Les consom­ma­teurs ont pris conscience de l’ob­so­les­cence pro­gram­mée

Hors-Série 01 net - - RÉPARER - BEN­JA­MIN DOURIEZ RÉ­DAC­TEUR EN CHEF AD­JOINT DE 60 MIL­LIONS DE CONSOM­MA­TEURS

Cette pra­tique consiste à ré­duire dé­li­bé­ré­ment la du­rée de vie d’un pro­duit afin de le re­nou­ve­ler de fa­çon pré­ma­tu­rée. De­puis 2015, se­lon la loi fran­çaise, c’est un dé­lit.

01NET Ce concept est-il ap­pa­ru ré­cem­ment ?

B.D. Il da­te­rait de la pre­mière moi­tié du XXE siècle. Mais au­jourd’hui, les consom­ma­teurs et les pou­voirs pu­blics se rendent compte de ce re­nou­vel­le­ment ac­cé­lé­ré im­po­sé par un cer­tain nombre de fa­bri­cants. D’où cette ré­cente loi qui fixe à ces der­niers une ligne rouge à ne pas fran­chir. L’in­ter­dic­tion de cette po­li­tique ayant comme ob­jec­tif le res­pect de l’en­vi­ron­ne­ment tout au­tant que ce­lui de l’uti­li­sa­teur.

01NET Tous les types de pro­duits sont-ils tou­chés ?

B.D. Non. Le prin­cipe d’ob­so­les­cence pro­gram­mée ne concerne pas tous les ma­té­riels. La sus­pi­cion concerne sur­tout les biens élec­tro­niques, ain­si que l’élec­tro­mé­na­ger. Deux pro­cé­dures sont d’ailleurs en cours ac­tuel­le­ment, l’une contre Epson, qui blo­que­rait l’im­pres­sion alors que les car­touches d’encre ne sont pas com­plè­te­ment vides, l’autre contre Apple, ac­cu­sé de ra­len­tir vo­lon­tai­re­ment d’an­ciens mo­dèles d’ip­hone. La dif­fi­cul­té consiste à prou­ver que le cons­truc­teur a bien mis en place ces bri­dages de fa­çon in­ten­tion­nelle.

01NET Apple re­con­nait-il les faits ou a-t-il vou­lu pro­lon­ger la vie de ses an­ciens mo­biles ain­si ?

B.D. La firme ca­li­for­nienne nie ab­so­lu­ment ce qu’on lui re­proche. Ce se­ra à la jus­tice de prou­ver que ce ra­len­tis­se­ment a été fait pour pous­ser les pro­prié­taires de vieux mo­dèles à les chan­ger. Le par­quet a ou­vert une in­for­ma­tion ju­di­ciaire à ce su­jet.

01NET Quand on ne peut plus ou­vrir son mo­bile pour chan­ger la bat­te­rie, n’est-ce pas une fa­çon d’abré­ger sa du­rée d’uti­li­sa­tion ?

B.D. Bien sûr. La dif­fi­cul­té de ré­pa­rer les ap­pa­reils em­pêche de les faire du­rer. Et la ré­pa­ra­bi­li­té des pro­duits n’est pas la pre­mière pré­oc­cu­pa­tion des fa­bri­cants. Mais cette pra­tique an­ti-éco­lo­gique ne suf­fi­ra peut-être pas à prou­ver de­vant un tri­bu­nal une in­ten­tion dé­li­bé­rée de les rendre ca­ducs plus vite.

01NET Faut-il mettre à jour les mo­biles quitte à les frei­ner ?

B.D. C’est un vrai di­lemme. Les ac­tua­li­sa­tions ont aus­si pour but de col­ma­ter cer­taines failles de sé­cu­ri­té. Mais ce­la les alour­dit et les ra­len­tit. Il est dif­fi­cile de tran­cher entre le fait de pri­vi­lé­gier le confort ou la sé­cu­ri­té. Et le consom­ma­teur manque d’in­fos pour faire son choix. Les fa­bri­cants de­vraient être plus trans­pa­rents sur leurs pra­tiques et les consé­quences des mises à jour.

01NET Quel re­cours si mon ap­pa­reil ra­len­ti suite à une mise à jour ?

B.D. Il est bien sûr pos­sible de se tour­ner vers le fa­bri­cant. Dans le cas d’apple, l’uti­li­sa­teur peut pro­fi­ter des pro­messes de rem­pla­ce­ment des bat­te­ries.

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