Fi­gu­ri­nistes

Historia - - Sommaire N° 846 - Guillaume Tutundjian

Sa­me­di, 14 heures. Di­verses mai­sons des jeux, comme on trouve no­tam­ment à Nantes ou au Krem­lin-bi­cêtre, ouvrent leurs portes. Les tables se­ront bien­tôt oc­cu­pées par des cen­taines de fi­gu­rines mé­tal­liques peintes avec force dé­tails : pha­lan­gistes ma­cé­do­niens, ja­nis­saires de la Su­blime Porte, gro­gnards na­po­léo­niens, au­to­che­nilles al­le­mandes… Aux com­mandes de ces ar­mées prêtes à en dé­coudre, des hommes (pour la plu­part), entre deux âges (le plus sou­vent) et pas­sion­nés d’his­toire (tou­jours). Dans le « ci­vil », Ch­ris­tophe (52 ans) est aide-soi­gnant ; Fré­dé­ric (55 ans), res­pon­sable de sé­cu­ri­té in­for­ma­tique ; Sté­phane (34 ans), em­ployé de hot line ; et Ro­main (41 ans), as­su­reur, mais, ce sa­me­di, ils sont tous chefs d’ar­mée et mènent leurs troupes sur le champ de ba­taille. Seule une des deux grandes écoles du jeu de fi­gu­rines est ici re­pré­sen­tée, l’« his­to­rique », par op­po­si­tion à la « fan­tas­tique ». Nos ma­ré­chaux du jour sont par­fois plus éru­dits qu’un agré­gé. Ils connaissent sur le bout des doigts l’équi­pe­ment de chaque sol­dat, l’orien­ta­tion du moindre ca­non. D’autres se pré­oc­cupent da­van­tage des ques­tions de com­man­de­ment, des fac­teurs opé­ra­tion­nels ou de la ges­tion de la prise de risque. Tout est fonc­tion des règles re­te­nues par les joueurs.

L’éli­tisme est bou­té hors du jeu

Le temps d’un après-mi­di, nos pas­sion­nés se réunissent pour re­vivre des ba­tailles em­blé­ma­tiques ou d’autres plus confi­den­tielles, pour me­su­rer leur ni­veau de maî­trise et leur ca­pa­ci­té à gé­rer les aléas du conflit. Dans tous les cas, la pré­ci­sion de la si­mu­la­tion est im­pres­sion­nante. Ici, c’est la ba­taille de Ger­go­vie (52 av. J.-C.) qui est à l’hon­neur. Là se pré­pare un af­fron­te­ment entre Fran­çais et coa­li­sés à la ba­taille de Wa­ter­loo (1815). Un peu plus loin, c’est la re­cons­ti­tu­tion de Bir Ha­keim (1942) qui s’or­ga­nise. Les trois confi­gu­ra­tions sont très dif­fé­rentes : le jeu de fi­gu­rines n’est pas éli­tiste et cha­cun par­ti­cipe en fonc­tion de ses res­sources fi­nan­cières ou tech­niques. Le champ de ba­taille peut ain­si être im­pro­vi­sé avec les moyens du bord : n’im­porte quelle sur­face plane est un pla­teau de jeu po­ten­tiel. Comme l’ex­plique Sté­phane, cer­tains se livrent tou­te­fois à « de vé­ri­tables tra­vaux de mo­dé­lisme ». Des clubs comme ce­lui-ci, il en existe des cen­taines dans toute la France. Grâce à In­ter­net, les ama­teurs ne se li­mitent plus à ce seul cadre. Des cercles de joueurs se sont or­ga­ni­sés un peu par­tout et de plus larges conven­tions ou tour­nois se tiennent de ma­nière ré­gu­lière. L’oc­ca­sion pour tout un cha­cun de dé­cou­vrir cet in­croyable uni­vers… en dou­ceur. u

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