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Le Qa­tar se paie-t-il vrai­ment la France ?

Informations Entreprise - - SOMMAIRE - Par Phi­lippe Dayan avec la col­la­bo­ra­tion de Ju­lie Co­hen.

Alors que nombre de nos grandes for­tunes, pontes des af­faires et rois du show-biz, font le choix de s’ex­pa­trier de France pour voir si, ailleurs, les pâ­tu­rages sont plus verts fis­ca­le­ment, un pays

du golfe per­sique aus­si mi­nus­cule que ri­chis­sime a fait ce­lui d’y in­ves­tir mas­si­ve­ment. Une contrée à peine plus éten­due que la Corse, coin­cée entre la « pé­tro­dol­lars » Ara­bie Saou­dite et

la dog­ma­tique Iran, de­meu­rée des lustres du­rant sous do­mi­na­tion perse, ot­to­mane et bri­tan­nique avant d’ac­cé­der à l’in­dé­pen­dance le 3 sep­tembre 1971. Le Qa­tar puisque c’est de ce pays dont il s’agit ! Un lil­li­pu­tien à l’ap­pé­tit d’ogre, dont les im­menses ré­serves ga­zières

lui per­mettent de tout s’of­frir sur la pla­nète. Des pans en­tiers de l’in­dus­trie eu­ro­péenne comme des pa­laces, des marques de luxe ou des clubs spor­tifs.

Une bou­li­mie fré­né­tique ame­nant nombre d’ob­ser­va­teurs et de mé­dias à se de­man­der si le Qa­tar n’au­rait pas lan­cé une vé­ri­table OPA sur notre Hexa­gone. Pour­tant, avec la ré­cente ab­di­ca­tion de l’émir Hamad bin Kha­li­fa al-Tha­ni au pro­fit de son fils Ta­mim ré­pu­té plus in­té­res­sé à de­ve­nir le maître des pays

du Golfe que ce­lui du monde, rien ne dit qu’il per­sis­te­ra dans cette voie d’in­ves­tis­se­ments tous azi­muts. En­quête.

De­puis des mois, au rythme de la di­ver­si­fi­ca­tion de ses in­ves­tis­se­ments en Eu­rope et, plus par­ti­cu­liè­re­ment en France, le Qa­tar ne cesse d’en­tre­te­nir les rumeurs les plus folles, de faire les choux-gras de la presse, de pro­vo­quer des sueurs froides dans les mi­lieux d’af­faires et des pous­sées d’ur­ti­caire dans la classe politique, d’en­gen­drer une flo­pée d’ou­vrages al­lant du « Qa­tar, les se­crets du coffre-fort * » au « Vi­lain pe­tit Qa­tar** » en pas­sant par « Qa­tar(isme)*** ». Un in­croyable torrent où l’on ne sait plus trop éta­blir la part de vé­ri­té et la part de fan­tasme, dont les ef­fluves bling bling fi­nissent par en­gen­drer dans l’es­prit du lamb­da un sen­ti­ment aus­si étran­ger que nau­séeux de se re­trou­ver happé dans une his­toire de se­crets et d’ar­gent, de passe-droits et de du­pe­rie à grande échelle dont rien ni per­sonne ne par­vient à maî­tri­ser le flux. L’an der­nier, cer­tains membres de notre classe politique, Ma­rine Le Pen en tête, s’in­quié­taient pu­bli­que­ment de la stra­té­gie d’in­ves­tis­se­ment du Qa­tar en France et d’éven­tuelles vi­sées com­mu­nau­ta­ristes. Une in­quié­tude pro­vo­quée, rap­pe­lons-le, par le fi­nan­ce­ment du pro­jet d’un fonds pour les ban­lieues par le Qa­tar et dont la ré­so­nance au­près de l’opi­nion pu­blique, alors que la cam­pagne pré­si­den­tielle de 2012 bat­tait son plein, avait re­vê­tu de forts re­lents d’is­la­mo­pho­bi­sa­tion. Pour­tant, ain­si que le sou­lignent Ch­ris­tian Chesnot et Georges Malbrunot, les deux au­teurs du livre « Qa­tar, les se­crets du coffre-fort », ce n’est pas ce pays mais l’As­so­cia­tion na­tio­nale des élus de la di­ver­si­té (ANELD) qui avait eu l’idée en 2008, au dé­but de la crise fi­nan­cière, de prendre contact avec les au­to­ri­tés qa­ta­riennes pour les convaincre de prendre le re­lais des banques ne vou­lant d’un seul coup plus

