VIR­GI­NIE EFI­RA POUR­QUOI TOUT LE MONDE L’ADORE*

*( IN­DICE : elle n’est pas que “jo­lie”) #METOO CHEZ LES AVO­CATS : BIEN­TÔT LA FIN DE L’OMER­TA ? HOR­LO­GE­RIE : LES PLUS BELLES MONTRES POUR PAS­SER À L’HEURE D’HI­VER STYLE : ET SI VOUS EN REMETTIEZ UNE COUCHE ? ET AUS­SI… VIR­GIL ABLOH, MARK RON­SON, FRED­DIE M

GQ (France) - - La Une - Par Ma­thilde Ser­rell_ Pho­to­gra­phies Alexandre Guir­kin­ger

Évo­quer Vir­gi­nie Efi­ra dans une ré­dac­tion, ce­la re­vient à en­ga­ger une bat­tle de su­per­la­tifs. Drôle, splen­dide, in­tel­li­gente, beau­coup sou­lignent son humilité et la sim­pli­ci­té d’une femme qui s’as­sume. En plus, elle est ul­tra-sym­pa. À l’af­fiche du Grand­bain de Gilles Lel­louche et d’un amou­rim­pos­sible de Ca­the­rine Cor­si­ni, l’ac­trice belge parle de #Metoo, de la « Nou­velle Star », de Paul Ve­rhoe­ven et des « films de meufs » dont elle se mé­fie lé­gè­re­ment.

Fin août, dans un stu­dio de Saint- De­nis. Vir­gi­nie Ef ira ar­rive un peu avant 15 heures. Pre­mière ques­tion : « Euh....vous pen­sez qu’on peut f in­ir vers 21 heures ? » Dans un uni - vers où le concept de l ’ in­ter­view de cinq mi­nutes existe, voi­là une en­trée en ma­tière qui dé­tonne et dé­tend l’at­mo­sphère. Cash, sym­pa, na­tu­relle, avec le zeste de « bel­gi­tude » qu’on aime tant, en­fin une star qui semble proche de son image. C’est peut- être ce cha­risme mo­deste qui plaît au­tant aux hommes qu’aux femmes, ce point de jonc­tion en­tr e les deux sexes qui nous a don­né en­vie de la pro­pul­ser en « co­ver » de GQ. Ce jour­là, Vir­gi­nie Ef ira a dor­mi quatre heures et dé­barque d’ita­lie où elle joue une re­li­gieuse les­bienne du XVIIE siècle dans Be­ne­det­ta, le pro­chain f ilm de Paul Ve­rhoe­ven pré­vu en 2019. L’époque de la « Nou­velle Star » semble si loin... Et l’ac­trice belge a en­core tel­le­ment de che­min à par­cou­rir. Mais sous quelle forme ? Vir­gi­nie Efi­ra n’est pas une Ca­me­ron Diaz à la fran­çaise, ou ce mix entre

Ma­ri­lyn Mon­roe et Gér ard De­par­dieu qu’a pu dé­crir e Édouard Baer. Elle a des­si­né ses contours uniques à l’ins­tinct. Comme les li­mites d’un cadre qu’on re­pousse un peu plus à chaque fois.

GQ : Si on re­prend ton his­toire de­puis la té­lé­vi­sion (belge puis fran­çaise), où tu t’es fait connaître, tu as eu conscience dès le dé­part qu’il y avait autre chose à al­ler cher­cher, que le pé­ri­mètre était trop étroit ?

Vir­gi­nie Efi­ra : Oui, mais d’un cô­té, je n’ai au­cune am­bi­tion, je ne sais pas bien où je vais. Au­jourd’hui non plus d’ailleurs, et c’est plu­tôt chouette de ne pas sa­voir où on va ! Ce que je peux dire, c’est qu’à ce mo­ment- là, tu te mets toute seule dans une forme de sou­mis­sion à l ’ exis­tence. Heu­reu­se­ment, j’ai pu conser­ver un peu de dis­tance, d’hu­mour sur moi- même, ce­la de­vient presque vi­tal, ce n’est p as une co­quet­te­rie.

Sau­vée par le rire ?

