Cy­clable : un ré­seau de bou­tiques ac­teur de la mo­bi­li­té du­rable

En­tre­tien avec BORIS WAHL Fon­da­teur et di­ri­geant de Cy­clable

Green Innovation - - Sommaire - En­tre­tiens réa­li­sés par Tris­tan Hu­rel

Green In­no­va­tion. Le ré­seau de bou­tiques Cy­clable existe de­puis douze ans. Quelles ont été les mo­ti­va­tions de sa mise en place ? Boris Wahl. La mo­ti­va­tion, c’était et c’est tou­jours l’en­vie d’abor­der le vé­lo sous un angle po­si­tif : parce qu’un beau vé­lo bien équi­pé donne en­vie d’en faire tous les jours. Il y a une di­zaine d’an­nées, tous les ma­ga­sins de vé­los se tour­naient vers la pra­tique spor­tive. Du coup, les gens ne s’y re­trou­vaient pas. On leur par­lait de per­for­mance alors qu’ils vou­laient un vé­lo confor­table et pra­tique, qui ne dé­raille pas et avec un siège bé­bé ou des sa­coches. Ils ache­taient donc des vé­los de mau­vaise qua­li­té, ce qui n’en­cou­ra­geait pas à pé­ren­ni­ser la dé­marche. Et puis il y a aus­si le constat d’échec des dé­pla­ce­ments « tout voi­ture » : dé­pla­cer 1500 kg de mé­tal pour trans­por­ter une per­sonne de 60 kg ap­pa­raît to­ta­le­ment in­adap­té,

voire ab­surde. En 2002, j’ai créé une as­so­cia­tion de pro­mo­tion du vé­lo comme mode de dé­pla­ce­ment avec un ser­vice de lo­ca­tion de vé­lo longue du­rée. Les clients, at­ta­chés à leur vé­lo de­ve­nu leur « meilleur ami » vou­laient en acheter un en fin de lo­ca­tion. En oc­tobre 2005, j’ai ou­vert le pre­mier ma­ga­sin Cy­clable à Tou­louse. Pé­ren­ni­ser le pos­tu­lat « le vé­lo, l’es­sayer c’est l’adop­ter » grâce à la vente de vé­los fiables, bien équi­pés et es­thé­tiques. Le vé­lo comme art de vivre. Ain­si a dé­bu­té l’aven­ture du ré­seau Cy­clable. Nous avons main­te­nant 30 ma­ga­sins ain­si qu’une offre com­plète pour les en­tre­prises et les col­lec­ti­vi­tés. Notre ré­seau est en plein dé­ve­lop­pe­ment et ce­la de­vrait en­core s’ac­cé­lé­rer.

Green In­no­va­tion. Quelles évo­lu­tions de la mo­bi­li­té avez­vous pu consta­ter au cours de ces douze an­nées ?