prê­ter d’ar­gent aux por­teurs de pro­jets dans les ban­lieues. Mais le mal était cau­sé et l’huile bel et bien je­tée sur le feu. Et cette af­fir­ma­tion bran­die comme un éten­dard par cer­tains concer­nant la sup­po­sée vo­lon­té hé­gé­mo­nique de l’émi­rat du Qa­tar sur la France via son feu d’ar­ti­fices d’in­ves­tis­se­ments a obli­gé le pou­voir so­cia­liste fraî­che­ment élu et bien obli­gé de com­po­ser avec les en­com­brants « amis » qa­ta­riens des gou­ver­ne­ments pré­cé­dents à mon­ter au cré­neau. Mi­nistre des Droits des femmes et porte-pa­role du gou­ver­ne­ment, Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem a ain­si ré­pon­du ne pas com­prendre les in­quié­tudes sur les in­ves­tis­se­ments du Qa­tar en France, es­ti­mant qu’il s’agit de bu­si­ness et qu’il fal­lait s’en ré­jouir. Un en­thou­siasme que les langues acé­rées qua­li­fie­ront de for­cé tant la ré­cep­tion ré­ser­vée le 7 juin 2012 par le nou­veau Pré­sident de la Ré­pu­blique Fran­çois Hol­lande à Hamad ben Jas­sem al-Tha­ni dit HBJ, Pre­mier mi­nistre du Qa­tar et homme d’af­faires par­mi les plus riches du monde, a te­nu da­van­tage de la douche froide que des cha­leu­reuses ef­fu­sions pro­di­guées par le grand ami de son pays Ni­co­las Sar­ko­zy. Un pré­cieux al­lié pour l’émi­rat à la fois sur la scène in­ter­na­tio­nale en l’as­so­ciant à plu­sieurs re­prises à la politique étran­gère de la France au Moyen-Orient et au ni­veau de notre ba­lance com­mer­ciale. A peine quinze jours après son in­ves­ti­ture à la pré­si­dence de la Ré­pu­blique, Ni­co­las Sar­ko­zy ob­te­nait de la part de l’émir du Qa­tar un con­trat de seize mil­liards de dol­lars por­tant sur l’achat (pro­mis) de quatre-vingt Air­bus. Sans ou­blier la si­gna­ture d’un chèque de cau­tion de trois cent cin­quante mil­lions d’eu­ros éta­bli par l’émi­rat à la de­mande pres­sante du chef de l’État fran­çais au pro­fit de la Li­bye pour sor­tir les in­fir­mières bul­gares des geôles de Kadha­fi. Un sé­rieux coup de main qui va­lait bien pour contre­par­tie l’exo­né­ra­tion de l’émi­rat sur les plus-va­lues de l’ISF. Un pri­vi­lège que son suc­ces­seur so­cia­liste n’en­tend ap­pa­rem­ment pas re­mettre en cause même si entre le « Pré­sident nor­mal » et ce « Ber­lus­co­ni du dé­sert » qu’est Hamad ben Jas­sem al-Tha­ni le cou­rant passe mal …