Ah oui ! C’est quand même le seul moyen de gar­der une forme de conscience. Par exemple, quand j’étais en Bel­gique et que je pré­sen­tais l’émis­sion d’ados « Mé­ga­mix » (à la fin des an­nées 1990, ndlr), j’ar­ri­vais à faire des choses amu­santes à l’in­té­rieur de ce dis­po­si­tif, pour ceux qui vou­laient bien le voir. Quand tu peux faire pas­ser des pe­tits mes­sages entre les lignes et que cer­taines per­sonnes s’en aper­çoivent, tu n’es pas com­plè­te­ment ins­tru­men­ta­li­sée par le hit- pa­rade ou par un truc qui te semble moche.

Com­ment ar­rive ce mo­ment où les choses s’ouvrent, où tu te dis que tu peux, que tu vas faire du ci­né­ma ?

Je ne crois pas du tout à l’idée de des­tin, mai s j’ai l’im­pres­sion que, quelque part, on sait dé­jà au fond de nous ce qui va se pas­ser. Par exemple, quand j’étais ani­ma­trice à RTL, qui est la chaîne pri­vée belge, je n’étais pas la plus va­lo­ri­sée, pas du tout. Je n’étais pas Miss Bel­gique, j’avais des couettes sur la tête, et on était deux filles : il y en avait une qui était la jo­lie, moi j’étais la drôle. Je n’étais vrai­ment pas au som­met mais je sa­vais que je n’al­lais pas res­ter là. Que je ne pas­se­rais pas ma vie à at­tendre mon tour au ma­quillage pour dire deux- trois bri­coles. Je ne me suis pas dit « tiens, je vais faire de la té­lé­vi­sion » comme ça en­suite « je fe­rai du ci­né­ma » . Cer­tai­ne­ment pas. Je me di­sais au contraire « plus tu vas al­ler loin à la té­lé­vi­sion, moins ça se­ra pos­sible » . En même temps, pour t’épa­nouir il faut bien lâ­cher d’an­ciens dé­si­rs, si­non tu vas tou­jours te fo­ca­li­ser sur ce que tu au­rais vou­lu faire plu­tôt que sur ce que tu es en train de faire. Donc as­sez vite, je me suis dit « si ça ne te va pas, cas­se­toi de la té­lé et va faire du théâtre, trouve des moyens. » (Vir­gi­nie Efi­ra a été for­mée en Bel­gique à l’ins­ti­tut na­tio­nal su­pé­rieur des arts du spec­tacle puis au Con­ser­va­toire). Mais comme tu restes là, alors c’est à toi d’y trou­ver quelque chose, puisque ça a l’air de te conve­nir.

Pour­quoi tu n’étais pas prête à par­tir ?

C’est une époque où je m’étais « confi­gu­rée » comme ça. Je m’étais ma­riée as­sez jeune, avec quel­qu’un qui avait dix ans de plus que moi (Vir­gi­nie Efi­ra s’est ma­riée en 2002 avec le co­mé­dien et réa­li­sa­teur bel­ge­pa­tri­ckri­dre­mont,ils se sont sé­pa­rés trois ans plus tard), pour qui j’a vais beau­coup d’ad­mi­ra­tion. Je ne re­met­tais pas for­cé­ment en ques­tion l’idée de com­ment une vie doit se dé­rou­ler. Je n’ai pas fait d’en­fants tout de suite mais je me suis oc­cu­pée d’en­fants qui n’étaient pas les miens, c’était as­sez ar­ché­ty­pal, quoi. Il ne m’a ja­mais dit « tu dois res­ter à cette place- là » , c’est moi- même qui me suis si­tuée à un cer- tain ni­veau par rap­port à lui. On s’est sé­pa­rés mais je suis res­tée long­temps dans cette confi­gu­ra­tion, avant de me dire tout à coup, en fait, même le couple peut anéan­tir les dé­si­rs. Je me sou­viens qu’il m’avait dit un jour : « J’au­rai un théâtre et toi, tu tra­vaille­ras au bar... » Là, j’au­rais pu avoir un ré­flexe type : « Il est dingue, il croit que je vais pas­ser ma vie à tra­vailler dans un bar alors que je n’ai que 20 ans ? » Non, je me sou­viens que j’ai ré­pon­du, et même pen­sé, « ah ouais co­ol, pour­quoi pas ? Ça peut être sym­pa » !

Com­ment t’es-tu « re­con fi­gu­rée », alors ?

