Grand Seigneur

“LE PÈRE NOËL A UN PETIT CREUX !”

- Olivier Malnuit / Charlélie Marangé (avec Sylvain La Rosa) FRANÇOIS-XAVIER DEMAISON

En plein retour vers l'enfance, l'humoriste et comédien François-Xavier Demaison nous a raconté - lors d'un repas bien arrosé (avec modération) - ses pires et meilleurs souvenirs de réveillons !

Une expérience si bouleversa­nte qu'il est venu déjeuner habillé en Père Noël... Ambiance.

A quelques semaines des fêtes, le restaurant Maxan (3 rue QuentinBau­chart, Paris 8è), le nouveau paradis gourmand du village Chaillot, bat son plein quand l’humoriste François-Xavier Demaison (All inclusive, le 13 Février 2019 en salles) fait son entrée en costume de patriarche rouge et blanc. Au menu : une improbable interview sur ses « plus belles orgies de fin d’année », accompagné­e de croque mignons à la truffe, de tartare de saumon aux oeufs brouillés, de raie poêlée pommes de terre et de crème caramel géante (800 grammes) entre deux verres de Château Peybonhomm­e-les-Tours (50% Sauvignon, 50% Sémillon) en appellatio­n Blaye Côtes de Bordeaux (lire page 80) et de Château Le Puy Emilien 2016 (85% Merlot, 14% Cabernet Franc, 1% Carménère) en Francs-Côtes de Bordeaux... Un vrai vaudeville gastronomi­que, entre effluves lointaines de boudoirs au champagne beurré et mémoires de galantines en gelée,

digne de Labiche, où le comédien plaide pour des fêtes avec plus de grands fromages et moins de PS4. Et dont nous reproduiso­ns, ici, les meilleurs dialogues. Citations du restaurate­ur comprises... Un très bon appétit.

François-Xavier Demaison, la période des fêtes, c'est un peu celle des débordemen­ts en tout genre, côté gastronomi­e. Qu'est-ce que ça vous insp...

François-Xavier Demaison — Attendez, juste avant, qu’est-ce qu’on mange ?

Ah, ça, c'est l'affaire de Monsieur Serge !

Serge Conquet (sémillant chef de salle du Maxan) : Je peux vous proposer un tartare de saumon d’Écosse, servi avec une brouillée d’oeufs durs en entrée. Le plat du jour, c’est une très grosse raie, juste poêlée, qui vient avec des pommes de terre rattes écrasées à la fourchette et un beurre aux câpres. Et en dessert, nous avons notamment une superbe crème caramel préparée avec du lait entier et des oeufs, entiers eux aussi.

La crème caramel, il faut que vous voyiez ça, c'est un wagon. D'une finesse inouïe, en plus.

F.X.D. — Parfait, mais avant ça, je gouterais bien quelques entrées. Façon tapas, quoi. Le croque mignon, c’est un oeuf poché sur une brioche fourrée au beurre de truffe ? Ça a l’air dément... le tourteau semble merveilleu­x, lui aussi. Allez, on prend le tout, avec des girolles ! J’ai faim, le Père Noël a comme un petit creux (rires)...

Parfait. On commence l'interview ? L'idée, c'est donc d'évoquer vos plus belles orgies de Noël...

F.X.D. — Arf, tout un programme ! J’ai détesté Noël à certaines périodes de ma vie mais aujourd’hui, j’adore. Se retrouver en famille, c’est une vraie douceur.

Quel est votre meilleur souvenir de réveillon ?

F.X.D. — Sans doute le dernier durant lequel je croyais encore au fameux Père Noël. Je me disais, « il va arriver », ça faisait un peu flipper. Ce personnage mirifique, c’est quelque chose quand même. C’est un extra-terrestre ! Je me souviens qu’à la télé, il y avait Denise Fabre et Yves Mourousi animant la soirée, puis un grand classique du cinéma. Les enfants mangeaient avant les grands et allaient se coucher assez tôt. J’attendais un peu dans le lit que ça se passe et à un moment, on venait me chercher pour les cadeaux.

Et ces fameuses soirées de Noël, ça se passait où ?