>> Entre la France et le Qa­tar, des liens de longue date

Et pour­tant, si sous le quin­quen­nat de Ni­co­las Sar­ko­zy cette drôle de ro­mance d’amour et d’ar­gent avait at­teint comme une sorte de sep­tième ciel, il faut re­mon­ter à plu­sieurs dé­cen­nies pré­cé­dentes pour en trou­ver les pré­misses. « Il y a qua­rante ans, pour les fran­çais, le Qa­tar se ré­su­mait à un tas de sable avec un peu de pé­trole. L’émi­rat, qui ve­nait d’ar­ra­cher son in­dé­pen­dance aux Bri­tan­niques, se cher­chait un pro­tec­teur. Gis­card a sau­té sur l’oc­ca­sion et en a pro­fi­té pour équi­per leur ar­mée de pied en cap » peut-on en­tendre dans les mi­lieux de la di­plo­ma­tie fran­çaise. Une idylle qui s’est conso­li­dée sous la pré­si­dence de Fran­çois Mit­ter­rand dont la di­men­sion de « mo­narque consti­tu­tion­nel » a ra­pi­de­ment es­tom­pé les craintes du pou­voir qa­ta­rien par rap­port à

l’ar­ri­vée d’une gou­ver­nance de Gauche aux ma­nettes de leur très chère « dul­ci­née » France. Ne dit-on pas que l’émir d’alors, Kha­li­fa bin Hamad al-Tha­ni, pas­sait prendre le thé chaque été au Pa­lais de l’Ély­sée avant de ral­lier Al Rayyan, sa gi­gan­tesque pro­prié­té si­tuée à Mou­gins, près de Cannes. Une ha­bi­tude qu’il gar­de­ra jus­qu’en 1995, an­née de sa des­ti­tu­tion par son propre fils, le prince hé­ri­tier Hamad ben Kha­li­fa al-Tha­ni que tout le monde sur­nomme fa­mi­liè­re­ment HBK. Un coup d’état que ce­lui-ci a pu me­ner avec suc­cès grâce au sou­tien ac­tif de HBJ, trente-six ans à l’époque et qui of­fi­ciait près du vieil émir en qua­li­té de Mi­nistre des Af­faires Étran­gères. Il faut dire que le com­plot avait été ré­glé par les conju­rés avec la pré­ci­sion d’une par­ti­tion mu­si­cale dans la me­sure où les voi­sins du Qa­tar, les Émi­rats arabes unis avaient dé­jà été mis dans la confi­dence et même les «en­ne­mis » is­raé­liens ap­pro­chés par l’in­ter­mé­diaire d’un li­ba­nais très en cour au­près du lob­by juif amé­ri­cain. Ce­lui-ci avait réus­si à convaincre la mai­son Blanche d’ap­prou­ver le putsch à Do­ha sous la condi­tion ex­pres­sé­ment po­sée par Bill Clin­ton que le nou­vel émir re­con­naisse Is­raël. Une condi­tion qui trou­ve­ra en ef­fet sa concré­ti­sa­tion quelques mois plus tard avec l’ou­ver­ture d’un bu­reau d’in­té­rêt com­mer­cial is­raé­lien dans la ca­pi­tale qa­ta­rienne. La France, à l’époque pré­si­dée par Jacques Chi­rac très lié au vieux cheikh, certes dé­pos­sé­dé des on trône mais nan­ti tout de même d’une très confor­table for­tune éva­luée à 4,5 mil­liards de dol­lars (un mon­tant dû au fait qu’en bé­douin ma­dré, ce­lui-ci avait mis à son nom l’es­sen­tiel des avoirs du Qa­tar pour les pla­cer dans des pa­ra­dis fis­caux et des in­ves­tis­se­ments im­mo­bi­liers), s’est pour sa part da­van­tage fait prier dans la re­con­nais­sance du nou­veau sou­ve­rain. Un com­por­te­ment ré­cal­ci­trant qui vau­dra à notre pays de se trou­ver écar­té des gros contrats qa­ta­riens du­rant qua­si­ment dix ans.

>> Un bu­si­ness de fa­mille … royale !

