Grand Seigneur

Mes livres pour l’apéro

- Entretien : Olivier Malnuit Photos : Thomas Laisné

Carlo Cipolla, Frederick Exley, Steve Tesich… Pour Benoît Poelvoorde, les grands auteurs de la soif sont peut-être aussi ceux qui permettent de lever le pied à l’apéro. Dommage qu’on ne serve pas encore de littératur­e au bistrot !

Benoît Poelvoorde, quels sont vos dix livres à lire à l’apéro ?

— B.P. : Pour le premier, je dirais sans aucune hésitation : Les Lois fondamenta­les de la stupidité humaine (PUF). C'est un historien italien qui a écrit ça dans les 70's (Carlo Maria Cipolla) avec un ton pseudo-scientifiq­ue à la Perec, c'est génial. Il raconte, entre autres, comment même les lauréats du Prix Nobel n'échappent pas à ces fameuses « lois de la stupidité humaine ». Si vous lisez ça, vous allez tellement vous marrer qu'après vous aurez envie de boire un coup.

Et le second livre ?

Si vous avez vraiment très soif, je pencherais pour Le Dernier Stade de la soif (éd. Monsieur Toussaint Louverture) de Frederick Exley. Ce sont ses mémoires fictifs au gré des bars sur l'alcool, les échecs, ses rêves de gloire chez les New York Giants, etc. Ce que l'auteur appelle « les fardeaux du chagrin ». Ça, c'est un grand livre (préfacé par Nick Hornby, ndlr) : un vrai remontant avec du Nabokov à l'intérieur ! Et pour la suite, j'aurais envie de me replonger dans Demande, et tu recevras (éd. Monsieur Toussaint Louverture) de Sam Lipsyte : la vie de Milo Burke, un peintre pas très en forme et qui ne réussit jamais rien… Bon d'accord, ça n'a pas l'air très gai (rires). Mais en fait c'est très drôle. Une vraie satire sur la réussite qui peut être aussi une forme d'échec. C'est tellement bon qu'un journal avait écrit que, lorsqu'on ferme le livre, on est gagné par un immense sentiment de perte…

Et pour l’happy-hour ?

Alors, pour la deuxième mi-temps, il faut absolument lire Karoo (éd. Monsieur Toussaint Louverture) de Steve Tesich. L'histoire d'un scénariste à Hollywood, à qui il arrive la chose la plus terrible du monde : il ne parvient plus à être saoul. Du coup, il fait semblant, un peu pour rassurer les gens. Et plus il boit, moins il est ivre. Une vraie tragédie ! Et puis, vous avez également Alcoolique de Jonathan Ames et Dean Haspiel, etc. Bon, j'arrête là, sinon cette interview va virer à la tournée générale. Mais si vous venez prendre l'apéro avec moi à Namur, je vous ferai une liste. Y'en a plus de dix…

Qu’est-ce qui vous passionne le plus : l’alcool ou les livres ?

Ce qui me bouleverse, ce n'est pas tant l'alcool que les alcoolique­s. Mais lire est un refuge bien plus important que l'ivresse, un instant de grâce sur soi-même... C'est pour ça que je lis dès que je peux, le matin de bonne

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