CE QUE JE SAIS...

Le sty­liste bri­tan­nique, fan de cyclisme et de pho­to­gra­phie, nous ex­plique la phi­lo­so­phie du gent­le­man ul­time.

GQ (France) - - Sommaire - Par Paul Smith.

PEU DE GENS SAVENT VRAI­MENT OBSERVER

« Quand j’avais 11 ans, mon père m’a of­fert un ap­pa­reil pho­to Ko­dak – il était pas­sion­né et fai sait par­tie d’un club. J’ai com­men­cé à prendre des pho­tos et à al­ler dans la chambre noire avec lui pour dé­ve­lop­per les cli­chés. À l’époque, ces ap­pa­reils avaient un vi­seur mi­nus­cule, bien loin de ce - lui de l’iphone avec le­quel on est ha­bi­tué au­jourd’hui à ap­pré­hen­der l’es­pace. J’ai ap­pris à for­mer un cadre, à prê­ter at­ten­tion au dé­tail, à pen­ser avant de prendre la pho­to. Ce­la m’a été très utile dans mon tra­vail et dans l’ex­pres­sion de la sin­gu­la­ri­té de la m arque Paul Smith. Au­jourd’hui, avec le di­gi­tal, tout le monde a l’im­pres­sion de v oir ce qui l’en­toure. Mais peu de gens savent re­gar­der. »

CARLO SCARPA EST LE MAÎTRE DES PROPORTIONS PARFAITES

« J’adore cet ar­chi­tecte. Il est très connu pour ce qu’il a réa­li­sé à Ve­nise, entre autres. C’était le maître des proportions parfaites. Son tra­vail ne consis­tait pas à construire de nou­veaux bâ­ti­ments, mais à re­prendre des bâ­ti­ments exis­tants et à les res­tau­rer, les trans­for­mer. Il a pro­duit des pièces très in - dus­trielles, ra­di­cales, par exemple en mé­lan­geant dif­fé­rents types de v erres ou en créant qua­si­ment de nou­velles ma­tières. Il m’a ap­pris à mé­lan­ger le vieux et le neuf, le ru­gueux et le doux, à in­ven­ter. »

EN SOI, UN COS­TUME NE VAUT RIEN

« J’ai ren­con­tré ma femme Pau­line quand j’ avais 21 ans. Elle en avait 27 et étu­diait la mode au Royal Col­lege of Arts. À l’époque, on y ap­pre­nait vrai­ment la construc­tion du vê­te­ment, une épaule, une fer­me­ture... pas le so­cial me­dia et le net­wor­king. Chaque soir, Pau­line me mon­trait com­ment faire un pa­tron, les sub­ti­li­tés de la cou­ture. J’ai ain­si ap­pris que l’élé­gance d’un homme était une af­faire de dé­tail. Quand tu pinces le ti ssu d’une v este au ni­veau de la poi­trine, ça le li­bère et met en va­leur le buste. Ce­la donne de l’im­por­tance, au sens propre comme au fi­gu­ré. Un cos­tume en soi ne vaut rien. Ce qui compte, c’est com­ment il va rendre l’homme qui le porte im­por­tant, lui don­ner une pos­ture. »

IL FAUT TOU­JOURS TE­NIR LE RYTHME

« J’ai été un cy­cliste pas­sion­né et jus­qu’à un ac­ci­dent, à 17 ans, je pen­sais en faire mon mé­tier. Le vé­lo m’a don­né des clés pour mon­ter mon bu­si­ness et m’a ap­pris à tra­vailler en équipe : tu aides le sprin­ter dans les mon­tées, tu l’aides en­suite à re­trou­ver son rythme. Uti­li­ser les f orces et amor­tir les fai­blesses, c’est le se­cret du ma­na­ge­ment. L’autre chose que j’ai ap­prise, c’est qu’il faut éta­blir et res­pec­ter son propre rythme ; c’est très fa­cile d’al­ler au- de­là de son éner­gie. De­puis qua­rante ans, ma vie est trop pleine – j’adore ça, je suis en­core un des rares in­dé­pen­dants. Mais pour te­nir, il faut sa­voir do­ser. Une course dure 200 km : ne dé­marre pas trop tôt ; sache at­tendre le temps qu’il faut avant de lan­cer une échap­pée ! »

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