Une chose ap­pa­raît en tous les cas cer­taine c’est que le tan­dem HBJ-HBK a d’em­blée nour­ri de grandes am­bi­tions pour l’émi­rat « confet­ti ». D’au­tant qu’avec son énorme puis­sance fi­nan­cière due à ses res­sources ga­zières conju­guées au for­mi­dable ap­pé­tit d’ac­qui­si­tions, sans lien du reste avec une stra­té­gie clai­re­ment dé­fi­nie, du duo, le Qa­tar en­tend dé­sor­mais bien pe­ser sur l’échi­quier in­ter­na­tio­nal. Ajou­tons y une autre rai­son te­nant de l’ordre psy­cha­na­ly­tique dans le sens où sur les deux mil­lions d’ha­bi­tants que l’émi­rat re­cense, moins de 200.000 d’entre eux sont au­then­ti­que­ment des su­jets nationaux. Une peur de dis­pa­raître qui a ame­né le pou­voir en place a tout mi­ser sur ce qu’en an­glais on ap­pelle le soft po­wer, c’est-àdire user de l’in­fluence éco­no­mique et mé­dia­tique plu­tôt que mi­li­taire, ter­rain où le Qa­tar dis­pose d’une mo­deste ar­mée de quinze mille hommes. Un pou­voir ul­tra concen­tré au­quel il se­rait juste d’y as­so­cier une troi­sième per­sonne, en l’oc­cur­rence la Chei­kha Mo­za bin Nas­ser al-Mis­nad, la se­conde épouse et fa­vo­rite de l’émir. Di­ri­geante (de fer) de la toute puis­sante Qa­tar Foun­da­tion et très écou­tée du mo­narque (les ob­ser­va­teurs s’ac­cordent à dire que les in­ves­tis­se­ments das le luxe et l’édu­ca­tion sont à mettre au cré­dit de son in­fluence), elle est aus­si l’en­ne­mie ju­rée de ce­lui qui, de­puis 2007, oc­cupe les fonc­tions de Pre­mier mi­nistre, au­tre­ment dit l’in­con­tour­nable HBJ. Chaque an­née, le trio (que les es­prits cri­tiques qua­li­fient d’in­fer­nal) s’in­ter­roge sur la ma­nière de dé­pen­ser qua­rante à cin­quante mil­liards de dol­lars. Une somme ver­ti­gi­neuse pro­ve­nant des ex­cé­dents bud­gé­taires gé­né­rés par le gaz ex­por­té. Les­quels, pré­ci­sons-le, n’ali­mentent pas les re­ve­nus du pé­trole net­te­ment plus faibles. La grande par­tie de ce flot de li­qui­di­tés est re­ver­sée dans le fonds sou­ve­rain gé­ré par l’Au­to­ri­té des in­ves­tis­se­ments du Qa­tar (Qa­tar In­vest­ment Au­tho­ri­ty, QIA) mis en or­bite par l’émir en 2005. Se­lon l’en­quête me­née par les au­teurs de « Qa­tar, les se­crets du coffre-fort », à la fin de l’an­née 2012, « la QIA dis­po­se­rait d’en­vi­ron 120-130 mil­liards de dol­lars de ré­serves. C’est un mon­tant très in­fé­rieur à ce­lui d’Abu Dha­bi (627 mil­liards de dol­lars) ou de la Nor­vège (656, 2 mil­liards de dol­lars),