Com­ment faire, à un mo­ment d o n n é , pour être en prise avec nos propres dé­si­rs ? Com­ment l e s c o n n a î t re ? Tou t l e monde te di t « sois to i - même » ,

mais si je ne sais pas qui je suis, com­ment je fais, gars ? Et puis on est tou­jours ten­té de faire plai­sir à t elle ou t elle per­sonne, on ne s’en rend même pas compte… Par­don pour cette ex­pres­sion im­monde, mais il faut par­ve­nir à être « pro­prié­taire de son exis­tence » , c’est- à- dire ne pas se sen­tir cou­pable de ses dé­si­rs ou ne plus avoir peur de se trom­per, de faillir. Je sa­vais in­ti­me­ment que ce qui m’in­té­res­sait en fait c’était de cher cher. Et puis à un mo­ment, je l’ai su « cor­po­rel­le­ment » .

C’était ta pé­riode « Nou­velle Star » sur M6 ?

Oui, quand je pré­sen­tais la « Nou­velle Star » , j’ar­ri­vais à me dire qu’il y avait quelque chose de dif­fé­rent : c’était une émis­sion où la mu­sique n’était pas mer­dique et où il y avait quand même une exi­gence de pa­role sur M6 à 20h50, c’est pas nul. Mais ar­rive un mo­ment où tu le sens « cor­po­rel­le­ment » : il y a un pe­tit quelque chose qui te fait com­prendre que ce n’est pas l’en­droit où tu vas être réel­le­ment heu­reuse, qu’il faut du mou­ve­ment, qu’il faut cher­cher. Mais tu ne sais pas bien com­ment faire… D’ailleurs – et je le dis sans né­ga­ti­vi­té à l’égard de ceux qui le re­cherchent – je n’en avais rien à se­couer d’avoir plus de pou­voir à la té­lé, de faire plus d’au­dience. Moi, si on m’an­non­çait : « Ce soir, il n’y au­ra pas grand monde quand tu pré­sent es parce qu’il y a le déb at Sé­go­lène Royal/ Ni­co­las Sar­ko­zy » , je me di­sais : « Je suis contente, je ser ai plus libre. » Et j’étais meilleure d’ailleurs ! Si tu res­sens ça, c’est que tu n’es pas vrai­ment confi­gu­rée pour la té­lé. Et puis ce qui est très agres­sif aus­si, ce sont les dis­cus­sions qu’il y a au - tour... C’est de voir les pro­duc­teurs qui pensent qu’ils captent l’air du temps, qui disent « la so­li­da­ri­té c’est en vogue en ce mo­ment, ça se­rait bien qu’on fasse un truc sur la so­li­da­ri­té » . Des phrases comme celles- là t’agressent, non pas parce qu’elles sont bêtes, mais parce que tu n’as pas en­vie de vivre dans un monde comme ça. Tu es alors pas­sée au « monde » du ci­né­ma et des co­mé­dies ro­man­tiques prin­ci­pa­le­ment ( en 2010,

“Com­ment faire, à un mo­ment don­né, pour être en prise avec nos propres dé­si­rs ? Com­ment les connaître ? Tout le monde te dit ‘ sois toi- même’. Mais si je ne sais pas qui je suis, com­ment je fais, gars ?”

L’amourc’est­mieuxà­deux de Do­mi­nique Far­ru­gia et Ar­naud Le­mort ; en 2011, La Chance de ma vie de Ni­co­las Cuche ; en 2013, 20 ans d’écart de Da­vid Mo­reau)...

Oui, tu pars pour dé­cou­vrir d’autres choses. Quand j’ai fait du ci­né­ma, j ’ a i d’abord eu l a très grande j o i e de l a nou­veau­té, j’étais en lé­vi ta­tion, vrai­ment. Il y avait le jeu, c’était un aban­don. La té­lé­vi­sion ne me per­met - tait ja­mais cet aban­don. Tu as l’oreillette, on te crie des­sus… Là, tout à coup, j e me ren­dais compte que j’avais moins peur. Je ne dis pas que mes pre­miers rôles étaient ab­so­lu­ment pas­sion­nants mais c’était des rôles, dé­jà, donc tu pou­vais y in­ves­tir des choses plus per­son­nelles, ça me plai - sait énor­mé­ment. Sauf qu’au bout d’un mo­ment, après deux- trois films, tu peux te re­trou­ver exac­te­ment dans la même confi­gu­ra­tion qu’avec les gens de té­lé­vi­sion.

