LES MILLE ET UNE VIES D’UN ÉCRI­VAIN BA­ROU­DEUR

Oli­vier We­ber se lance sur les traces de Jack Lon­don, ex­plo­ra­teur-né, pas­sé par tous les mé­tiers, dans une bio­gra­phie conçue comme une ode au voyage.

Historia - - Livres -

Écri­vain très ap­pré­cié des lec­teurs de la « Bi­blio­thèque verte », Jack Lon­don y fi­gure pour 14 titres de 1923 à 1958. Mais, pour lui comme pour d’autres (Jo­seph Kes­sel, Pierre Lo­ti, Ro­bert Louis Ste­ven­son, Ru­dyard Kipling…), le qua­li­fi­ca­tif d’« au­teur pour la jeu­nesse » de­vint une ma­lé­dic­tion lit­té­raire. Comme l’écri­vait Pierre Mac Or­lan dans son Pe­tit ma­nuel du par­fait aven­tu­rier : « En France comme en An­gle­terre, le ro­man d’aven­tures si­gni­fie bien im­pro­pre­ment : « ou­vrage di­dac­tique spé­cia­le­ment écrit pour les en­fants » » et « Il suf­fit à un écri­vain d’être lu par les en­fants et les col­lé­giens pour en­trer dans la bande, à peu près ano­nyme, des nour­rices sèches uni­ver­si­taires. » Fort heu­reu­se­ment, ce confi­ne­ment en terre ju­vé­nile d’une lit­té­ra­ture n’ayant nulle vo­ca­tion à y de­meu­rer a peu à peu dis­pa­ru. Et la (re) dé­cou­verte de l’uni­vers de Jack Lon­don, qui est ce­lui de tous les loin­tains, est un en­chan­te­ment. Fran­cis La­cas­sin en­tre­prit la ré­édi­tion de son oeuvre, de 1973 à 1986, dans la col­lec­tion « 10/18 ». En­tre­prise re­nou­ve­lée, à par­tir de 1999, par les édi­tions Phé­bus, avec de nou­velles tra­duc­tions sans cou­pures ni pas­sages édul­co­rés. En cet au­tomne 2016, pour le cen­tième an­ni­ver­saire de sa mort, Jack Lon­don fait son en­trée dans la pres­ti­gieuse col­lec­tion de « La Pléiade » (lire ci-contre) . Cet an­ni­ver­saire est aus­si l’oc­ca­sion pour Oli­vier We­ber d’une bio­gra­phie exem­plaire. Avec précision, il re­monte au plus près de la vie de Lon­don : l’en­fance et l’ado­les­cence sau­vages dans la baie de San Fran­cis­co, l’ex­pé­rience du grand large et la chasse aux phoques, l’or in­trou­vable du Klon­dyke, l’aven­ture va­ga­bonde au long des che­mins de fer amé­ri­cains, le dé­but du suc­cès, l’ai­sance sans cesse me­na­cée, la chro­nique des

pauvres de Londres, le re­por­tage de guerre en Co­rée, le Pa­ci­fique par­cou­ru sur son yacht per­son­nel… Le tout sur fond d’ad­dic­tion à l’al­cool – il en fe­ra un livre, John Bar­ley­corn – et, à ses cô­tés, de belles fi­gures fé­mi­nines. Par­cou­rant cette vie, Oli­vier We­ber en montre les contra­dic­tions. Comment être lec­teur à la fois de Her­bert Spen­cer et de Karl Marx ? So­cia­liste et adepte du struggle for life ? Fer­mier et ma­rin ? Avide de justice et en­clin aux pré­ju­gés ra­ciaux ? Cette exis­tence est celle d’une force vi­tale hors du com­mun, mar­quée par le cou­rage phy­sique et la re­li­gion du tra­vail (52 vo­lumes en seize ans !) et ser­vir par une cu­rio­si­té in­sa­tiable et une bou­li­mie de sa­voir. Lon­don re­ven­dique les grands clas­siques – Sha­kes­peare, Goethe, Bal­zac – et ad­mire ses contem­po­rains – Mark Twain, Her­man Mel­ville, Kipling et Ste­ven­son. Par ses écrits et ses en­ga­ge­ments, Oli­vier We­ber au­rait pu abor­der Jack Lon­don par une forme de conni­vence. Il s’en garde bien et n’érige ni cé­no­taphe ni dis­cours de ré­cep­tion dans une quel­conque com­mu­nau­té d’écri­vains. Sa connais­sance de l’oeuvre et son re­gard sur le monde lui donnent le bon angle pour dé­crire ce­lui qui fut un « aven­tu­rier des mers et un aven­tu­rier du de­dans ». Avec l’aide d’une ico­no­gra­phie ex­cep­tion­nelle, il a écrit une su­perbe bio­gra­phie qui donne en­vie de relire l’oeuvre de Jack Lon­don. u

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