« La vraie vie de Jack Lon­don, ce sont ses livres »

Historia - - Livres -

HIS­TO­RIA Pour­quoi édi­ter Jack Lon­don dans « La Pléiade » ?

PHI­LIPPE JAWORSKI Réa­li­ser cette édi­tion cri­tique, c’était l’oc­ca­sion de le faire pas­ser du sta­tut d’au­teur po­pu­laire, dans un sens presque pé­jo­ra­tif, à ce­lui d’écri­vain. Lon­don est per­çu par ses nom­breux lec­teurs – car il est très lu, ai­mé et tra­duit – comme une icône du pa­tri­moine uni­ver­sel, plus cultu­rel que lit­té­raire. L’ac­cent est mis sur l’aven­ture et on a ten­dance à ou­blier la fic­tion et la lit­té­ra­ture. « La Pléiade » est une col­lec­tion idéale pour mon­trer la lit­té­ra­ture d’un écri­vain.

C’est le grand mythe sur Lon­don. Je cite, dans la pré­face de cette édi­tion, deux émi­nents cri­tiques amé­ri­cains qui es­timent que le plus beau ro­man de Jack Lon­don, c’est sa vie. Pour moi, la vraie vie d’un écri­vain, ce sont ses livres. Qu’il ait uti­li­sé cer­tains élé­ments de sa vie comme ma­tière pre­mière, c’est cer­tain. Mais il me semble que les plus belles aven­tures de Lon­don sont celles qui se passent dans ses his­toires.

La lit­té­ra­ture de Lon­don plonge ses ra­cines dans la Ca­li­for­nie de son époque. Un monde tur­bu­lent, com­plexe, cos­mo­po­lite, se­coué par de très vio­lents con­flits so­ciaux. Un Ouest très dif­fé­rent du Mis­sis­sip­pi de Mark Twain, par exemple, très ou­vert mais aus­si, en rai­son de l’af­flux de main-d’oeuvre asia­tique, tra­ver­sé par un ra­cisme vi­ru­lent.

Quelle est votre oeuvre pré­fé­rée ?

Toutes celles de cette édi­tion ! Elle montre Lon­don dans ce qu’il a de meilleur. On consi­dère Mar­tin Eden comme son plus beau ro­man. J’ai une af­fec­tion par­ti­cu­lière pour Le Loup des mers , grand ro­man de mer et d’aven­tures, ain­si que pour ses nou­velles, un genre lit­té­raire dans le­quel il ex­celle. Nous en avons sé­lec­tion­né 47 sur les 200 qu’il a écrites. En­vi­ron trois ans et de­mi. Un tra­vail pas­sion­nant et dif­fi­cile. Du fait de la si­tua­tion d’écri­vain un peu mar­gi­na­li­sé qui est celle de Lon­don aux États-unis, il a fal­lu faire un tra­vail de pion­nier. Les lec­teurs vont dé­cou­vrir que ses textes sont nour­ris de ré­fé­rences lit­té­raires. Il est in­té­res­sant de voir qu’il a non seule­ment rou­lé sa bosse, mais qu’il a aus­si beau­coup lu – et de tout !

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