LE GRAND CON­DÉ, PRINCE DES ARMES ET PRINCE DES ARTS

Comme son royal cou­sin, Louis de Bour­bon a mar­qué son époque. Au-de­là du choc de ces deux ego, c’est bien le faste du Grand Siècle qui nous est con­té.

Historia - - Ex Os -

Le Grand Con­dé (1621-1686) fut-il bien le ri­val de Louis XIV ? L’ac­croche est ha­bile pour ré­ins­crire dans notre temps le pre­mier prince du sang, le vain­queur de Ro­croi, le re­belle de la Fronde et le grand sei­gneur par­don­né de Chan­tilly, re­lé­gué aux tré­fonds de la mé­moire na­tio­nale. La réa­li­té his­to­rique se ré­vèle bien plus com­plexe, car ce n’est pas en termes de ri­va­li­té que se sont dé­fi­nies leurs re­la­tions. Le père du Grand Con­dé avait peut-être éle­vé son fils en roi, mais ce­lui-ci n’eut ja­mais l’am­bi­tion de le de­ve­nir, af­fir­mant jusque dans la ré­volte sa loyau­té en­vers son sou­ve­rain, mais aus­si, contre le ré­gime haï des mi­nistres car­di­naux, la pré­émi­nence de la no­blesse à gou­ver­ner à ses cô­tés.

« Pour la plus grande gloire »… mais de qui ?

Quoi qu’il en soit, cette ex­po­si­tion est une pre­mière et elle su­perbe. La fi­gure de Con­dé, si éton­nante de lai­deur avec ses traits éma­ciés, ses yeux glo­bu­leux et son nez en bec de ra­pace, est dé­mul­ti­pliée et ma­gni­fiée par les très beaux por­traits de Juste d’eg­mont et de Pierre Mi­gnard ou la suite de bustes de Coy­se­vox. Dès la vic­toire de Ro­croi, en 1643, il est le nou­vel Alexandre, Her­cule et Han­ni­bal à la fois. Spec­ta­cu­laires ta­bleaux de ba­tailles de Van der Meu­len, ra­ris­sime éten­dard dit « de Ro­croi », soie­rie peinte de 6 x 4 m de la ma­nu­fac­ture des Go­be­lins re­pré­sen­tant le pas­sage du Rhin le 12 juin 1672, tout concourt, de la pré­sen­ta­tion de son clan à celle de sa car­rière mi­li­taire, à po­ser le Grand Con­dé en sau­veur du royaume de part et d’autre de la Fronde. Une vi­sion qu’il faut com­plé­ter par la vi­site de la ga­le­rie des Ba­tailles, qu’il amé­na­gea à la fin de sa vie. De l’homme, on en sau­ra peu. En re­vanche, on dé­couvre le « re­trai­té » de Chan­tilly, qui ne vint à la cour qu’au­tant qu’il y était obli­gé et qui re­çut le roi chez lui lors de la fa­meuse fête où Va­tel se sui­ci­da (1671) – un do­cu­ment in­édit de Car­lo Vi­ga­ra­ni confirme le ré­cit de Mme de Sé­vi­gné. Ama­teur d’art, de sciences, fou de jar­dins comme son cou­sin, au­quel il

em­prun­ta Le Nôtre pour réa­li­ser le plus beau parc de France et le plus long ca­nal – ri­va­li­té ? –, pas­sion­né de théâtre – il sou­tient Mo­lière lorsque Tar­tuffe est in­ter­dit, mais Louis XIV conti­nue, lui aus­si, de voir la pièce en pri­vé –, fit-il pour au­tant de sa cour un an­ti-ver­sailles ? La Fon­taine, La Bruyère, Fé­ne­lon, Mo­lière ne sont pas vrai­ment des agi­ta­teurs – et que dire de Bos­suet, pi­lier de la mo­nar­chie de droit di­vin, qui fut un fa­mi­lier de Chan­tilly ? Un ton plus li­ber­tin, une éti­quette moins pe­sante, certes, mais une « conver­sion » finale sur son lit de mort comme il était de règle à l’époque, et la com­mande – quand le Roi-so­leil n’avait rien de­man­dé pour les siennes – de fu­né­railles gran­dioses avec Bos­suet en chaire ! L’évo­ca­tion est brillante, qui se ter­mine sur le cé­lèbre ta­bleau peint en 1878 par Jean Léon Gé­rôme : Ré­cep­tion du Grand Con­dé par Louis XIV à Ver­sailles en 1674. À lire no­tam­ment à ce su­jet le der­nier et pas­sion­nant cha­pitre ré­di­gé par Ni­cole Gar­nier, dans le ca­ta­logue de l’ex­po­si­tion, sur l’image post­hume du Grand Con­dé. JOËLLE CHE­VÉ

UN PALATIN DANS LE PALATINAT. « La marche de la ca­va­le­rie de Con­dé », pièce de la Ten­ture du pas­sage du Rhin, XVIIE s.

HOMME DE FER. Buste de Louis II de Bour­bon cui­ras­sé, par An­toine Coy­se­vox (1640-1720), bronze, mu­sée du Louvre.

BONNE ÉTOILE. L’homme et la Paix, par Jean Pi­cart Le Doux (v. 1960).

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