Por­trait d’un ga­mer

En­tre­tien avec THI­BAULT S.*

Historia - - Sommaire N° 846 - Guillaume Tutundjian

HIS­TO­RIA – Vous êtes pas­sion­né par Na­po­léon et l’égypte, or vous m’avez confié avoir eu l’his­toire en hor­reur pen­dant votre sco­la­ri­té…

THI­BAULT S. – Oh, oui ! Au col­lège, l’his­toire était ma bête noire. J’ai été trau­ma­ti­sé par la suc­ces­sion de rois de France, les in­nom­brables Louis. Je de­vais in­gur­gi­ter des faits et en­core des faits sans pou­voir créer le moindre lien. Je ne me rap­pelle plus le nom de mes pro­fes­seurs, mais l’ab­sence de pe­tites his­toires der­rière la grande, je l’ai re­te­nue. Tou­te­fois, je me sou­viens avec nos­tal­gie des cours de Mme Rol­fo, en sixième. Égypte, Grèce et Rome étaient illus­trées par ses pho­tos de voyage. Rien de tel pour don­ner vie à son pro­pos ! Pour un ga­min à l’ima­gi­na­tion fer­tile, la my­tho­lo­gie, les hé­ros, c’est du pain bé­ni. J’avais tan­né mon père pour qu’il achète L’iliade et L’odys­sée , mes deux pre­miers ou­vrages « his­to­riques ». Hé­las, le ly­cée m’a de nou­veau dé­goû­té. Des pro­fes­seurs ty­ran­niques et des dates jus­qu’à la nau­sée.

Com­ment prendre goût à l’his­toire après des ex­pé­riences aus­si « trau­ma­ti­santes » ?

Par le jeu vi­déo. En­fant, je jouais dé­jà, mais pe­tit à pe­tit, je me suis tour­né vers les jeux de stra­té­gie. À l’époque, ils étaient sou­vent as­so­ciés à un cadre his­to­rique. Dans Alerte rouge , il fal­lait tuer Hit­ler pour évi­ter la Se­conde Guerre mon­diale. J’ai cher­ché des jeux dans cet es­prit. J’ai pas­sé des heures sur Age of Em­pires 2 ou des jeux de ges­tion dans l’an­ti­qui­té.

Des jeux his­to­riques certes, mais l’his­toire est alors un pré­texte.

C’est vrai. Des jeux m’ont pous­sé au-de­là du simple plai­sir lu­dique. Close Com­bat re­tra­çait l’opé­ra­tion « Mar­ket Gar­den », me­née par les ar­mées bri­tan­niques en 1944. J’ai vou­lu en sa­voir plus sur cet évé­ne­ment dont je n’avais rien re­te­nu. Peut-être que des his­to­riens vont crier à l’hé­ré­sie, mais j’ai re­gar­dé Un pont trop loin , le film de Ri­chard At­ten­bo­rough (1977). Un jeu d’ac­tion – Me­dal of Ho­nor – m’a fait re­dé­cou­vrir le Dé­bar­que­ment. Il sor­tait en même temps qu’ Il faut sau­ver le sol­dat Ryan (1998). Le ha­sard fait bien les choses… Mais le vé­ri­table dé­clic est in­ter­ve­nu plus tard. En quête de nou­veaux jeux, je suis tom­bé sur Im­pe­ria­lism II . Le contexte du XIXE siècle ne m’a pas cap­ti­vé, mais j’ai ado­ré son as­pect géo­po­li­tique et, na­tu­rel­le­ment, je me suis tour­né vers Eu­ro­pa Uni­ver­sa­lis . J’en suis tom­bé amou­reux. L’his­toire était plus qu’un dé­cor, elle fai­sait par­tie in­té­grante du jeu.

Com­ment Eu­ro­pa Uni­ver­sa­lis a fait émer­ger cette pas­sion pour l’his­toire ?