Boris Wahl. Les pré­oc­cu­pa­tions au­tour de la pol­lu­tion de l’air, du chan­ge­ment cli­ma­tique, de la san­té pu­blique sont main­te­nant in­té­grées par tous, ci­toyens, en­tre­prises, pou­voirs pu­blics. Les villes « mar­chables », cy­clables, et, de fac­to, res­pi­rables, semblent ain­si dé­sor­mais ani­mer les as­pi­ra­tions. Tout l’éco­sys­tème vé­lo se mo­bi­lise : les col­lec­ti­vi­tés in­ves­tissent dans les amé­na­ge­ments, les équi­pe­ments. Les politiques cy­clables de­viennent ef­fi­caces et ne sont plus sim­ple­ment des ali­bis. Les as­so­cia­tions ou les « col­lec­tifs » fleu­rissent et sont très en­ga­gés. Dans leur dé­marche RSE, les en­tre­prises consi­dèrent de plus en plus le vé­lo. Les fa­bri­cants in­novent. C’est in­croyable le nombre de start-up qui se lancent dans le sec­teur ! Le dé­ve­lop­pe­ment du vé­lo élec­trique ac­com­pagne aus­si cette dy­na­mique car c’est un vé­hi­cule for­mi­dable, qui amène au vé­lo des per­sonnes qui y étaient jus­qu’ici hos­tiles. Les fa­bri­cants ont beau­coup in­ves­ti ces der­nières an­nées, no­tam­ment pour dé­ve­lop­per des mo­teurs fiables et des bat­te­ries per­for­mantes. La clien­tèle est de plus en plus ini­tiée et re­cherche un équi­pe­ment de qua­li­té. Ils sont prêts à mettre le prix, c’est-à-dire au moins 1500 eu­ros. Sur le seg­ment du VAE les ventes ont for­te­ment pro­gres­sé et at­teignent en­vi­ron la moi­tié des ventes de vé­los en va­leur en 2016. Toute la « chaîne » du vé­lo est en mou­ve­ment. Même les mé­dias et les pu­bli­ci­taires com­mencent à s’y in­té­res­ser. C’est bon signe ! Mais il y a en­core beau­coup d’inégalités entre les villes, entre cer­tains dis­cours et la réa­li­té. Bref, en­core beau­coup de maillons à ac­ti­ver !

Green In­no­va­tion. Comment contri­buez-vous à ces chan­ge­ments ?

Boris Wahl. Les in­di­vi­dus sont à la fois ci­toyens et consom­ma­teurs. Le ci­toyen est sen­sible (ou non) aux pré­oc­cu­pa­tions en­vi­ron­ne­men­tales, mais le consom­ma­teur, lui, a sur­tout en­vie de se faire plai­sir, et il a un bud­get pour ce­la. Notre rôle est de don­ner en­vie au consom­ma­teur d’in­ves­tir son ar­gent dans un su­per-vé­lo. Ain­si équi­pé, il se­ra ten­té de l’uti­li­ser fré­quem­ment. Sans ce­la, il se­ra ten­té de dé­pen­ser son ar­gent pour des pro­duits et ser­vices moins ver­tueux. À l’écoute des be­soins des uti­li­sa­teurs, nous tra­vaillons main dans la main avec des four­nis­seurs fiables, qui fa­briquent en Eu­rope. Nous sommes sou­vent pré­cur­seurs dans l’in­tro­duc­tion de nou­veaux mo­dèles ou de nou­velles marques. Les équipes en ma­ga­sin sont de vé­ri­tables « conseillers mo­bi­li­té » au­près de la clien­tèle et s’ap­puient sur une offre com­plète. Les clients qui entrent dans

nos ma­ga­sins ne re­cherchent pas uni­que­ment un vé­lo mais une so­lu­tion pour leurs dé­pla­ce­ments. Nous leur fai­sons tes­ter tous nos vé­los avant achat. Nous sommes aus­si, de par notre his­toire, ex­perts des vé­los uti­li­taires : re­morques, vé­los al­lon­gés, bi­por­teurs, tri­por­teurs. Nous avons d’ailleurs ou­vert cette an­née à Bor­deaux le pre­mier ma­ga­sin en France dé­dié uni­que­ment au vé­lo car­go. Un autre show room de­vrait pro­chai­ne­ment voir le jour près de notre siège à Lyon. Avec son offre des­ti­née aux en­tre­prises et aux col­lec­ti­vi­tés, Cy­clable En­tre­prises pro­pose non seule­ment une offre de vé­lo « pour les pros » mais aus­si des pres­ta­tions de conseils, des jour­nées d’ani­ma­tion et de sen­si­bi­li­sa­tion au­tour de la mo­bi­li­té douce. En­fin, nous dé­ve­lop­pons les ser­vices avec no­tam­ment le lan­ce­ment en 2017 d’un contrat d’en­tre­tien de deux ans of­fert pour tout achat d’un vé­lo.

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