pro­fes­sion­nels rêvent de faire un jour, comme de ga­gner un Ma­jeur ou de très gros tour­nois. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a très peu d’élus. Tous les deux ans, il faut ter­mi­ner dans les huit ou neuf meilleurs joueurs eu­ro­péens. C’est donc très dif­fi­cile. Je me sou­viens d’ailleurs que j’étais dé­jà pas­sé as­sez près de la sé­lec­tion en 1993, 1995 et 1997 avant de me qua­li­fier en 1999.

Vous avez eu deux ca­pi­taines très dif­fé­rents, Mark James, pour Jean, et Bern­hard Lan­ger, pour Thomas. Quel sou­ve­nir en gar­dez-vous l’un et l’autre ?

T. Levet : En 2004, Bern­hard a été un ca­pi­taine à l’image du joueur qu’il est. C’est-à-dire, plein d’ex­pé­rience, de maî­trise, de com­pré­hen­sion du jeu et de la com­pé­ti­tion. Il a réus­si à trans­mettre son calme et sa sé­ré­ni­té à toute son équipe, ce qui est très fort. Au fi­nal, tout les membres de notre équipe ont joué à un ni­veau in­croyable.

J. Van de Velde : Mark James est comme il est. À Brook­line, il n’avait pas été très com­mu­ni­ca­tif avec moi, Jar­mo San­de­lin ou même An­drew Col­tart [NDLR : les trois roo­kies de l’équipe eu­ro­péenne en 1999]. Il avait une vi­sion très ferme de ce qu’il vou­lait faire et avait ten­té un pari en ne nous fai­sant jouer au­cun double à Jar­mo, An­drew et moi. Mais ce­la n’a pas fonc­tion­né. Et avec du re­cul, je trouve que ce n’était ni très ré­flé­chi, ni très ju­di­cieux. De­puis, d’ailleurs, cette fa­çon de faire n’a plus ja­mais été ré­édi­té.

On parle sou­vent de la pres­sion que les joueurs res­sentent au dé­part du trou 1 en Ry­der Cup. Est-ce que vous avez res­sen­ti aus­si ce­la ?

T. Levet : Sur le dé­part du 1, c’est vrai que la pres­sion est par­ti­cu­lière en Ry­der car tu te rends compte que tu es en train de réa­li­ser le rêve de ta car­rière. Sou­vent, tu t’es bat­tu toute ta vie pour vivre ce mo­ment-là, donc for­cé­ment, c’est un mo­ment très spécial.

J. Van de Velde : En Ry­der Cup, tu portes les es­poirs de toute une équipe et même d’un conti­nent. For­cé­ment, la pres­sion

« C’est un peu dom­mage qu’il n’y ait au­cun Fran­çais dans l’équipe car on ne manque pas de joueurs de grand ta­lent. »

est un peu plus forte que pour un Ma­jeur ou un tour­noi im­por­tant. Au dé­part du 1, il y a beau­coup de monde et de bruit. Le der­nier jour, si vous ne par­tez pas dans les pre­mières par­ties, il y a dé­jà des scores af­fi­chés et il peut donc y avoir dé­jà pas mal d’ef­fer­ves­cence. Donc, c’est sûr, c’est chaud !

Avez-vous gar­dé des ob­jets par­ti­cu­liers de l’édi­tion que vous avez dis­pu­tée ?

T. Levet : J’ai gar­dé pas mal de choses. Des dra­peaux si­gnés par toute l’équipe, de la vais­selle mar­quée Ry­der Cup, un po­lo, un pull et une cas­quette du der­nier jour. Et puis le sac de la Ry­der avec mon nom ins­crit des­sus.

J. Van de Velde : Même si je ne suis pas trop du genre à gar­der des tro­phées à la mai­son, j’ai gar­dé aus­si mon sac et mes vê­te­ments. Et il y a un an et de­mi, j’ai ré­cu­pé­ré la ré­plique du tro­phée qui est of­ferte à chaque joueur. J’ai quand même at­ten­du 18 ans pour le faire ! (rires)

Quel a été votre rôle du­rant la pé­riode de la can­di­da­ture fran­çaise ?

T. Levet : At­ta­ché de presse ! (rires) Pen­dant la can­di­da­ture, j’ai ré­pon­du à des cen­taines de ques­tions des jour­na­listes, qu’ils soient fran­çais ou étran­gers. Et lorsque la France a été dé­si­gnée, j’ai dû ré­pondre à plein de ques­tions sur les golfs où l’on peut jouer en France. On me de­man­dait s’il y avait des par­cours sur la Côte d’azur, à Bor­deaux, en Nor­man­die ou en Cham­pagne. J’ai envoyé des tas d’étran­gers dans toutes les ré­gions de France ! (rires)

J. Van de Velde : Pen­dant cette pé­riode, je fai­sais par­tie du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion du Tour eu­ro­péen et du co­mi­té Ry­der Cup en tant que re­pré­sen­tant des joueurs. Pen­dant des an­nées, j’ai donc par­ti­ci­pé à de nom­breuses dis­cus­sions en in­terne et, pen­dant la pé­riode de can­di­da­ture, j’ai ef­fec­tué en­suite tout le tra­vail de lob­bying que je pou­vais faire.