Dans un nou­vel en­clos ?

Quand tu en­tends des phrases du type : « At­tends, c’est nor­mal, il ne va pas mar­cher ce film parce que ce titre est su­per an­xio­gène… » , tu te dis : « Ah non les gars, s’il vous plaît, moi j’en peux plus en fait. » On ne peut pas re­pro­cher à un ac­teur de tra­vailler, tu dois payer ton loyer, si on te pro­pose deux f ilms par an tu ne peux pas dire non, la ques­tion du choix, c’est quand tu as... un mi­ni­mum de choix ! Seule­ment, in­té­rieu­re­ment, tu sais que tu ne veux pas faire des films dont la pen­sée est « es­cla­va­gi­sée » par la so­cié­té.

Ça se tra­duit com­ment ?

Je prends tou­jours cet exemple, le pauvre... Le réa­li­sa­teur m’a d’ailleurs dé­jà ap­pe­lée pour me de­man­der pour­quoi je parle tou­jours de ce film... Et en fait il est très sym­pa­thique ce film, mais il y avait juste cette phrase que je de­vais dire et qui au fond n’était pas pos­sible pour moi. C’était une scène ty­pique où le per­son­nage que je jouais était avec ses co­pines : comme tou­jours, les filles sont as­sises, en­fin à moi­tié as­sises sur le ca­na­pé, elles boivent du vin blanc, etc. Bref, elles ri­golent et elles parlent de gar­çons. Moi, en­fin mon per­son­nage, je sor­tais avec un mec de­puis six mois et mes co­pines me di­saient : « Quoi, ça fait six mois et vous n’avez tou­jours pas cou­ché en­semble ? » Dans le film, je ré­pon­dais : « Bah non, pour une fois qu’un mec prend le temps de me connaître et me r es­pecte, je trouve ça plu­tôt bien. » Ça m’a ren­due triste. Je me suis dit, on es­saye de par­ler des rap­ports d’au­jourd’hui, et moi je sui s en train d’in­si­nuer que l’abs­ti­nence, c’est le res­pect ! Alors ok, c’est du di­vert is­se­ment, mais i l faut quand même es­sayer de ra­con­ter des choses qui nous semblent belles et va­lables. Je me sou­viens aus­si de cette pé­riode où il y avait tout un truc aut our des « films de meufs » . Com­bien de fois on m’a ap­pe­lée en me di­sant « viens, c’est su­per un film de meufs » . Oui, eh bien… C’est un film de meufs que je trouve naze ! Ça ne veut rien dire ! Genre « c’est un beau com­bat de femme, tu vas voir... » (Rires) Bah non !

Tu as com­men­cé à te rap­pro­cher de tes choix ?

En tant qu’ac­teur, on est res­pon­sable, quelque part tu vé­hi­cules une pen - sée, et je sa­vais que je ne pou­vais pas in­ter­pré­ter des rôles qui ne me cor­res­pon­daient pas. En plus, j’ai tou­jours ad­mi­ré les ac­trices qui, sur le très long terme, des­sinent le por­trait d’une cer­taine fé­mi­ni­té, comme Si­mone Si­gno­ret, Ca­the­rine De­neuve, Jeanne Mo­reau...

C’est presque un es­sai sur la fé­mi­ni­té qui s’écrit à tra­vers les films ?

Oui, c’est une autre ma­nière d e vo i r les choses. En ce mo­ment, je lis un livre de Mu­rielle Jou­det sur Isa­belle Hup­pert, qui s’ap­pelle Vivre ne nous re­garde pas, très phi­lo­so­phique. Elle parle d’elle et de ses choix de f ilms pour ra­con­ter fi­na­le­ment un rap­port au monde, une cer­taine idée de la fé­mi­ni­té. Ce sont des ac­trices pour qui ça ne s’est pas fait en cinq films, ce sont des femmes très rares, qui ont construit un par­cours.

