CES FRAN­ÇAIS NATURALISÉS QUE VI­CHY REJETA

Historia - - Bio Et Essai -

Le 22 juillet 1940, un peu plus d’un mois seule­ment après son ac­ces­sion au pou­voir, le ma­ré­chal Pé­tain pro­mul gue une loi or­don­nant la ré­vi­sion des na­tu­ra­li­sa­tions in­ter­ve­nues en France de­puis 1927. Cette cam­pagne de « dé­na­tu­ra­li­sa­tion » ne se confond pas avec la dé­chéance de na­tio­na­li­té, qui existe dé­jà et va sur­tout frap­per les ad­ver­saires du ré­gime de Vi­chy – l’exemple le plus frap­pant étant ce­lui du gé­né­ral de Gaulle. Le texte vise po­ten­tiel­le­ment 900 000 per­sonnes. Il ne pré­cise pas les mo­tifs de la ré­vi­sion et en confie le soin à une com­mis­sion pla­cée sous la tu­telle du garde des Sceaux. L’his­to­rienne Claire Zalc se livre à une vé­ri­table en­quête po­li­cière pour re­cons­ti­tuer les tra­vaux de cet or­ga- nisme, dont les archives ont – comme par ha­sard – de­puis dis­pa­ru. Il en res­sort que la com­mis­sion de ré­vi­sion, lais­sée maî­tresse de ses cri­tères d’ap­pré­cia­tion, a d’abord et sur­tout vi­sé les Juifs (avant même la pro­mul­ga­tion du sta­tut d’oc­tobre 1940) et, en se­cond lieu, des im­mi­grés de toutes ori­gines, dé­cla­rés « sans in­té­rêt na­tio­nal » et consi­dé­rés comme agi­ta­teurs ou aso­ciaux. Entre 1940 et 1944, 15 000 per­sonnes en­vi­ron vont être pri­vées de la na­tio­na­li­té fran­çaise après l’exa­men de leur dos­sier. Beau­coup d’entre elles se­ront en­suite li­vrées aux Al­le­mands, pour dis­pa­raître fi­na­le­ment dans les camps d’ex­ter­mi­na­tion. Les tra­vaux de la com­mis­sion de ré­vi­sion ne ces­se­ront que… le 18 août 1944, trois mois après le dé­bar­que­ment de Nor­man­die, alors que le ré­gime de Vi­chy est à l’ago­nie. L’exa­men at­ten­tif des an­no­ta­tions et des grif­fon­nages qui fi­gurent dans un millier de dos­siers in­di­vi­duels trai­tés par la com­mis­sion per­met à l’au­teur de re­cons­ti­tuer la chaîne des res­pon­sa­bi­li­tés, des juges rap­por­teurs aux conseillers d’état et hauts ma­gis­trats, qui dé­cident en der­nier lieu. Il ap­pa­raît que l’on ne peut par­ler d’une bu­reau­cra­tie propre au ré­gime de Vi­chy : les mêmes hommes servent la IIIE Ré­pu­blique, le gou­ver­ne­ment du Ma­ré­chal et bien­tôt la IVE Ré­pu­blique. Le cas le plus « énorme », à la li­mite de la ca­ri­ca­ture, est ce­lui du pré­sident An­dré Mor­net, qui, après avoir sié­gé à la com­mis­sion de ré­vi­sion, rem­pli­ra les fonc­tions de pro­cu­reur gé­né­ral… au pro­cès de Phi­lippe Pé­tain ! Claire Zalc écrit une page ver­ti­gi­neuse de l’his­toire de l’état – ce monstre froid que ses agents servent vo­lon­tiers avec aveu­gle­ment, et par­fois jus­qu’au crime.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.