Qu’avez-vous d’ailleurs res­sen­ti au mo­ment où la France a été dé­si­gné comme pays hôte ?

T. Levet : De la joie, bien évi­dem­ment. En plus, c’était la pre­mière fois de ma vie que je fai­sais dan­ser une mi­nistre ! [NDLR : au mo­ment de l’an­nonce même, Thomas avait pris dans ses bras Chan­tal Jouan­no, la mi­nistre des Sports, pour es­quis­ser une pe­tite danse im­pro­vi­sée]

J. Van de Velde : Beau­coup de joie et sur­tout beau­coup de fier­té. En tant que joueur pro­fes­sion­nel et re­pré­sen­tant des joueurs sur le cir­cuit eu­ro­péen, l’un de mes ob­jec­tifs de car­rière était que cette Ry­der Cup se dé­roule un jour en France. Pour moi, c’était donc un vrai ac­com­plis­se­ment.

Est-ce une dé­cep­tion de ne pas voir un joueur fran­çais faire par­tie de l’équipe eu­ro­péenne ?

T. Levet : C’est cer­tain, c’est une pe­tite dé­cep­tion de ne pas avoir un joueur fran­çais au Golf Na­tio­nal. Mais cette an­née, pour pou­voir se qua­li­fier di­rec­te­ment, les places étaient vrai­ment très chères.

J. Van de Velde : C’est sûr, c’est un peu dom­mage qu’il n’y ait au­cun Fran­çais car on ne manque pas de joueurs de grand ta­lent qui ont tout à fait le po­ten­tiel pour faire par­tie de l’équipe. Mais, comme je l’ai dé­jà dit, ce n’est ja­mais fa­cile. Et puis les joueurs aux­quels je pense ont en­core le temps d’y par­ti­ci­per. Cos­tan­ti­no Roc­ca n’a pas joué sa pre­mière Ry­der à l’âge de 25 ans ! [NDLR : l’ita­lien avait 36 ans en 1993]

Que fe­rez-vous pen­dant cette édi­tion 2018 ?

T. Levet : Je se­rai consul­tant pour Ca­nal+ et Golf+ pen­dant toute la se­maine. Et j’au­rai éga­le­ment de nom­breuses obli­ga­tions en tant qu’am­bas­sa­deur de la can­di­da­ture fran­çaise. Ce se­ra une se­maine bien rem­plie !

J. Van de Velde : Comme je suis am­bas­sa­deur de la can­di­da­ture fran­çaise, je vais as­sis­ter à pas mal de dî­ners et avoir des obli­ga­tions hors du par­cours. J’of­fi­cie­rai éga­le­ment à la Ju­nior Ry­der Cup à Dis­ney­land. Et puis, comme Thomas, je se­rai aus­si pré­sent der­rière le mi­cro comme consul­tant pour les chaînes du groupe Ca­nal+.

Au­riez-vous ai­mé jouer un rôle dans l’équipe eu­ro­péenne ?

T. Levet : Oui, bien sûr, je suis un peu dé­çu. Mais le ca­pi­taine Thomas Bjorn a dû com­po­ser son équipe. Il ne peut pas in­vi­ter 2 000 per­sonnes non plus ! C’est com­pré­hen­sible. En plus, Grégory (Ha­vret) et Ra­phaël (Jac­que­lin) fe­ront par­tie du staff de l’équipe eu­ro­péenne et vont ai­der le ca­pi­taine du mieux pos­sible. On au­ra donc deux Fran­çais. C’est dé­jà pas si mal.

J. Van de Velde : Non, je n’at­ten­dais au­cun coup de fil et je ne vou­lais même pas for­cé­ment en re­ce­voir. En plus, ce­la fait presque dix ans que je ne joue plus sur le cir­cuit eu­ro­péen. Je pense qu’il faut vrai­ment être au quo­ti­dien sur le Tour pour ser­vir au mieux les joueurs qui fe­ront par­tie de l’équipe.

Quel est votre pro­nos­tic pour cette édi­tion au Golf Na­tio­nal ?

T. Levet : Je pense que l’eu­rope va ga­gner de deux points. Les Eu­ro­péens connaissent très bien le par­cours de l’al­ba­tros et c’est un tra­cé qui leur convient mieux.

J. Van de Velde : Pas de pro­nos­tic pour moi. J’es­père sur­tout que ce se­ra un beau match avec, bien évi­dem­ment, une vic­toire de l’eu­rope sur l’avant-der­nier ou le der­nier match. J’es­père sur­tout que cette ren­contre don­ne­ra une belle image du golf dans le monde en­tier et plus par­ti­cu­liè­re­ment dans notre beau pays pour que les gens se rendent vrai­ment compte de ce que le jeu de golf peut re­pré­sen­ter.

Thomas Levet et Jean Van de Velde, à Went­worth, le 17 mai 2011, lors de l’at­tri­bu­tion de la Ry­der Cup à la France.

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