Le jeu se fonde sur l’his­toire du XVIE au XVIIIE siècle. Comme les évé­ne­ments sont au­then­tiques, foui­ner dans les livres d’his­toire nous ap­prend ce qui va ar­ri­ver dans le jeu. Ce n’est pas une obli­ga­tion, mais sa­voir à quelle date telle na­tion de­vient in­dé­pen­dante ou qui suc­cède à Fré­dé­ric-guillaume Ier évite les mau­vaises sur­prises. On cherche aus­si à com­prendre les rai­sons d’une guerre afin d’être mieux pré­pa­ré que les autres. Ja­mais je n’aurais pen­sé me pas­sion­ner au­tant pour l’acte de La Haye ou le trai­té de Tes­chen !

Eu­ro­pa Uni­ver­sa­lis est-il un cas iso­lé ?

La plu­part des jeux vi­déo ne per­mettent pas une telle im­pli­ca­tion, mais ce n’est pas un cas iso­lé. Après Eu­ro­pa Uni­ver­sa­lis , j’ai dé­cou­vert Hearts of Iron . Toutes les ba­tailles, toutes les trac­ta­tions de la Se­conde Guerre mon­diale fi­gurent dans le jeu. Il est bon d’en connaître la chro­no­lo­gie. Avec mon frère, c’était à qui connaî­trait le mieux les tanks al­le­mands ou les avions amé­ri­cains. C’était utile dans nos par­ties : ne rien igno­rer des forces et fai­blesses de chaque ar­mée était un avan­tage.

En pré­lude à notre en­tre­tien, vous par­liez de la fran­chise As­sas­sin’s Creed…

Oui, c’est un style dif­fé­rent. J’avais voya­gé à Venise avant d’y jouer, mais, voir la ville en 3D, ça change la donne ! Le cô­té tou­ris­tique passe au se­cond plan et j’ai ado­ré les ar­chives dans le jeu, en sa­voir plus sur les mo­nu­ments, les per­son­nages his­to­riques de l’aven­ture. On ren­contre Léo­nard de Vin­ci ou Ma­chia­vel et on se rend compte que cer­tains élé­ments sont ro­man­cés. Ça de­vient le mé­ta-jeu : on se de­mande si tel évé­ne­ment est vrai et on fait ses re­cherches.

Vous par­liez de styles dif­fé­rents, As­sas­sin’s Creed est plus scé­na­ri­sé ?

C’est ce qui me plaît. Les créa­teurs s’ins­pirent de faits réels. On vit la grande His­toire du point de vue de per­sonnes qui lui sont étran­gères. Ezio, le hé­ros d’ As­sas­sin’s Creed 2 , n’a ja­mais exis­té, il n’y a pas tromperie. En re­vanche, Bar­to­lo­meo d’al­via­no ou Laurent de Mé­di­cis sont au­then­tiques. Mê­ler ain­si jeu vi­déo et His­toire est gri­sant. Dans Hearts of Iron , on in­flé­chit le cours des choses. Dans As­sas­sin’s Creed , on est té­moin d’évé­ne­ments qui nous dé­passent.

Au-de­là de l’as­pect lu­dique, que vous ap­portent ces jeux à forte conno­ta­tion his­to­rique ?

Jouer, c’est dé­jà pas mal ! Il m’est dif­fi­cile de prendre du plai­sir avec des jeux sans un so­lide back­ground his­to­rique. Mais c’est vrai, ça va plus loin. Grâce au jeu Na­po­léon : To­tal War , je me suis pris de pas­sion pour l’em­pire. J’ai consul­té des ou­vrages en­cy­clo­pé­diques, mais j’ai sur­tout dé­vo­ré les bio­gra­phies de l’em­pe­reur. Ce­la in­flue aus­si sur mes voyages. En Nor­man­die, je ne pou­vais man­quer la vi­site du Mé­mo­rial de Caen et des plages du Dé­bar­que­ment. Même chose pour l’égypte et la Grèce. En­fin, dro­gué du Net, je vi­sionne les for­mats courts de youtubeurs à la mode, No­ta Bene et His­toire Brève. u

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