F.X.D. — À Issy-les-Moulineaux (Hauts de Seine), dans les années 80, chez mes grands-parents. Bon, ça n’était pas toujours parfait, hein. Comme chez tout le monde. Je me souviens de ma grand-mère qui, un jour, s’énerve et balance le plat de Noël dans l’évier. Et là, c’est la comédie italienne. Elle pleure, nous dit « j’ai gâché la fête ». Ça fait partie des réveillons un peu foirés mais même celui-ci, j’adorerais le revivre, ne serait-ce que pour revoir ma mamie...

Et on y mangeait quoi, chez vos grands-parents ?

F.X.D. —Beaucoup de choses, pas toujours très digestes. Huîtres, foie-gras et tout le toutim. Il y avait la galantine en gelée, aussi. Le palais d’un enfant n’est pas vraiment fait pour ça. Puis progressiv­ement, on est admis à table, on découvre des saveurs, on trempe son doigt dans le champagne. Mais à l’époque, je détestais en boire. Je me suis mis très tard à l’alcool. Heureuseme­nt, je me suis rattrapé depuis... Vous avez construit une sorte d'anti-palais, pendant ces repas de fêtes ?

F.X.D. — Oui, j’ai développé des goûts qui me suivront toute ma vie. Par exemple, je n’aime pas le saumon, y compris fumé, je trouve que c’est trop salé. Les huîtres, c’est trop iodé, je ne peux pas non plus. J’ai beaucoup de mal par ailleurs avec le mauvais champagne, celui qui est trop beurré par exemple.

Il y avait des toasts aussi, sur des petits pains ronds et briochés ? F.X.D. — Oui, en cuisine, on aurait dit une épreuve de Fort Boyard, c’était à celui qui parviendra­it à les tartiner le plus vite possible. Puis dès que l’un des toasts glissait en dessous et grillait, il y avait toujours quelqu’un tranquille­ment installé à table, qui sortait « il n’y a pas une odeur de brûlé ? ». Puisqu'on parle toasts, quid du foie gras ?

F.X.D. — Ah, ça, oui par contre... Celui qui fond légèrement, à qui je dois mes premières sensations gustatives. J’adorais le mariage toast brioché, foie-gras, Comtesse du Barry et petit morceau de truffe à l’intérieur, qui est d’ailleurs au foie-gras ce que la gelée au champagne est à la poularde. C’est dément avec un vin légèrement liquoreux, du type Sauternes ou Monbazilla­c.

Et la dinde ?

F.X.D. — Eh bien, je constate qu’on y revient. Pas toujours évident pourtant, la dinde... J’ai fait des Thanksgivi­ng, à New York (où il était fiscaliste dans un cabinet d’avocats de Manhattan, ndlr), on pouvait s’étouffer avec le blanc ! Je me souviens qu’une fois, elle tellement grosse qu’on a déjeuné, puis dîné avec. Ça n’en finissait pas, il a fallu qu’on s’occupe, qu’on fasse des jeux de cartes. Au bout d’un moment, on est carrément allés se promener.

Heureuseme­nt qu'il y avait le couteau électrique, pour la découpe !

F.X.D. — Ah, le bruit du couteau électrique, c’est quelque chose qui a

disparu à jamais, j’espère. Ce truc que vous plantiez et bzzzzz (bruitage sauce Demaison). L’attelage de cet horrible outil avec le rosbeef et la sauce Grand Veneur, c’était vraiment dégueulass­e.

Nous n'avons pas évoqué les boudoirs...

F.X.D. — Les boudoirs qu’on trempe dans le champagne ? C’est horrible, ça aussi !

Même les biscuits roses de Reims ?

F.X.D. — Non, ça j’adorais, mais ça faisait toujours plein de miettes sur mon pantalon en flanelle.

Au final, on jouait plutôt la carte des grands classiques, chez vos grands-parents ?

F.X.D. — Oui, sans verser dans le faste. Vous savez, mon grand-père était un ancien militaire, qui avait ensuite travaillé au Fonds Français pour la Nature et l’Environnem­ent, et ma grand-mère était femme au foyer. On n’était pas non plus dans des pouvoirs d’achat de dingues...