Pour toi, ce qui s’écrit à l’écran dit quelque chose du monde tel que tu le vois. Au fond, c’est pour ça que tu n’as pas en­vie d’être dans un pro­jet où on va­lo­ri­se­rait la fille qui n’a

pas cou­ché le pre­mier soir comme quel­qu’un qui a de la chance…

Oui, tout comme c’était dif f i c i l e pour moi à la « Nou­velle Star » de dire : « Pour l’un d’entre eux, tout va s’ar­rê­ter » , ou « C’est que du bon­heur ! » C’est quoi, le bon­heur ? Vous le sau­rez juste après la pub. Non, quand même !

C’est aus­si une ques­tion de vé­ri­té par rap­port à toi­même ? J’ai l’im­pres­sion que ça te po­se­rait pro­blème de men­tir…

Il y a des choses as­sez jo­lies dans le men­songe. Plu­tôt que de ra­con­ter leur pe­tit quo­ti­dien, les gr ands my­thos ont une forme d’élé­gance.

De pa­nache ?

Oui, plu­tôt que de dire « Là, j’ai un peu mal au dos parce qu’hier, tu v ois, j ’ a i mal dor­mi » , i l s in­ventent une his­toire !

Tu as dit dans une in­ter­view : « J’ai sans doute une pe­tite ob­ses­sion pas très in­té­res­sante pour la vé­ri­té. » Pour­quoi ça ne se­rait pas très in­té­res­sant ?

Est- ce que j ’ a i une ob­ses­sion pour l a vé­ri­té ? Je ne sais pas. Je n ’ a i cer tai­ne­ment pas l’ob­ses­sion de la tr ans­pa­rence, vrai­ment pas. Je la trou­ve­rais fausse. En re­vanche, ce qui m’ob­sède, c’est la crainte de ne pas être lu­cide sur moi- même par rap­port à ce mé­tier. Ce qui me fait peur, ce sont les gens qui n’ont plus ac­cès à la contra­dic­tion. Qui f in­issent par prendre leur prisme pour LE prisme gé­né­ral.

Pour toi, la vé­ri­té est dans la contra­dic­tion ? C’est pour ça que tu te rap­proches de rôles q u i réunissent des contraires ?

Je suis en train de tour­ner le f ilm de Paul Ve­rhoe­ven, où je joue un per­son­nage tout en am­bi­guï­té (une re­li­gieuse les­bienne). Le film s’ap­pelle

Be­ne­det­ta, comme le film de Jus­tine Triet s’ap­pe­lait

Vic­to­ria, cette uni­té du pré­nom est le seul point com­mun pour sai­sir une foule de mou­ve­ments contraires. Ce ne sont pa s des per­son­nages- fonc­tions.

Ça se voit à nou­veau « cor­po­rel­le­ment » dans ton jeu chez Jus­tine Triet, par exemple. Pour toi, il y a a vant tout une vé­ri­té du per­son­nage à tra­vers son corps ?

C’est vrai qu’en fai­sant des co­mé­dies ro­man­tiques, l ’ idée du corps est ab­sente, à part dans 20

ans d’écart où elle exis­tait un peu. Je ne parle pas uni­que­ment de sexua­li­té, mais les per­son­nages sont sté­réo­ty­pés, et du coup le corps ne s’ex­prime pas. Alors qu’il n’y a rien de plus pas­sion­nant pour une ac­trice. Je n’ai pas beau­coup pu y tra­vailler avant. Et ce que j’aime dans les films de Ve­rhoe­ven, de Triet ou de Cor­si­ni, c’est ce corps qui n’est pas fonc­tion. Un corps qui est rem­pli d’in­cons­cient, de lan­gage. Chez Ve­rhoe­ven, c’est très puis­sant cette cho­se­là, l’idée du corps qui est aus­si un ins­tru­ment, un corps qui pense.

Mais la vé­ri­té ne passet- elle pas aus­si par le lan­gage ?

Oui, bien sûr, les mots ra­content une ma­nière de voir le monde. Dans Un amour im­pos­sible (le film de Ca­the­rine Cor­si­ni, adap­té du livre épo­nyme de Ch­ris­tine An­got, dont la sor­tie est pré­vue le 7 no

vembre) où je joue le rôle de la mère, tout à coup, parce qu’on met les mots sur une si­tua­tion in­duite, les choses changent. Entre la mère et la fille, c’est une ma­nière de conti­nuer en­semble et de pouv oir sor­tir d’un contexte per­son­nel pour par­ler d’un contexte glo­bal.

