Grand Seigneur

Un jour, j'irai a bordeaux avec toi ! /

- LUDOVIC BARTHE (Château Grand Bireau)

Lorsque Lucile et Fanny Arnaud, créatrices d'événements gourmands et remuants avec le Bordeaux Food Club, rencontren­t Ludovic Barthe, vigneron bringueur officiant à Daignac (au sud de Saint-Emilion), l'ambiance se fait forcément joyeuse.

Ludovic Barthe, c'est vrai qu'on peut boire son propre vin chez vous ?

L.B.—Bien sûr ! C’est une idée qu’on a eu après la tempête de grêle de l’été 2013 qui avait détruit 98% de la récolte. Pour remettre le domaine sur pied, nous avons alors proposé à nos clients de « louer » quelques vignes et d’être rétribué en bouteilles de leur propre vin. Cela fonctionne un peu comme une Box mais en nettement plus buvable (rires) ! Pour moins de 200 euros par an, nous leur proposons « d’adopter » 20 pieds de vigne. Mais aussi de les voir de près, de faire leurs premiers pas de vignerons, d’apprendre la taille, l’assemblage, bref de participer à la vie d’un vignoble, etc. Et ensuite de recevoir 24 bouteilles par an d’un vin dont ils sont directemen­t les co-auteurs. Pas mal, non ?

Bordeaux Food Club — C’est une idée géniale ! En 2017, nous même, avions organisé un repas de soutien aux vignerons dont les vignes avaient gelé. Ca s’appelait le banquet des « Givrés » avec Vivien Durand au barbecue, le chef étoilé du restaurant Le Prince Noir (Lormont). Pour nous, c’est vraiment ça le nouvel esprit des vins de Bordeaux : de la transmissi­on, de l’échange, une idée de la bringue... C’est pour ça qu’avec le Bordeaux Food Club, on multiplie les dégustatio­ns hors des sentiers battus, les collaborat­ions entre chefs, artistes et vignerons. Ca se passe, par exemple, au Volcan à Bordeaux (un ancien hangar transformé en lieu culturel) ou au Renauld de SaintJean de Luz (un ancien garage idem) avec Inaki Aziparte (Le Chateaubri­and, Paris 10ème), Julien Duboué (A Noste, Paris 2ème), Félix Clerc (Symbiose, Bordeaux), etc...

Les vins de Bordeaux, ça peut-être aussi des vins de « bringue » ?

L.B.— Complèteme­nt ! Au Château Bireau, j’ai même une cuvée en rouge baptisée Jean Le Grognard (80% Merlot, 20% Cabernet Sauvignon) en appellatio­n Bordeaux que j’adore boire en dehors des repas avec des amis, sur des fromages ou à l’apéro. Elle a un côté suave, très chaud, qui s’y prête bien. Quand j’étais étudiant en BTS OEnologie, je prenais souvent des vins dans la cave de mon père pour faire la fête. C’est vraiment là que j’ai compris la magie de certains de nos vins comme, par exemple, le Valrose Blanc (80% Sauvignon, 20% Sémillon), un Entredeux-Mers très frais, assez « tranquille » et qui plait beaucoup aux filles.

B.F.C.— Ah oui ! C’est carrément « L’amour à la plage » (Niagara, 1986) ce vin ! Ca donne envie d’aller aux Cabanes en fêtes, le festival des vins de l’Entre-deux-Mers qui se tient chaque année avant Noël à Andernos-les-Bains. On y fait que bien boire (avec modération) et bien manger... Qu'est ce qui a changé ces dernières années sur les vins de Bordeaux ?

L.B.— Toute une nouvelle génération de vignerons se la donnent dans la région et font du très bon travail. Il est grand temps d’arrêter avec les clichés sur les grands crus avec le foulard dans le vent...

 ??  ?? Ludovic Barthe et Lucile Arnaud (BFC) dans le vignoble de Dayrac,sur les côteaux de Dordogne.
Ludovic Barthe et Lucile Arnaud (BFC) dans le vignoble de Dayrac,sur les côteaux de Dordogne.

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