SC— : (il déboule avec le plat principal) Messieurs, voici donc la raie ! F.X.D. — Elle est magnifique. Et servie sans citron, c’est parfait. Je ne comprends pas les gens qui mettent du citron sur le poisson. Ça me fait penser à certaines cantines qui sauvent des plats horribles avec de la sauce piquante... Ça arrache, donc ça passe. C’est de la malbouffe, en fait. Je me faisais la réflexion l’autre jour en cuisinant un croque-monsieur industriel à la maison : pour que ce soit mangeable, j’ai été obligé de ra-

“Bien bouffer, c’est politique. C’est de gauche (...).

Pardon, je m’égare. ”

“Je milite pour que l’argent

passe dans les repas plutôt que les cadeaux... ”

jouter trois tranches de Comté et un paquet de fines herbes. Il faudrait que ça change. Bien bouffer, c’est politique. C’est de gauche, c’est une valeur sociale... Pardon, je m’égare.

Oui, revenons à nos moutons ! Comment vos réveillons ont-ils évolué plus tard, avez-vous commencé à les sécher ?

F.X.D. — Ah non, jamais. Le 24 au soir, c’est toujours dans ma belle-famille, à Perpignan (Pyrénées-Orientales), et le 25 au soir, chez mes parents, à côté de Pont-l’Evêque (Calvados).

Quel est le plus beau cadeau de Noël qu'on vous ait jamais fait ? F.X.D. — Il y en a un qui a carrément changé ma vie, c’est un walkman offert par ma tante, avec une cassette de Tina Turner sur la face A et Polnareff sur la B. Là, j’ai vraiment eu l’impression de devenir adulte. J’écoutais ça en boucle. Mais je pense qu’offrir des cadeaux, bientôt, ça sera dépassé...

Comment ça ?

F.X.D. — Je milite pour que l’argent des fêtes passe dans les repas plutôt que les cadeaux. Les cadeaux, finalement on les oublie vite, ça passe souvent à côté. Alors que les produits, les truffes, les fromages, les légumes, la viande, les pâtisserie­s...

Que des bons produits qu’on irait chercher chez des M.O.F. (Meilleurs Ouvriers de France, ndlr). Faites-vous des fêtes de M.O.F. ! Je ne veux bouffer que du M.O.F. ! Je veux voir du drapeau tricolore sur tous les produits ! Donnez-moi du M.O.F. ! C’est joli comme cri, non ?

Pas mal ! On dit également que vous allez lancer votre propre vin...

F.X.D. — Oui, la cuvé est d’ailleurs en chai depuis septembre dernier, livraison prévue en 2019 ! Ce sera un vin d’exception, quelque chose de très soigné, produit dans le Roussillon (Pyrénées-Orientales). Je travaille pour ça avec Dominique Laporte, Meilleur Ouvrier de France et meilleur sommelier de France.

Où sera-t-il vendu ?

F.X.D. — Notamment dans un resto que je compte ouvrir à Perpignan. En fait, je vais un peu me le vendre à moi-même (rires). Je suis tombé fou amoureux de cette ville, ma femme Anaïs - qui parle un peu comme Francis Cabrel - en est originaire. Il y a des producteur­s de vin géniaux dans le coin en plus, comme le Domaine Lafage ou le Mas Amiel*. Dîtes donc (s’adressant à Serge), votre crème caramel est absolument démente ! *Recommandé­s par Grand Seigneur : la cuvée centenaire de Jean-Marc Lafage (80% Grenache blanc et gris, 20% Roussanne) et le Vertigo du Mas Amiel (Grenache blanc, Maccabeu, Roussanne, Marsanne) en appellatio­n Côtes du Roussillon blanc.

 ??  ?? François-Xavier Demaison en Père Noël au restaurant Maxan (Paris 8ème). L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
François-Xavier Demaison en Père Noël au restaurant Maxan (Paris 8ème). L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
 ??  ?? A l'affiche de l'Olympia les 18 et 19 Avril 2019, le comédien pourrait en profiter pour lancer son propre vin ....
A l'affiche de l'Olympia les 18 et 19 Avril 2019, le comédien pourrait en profiter pour lancer son propre vin ....
 ??  ?? Merci à Angélique Lancelle (Stylisme),Fanny Jakubowicz (Make-up) et Jules Nguyen.
Merci à Angélique Lancelle (Stylisme),Fanny Jakubowicz (Make-up) et Jules Nguyen.

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