Et # Metoo, c’est un « mo­ment » de vé­ri­té ?

Il y avait un réel im­pé­ra­tif à « dire » les choses, il fal­lait d’abord que la vague f ranch i sse l ’ obs­tac l e . Avant # Metoo, faut quand même se rap­pe­ler que tu pou­vais tom­ber sur une pro­duc­trice qui te di­sait : « Je te ras­sure, je ne suis pas fé­mi­niste » . Et moi je pen­sais : « Ils sont fous ces gens- là ! » Main­te­nant, ça de­vient un ar­gu­ment pu­bli­ci­taire, il y a quelque chose qui écrase un peu cette pen­sée. Mais c’est un mo­ment es­sen­tiel où l ’ on sort de l’in­vi­sible pour nom­mer quelque chose, et une f ois que ça existe, que cette pa­role est en­ten­due, alors on fait ce qu’on veut, cha­cun peut dis­cu­ter de ses pe­tits fé­mi­nismes, genre « moi j’aime bien les trucs

de pute » , etc. C’est sûr qu’il y a des ré­ti­cences en France, un mé­lange d’ex­cep­tion cultu­relle et de ré­flexe gau­lois genre « on aime man­ger des gi­go ts et mettre des mains au cul » , mais ça per­met de ré­af fir­mer l’im­por­tance de # MeToo. Le mou­ve­ment trace son che­min, même s’il reste en­core beau­coup à faire.

Qu’est- ce que tu penses des ini­tia­tives comme « 50/50 en 2020 » , le col­lec­tif qui vise à plus d’éga­li­té dans le ci­né­ma, et d’une mé­ca­nique de quo­tas pour ai­der à faire émer­ger plus de films réa­li­sés par des femmes ?

Un exemple qui m’a mar­quée là- des­sus, c’est la ques­tion des sé­lec­tion­neurs de fes­ti­vals. Tu te dis qu’en réa­li­té, il ne peut pas y avoir de cri­tères ob­jec­tifs. On ne peut pas dire « oh non, on ne pr end que les meilleurs » . Dans un fes­ti­val, il y a t ou­jours une vo­lon­té de re­pré­sen­ter le monde dans sa di­ver­si­té et dans les su­jets qui sont abor­dés. Pour­quoi on ne cher­che­rait pas aus­si à va­rier les points de vue ? Mettre en avant les films de femmes c’est as­sez juste parce que, mal­gré tout, sans nou­veaux mo­dèles, il n’y a pas d’avan­cées pos­sibles. T’en penses quoi ? Tu trouves ça naze ? Non, c’est très im­por­tant. On a l’im­pres­sion que les gens craignent que ça re­streigne la li­ber­té es­thé­tique, alors qu’en fait non, il s’agit de mul­ti­plier les fais­ceaux de re­pré­sen­ta­tions. Bon, pour fi­nir, comme tu as pris la na­tio­na­li­té fran­çaise pour vo­ter, un mot

sur Em­ma­nuel Ma­cron. Vous êtes nés la même an­née, vous avez tous les deux un père mé­de­cin…

Ah oui, c’est vrai ? Je pen­sais que j’étais plus vieille que lui ! Eh bien, on a beau­coup de choses en com­mun !

Toi qui af­fec­tionnes la réunion des contra­dic­tions dans un même per­son­nage, dans une même pen­sée, en quoi c’est dif­fé­rent, ou pas, du « en même temps » ma­cro­nien ?

Je ne sais pas ce que je vais réus­sir à te dire là, avec les quatre pe­tites heures de som­meil de la nuit der­nière ! Pour bien t’ex­pli­quer, il fau­drait que l’on se re­voie de­main, et de­main ça se­ra vrai­ment très très brillant ce que je vais te dire (rires) !

VESTE MARC JA­COBS VIN­TAGE BAGUE CHARLOT TE CHES­NAIS

ROBE JAC­QUE­MUS

ROBE JAC­QUE­MUS ES­CAR­PINS MAR­NI

MAN­TEAU JIL SAN­DER

MAN­TEAU J I L SAN­DER

ROBE JAC­QUE­MUS STY­LISME : VIC­TOIRE SIMONNEY COIF­FURE : NI­NA OLI­VET @ AR­TISTS UNIT MA­QUILLAGE : ANGLOMA POUR SIS­LEY

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