mais le fonds sou­ve­rain du Qa­tar a une par­ti­cu­la­ri­té in­té­res­sante : il aug­mente très vite, de quelque 30 mil­liards chaque an­née, et il est sur­tout de­ve­nu l’un des plus ac­tifs. Pour la seule an­née 2010, grâce à la QIA, Do­ha a in­ves­ti pas moins de 17 mil­liards de dol­lars dans des pro­jets in­dus­triels ». Un fonds des­ti­né, se­lon les dé­cla­ra­tions de l’émir, à sou­te­nir le pro­jet Qa­tar-2030 ayant, entre autres, pour ob­jec­tifs de « Mo­der­ni­ser tout en pré­ser­vant les tra­di­tions » et « Ré­pondre aux be­soins des gé­né­ra­tions ac­tuelle et fu­ture ». Des in­ten­tions belles comme « le Jar­din d’Al­lah » mais qui, se­lon les spé­cia­listes, n’est rien d’autre qu’un ha­bile plan de com­mu­ni­ca­tion à des­ti­na­tion de la po­pu­la­tion qui se pose de sé­rieuses ques­tions sur la fo­lie des gran­deurs et des in­ves­tis­se­ments de ses di­ri­geants. Un trio de­ve­nu qua­tuor avec l’ir­rup­tion dans la danse de Ta­mim, prince hé­ri­tier, deuxième fils de l’émir et de Chei­kha Mo­za, jus­que­là com­man­dant en chef ad­joint des forces ar­mées et dé­sor­mais Émir en titre après l’ab­di­ca­tion de son père en sa fa­veur le 25 juin der­nier, ce qui lui confère le titre de plus jeune sou­ve­rain d’une mo­nar­chie du Golfe. Une ab­di­ca­tion, entre nous soit dit, qui rompt avec la tra­di­tion des mo­nar­chies lo­cales dont les di­ri­geants res­tent gé­né­ra­le­ment en place jus­qu’à leur mort ou qu’ils soient ren­ver­sés. Or, force est de consta­ter que dans l’his­toire ré­cente du monde arabe, au­cun sou­ve­rain n’a ja­mais re­non­cé au pou­voir de son plein gré ! Ce même Ta­mim qui, pour l’ins­tant en­core, pré­side le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de la QIA tan­dis que HBJ, le Pre­mier mi­nistre, en as­sume la di­rec­tion gé­né­rale. Tout comme avec «ma­man », les re­la­tions avec le « fis­ton » sont loin d’être sous le signe de l’en­tente cor­diale et on peut s’in­ter­ro­ger sur le fu­tur de cet homme ru­sé qui sait comme per­sonne faire le dos rond lorsque les cir­cons­tances et la pré­ser­va­tion de ses in­té­rêts l’exigent. En tout état de cause, ce fonds est scin­dé en deux en­ti­tés : Qa­tar Dyar (QD) et Qa­tar Hol­ding (QH). La pre­mière gère les in­ves­tis­se­ments im­mo­bi­liers et ceux ef­fec­tués dans les in­fra­struc­tures. La se­conde dé­tient les par­ti­ci­pa­tions stra­té­giques dans les so­cié­tés étran­gères, mais là, comme par ha­sard, ce n’est pas Ta­mim mais HBJ qui en est le Pré­sident du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion.

>> Une plu­ra­li­té de do­maines d’in­ves­tis­se­ments

Tan­dis que Qa­tar Hol­ding a ce que l’on pour­rait qua­li­fier de com­por­te­ment d’in­ves­tis­seur dor­mant (dans son por­te­feuille, on trouve 3% de To­tal, 2% de Vivendi, 1% de France Té­lé­com, 1% de LVMH), Qa­tar Dyar mul­ti­plie les in­ves­tis­se­ments tous azi­muts, tant

dans le football et le spec­tacle que dans un cer­tain nombre de fleu­rons in­dus­triels. Pour l’heure, sur le plan mon­dial, le Qa­tar a in­ves­ti 25,5 mil­liards de dol­lars dans les banques, 27 mil­liards de dol­lars dans l’In­dus­trie-Éner­gie, 2,3 mil­liards de dol­lars dans les ma­tières pre­mières, deux mil­liards de dol­lars dans les Té­lé­com­mu­ni­ca­tions et les mé­dias. Concer­nant plus pré­ci­sé­ment la France, l’émi­rat mise clai­re­ment la carte de la di­ver­si­fi­ca­tion dans leurs in­ves­tis­se­ments. Hor­mis le do­maine ban­caire pour l’ins­tant en­core igno­ré - le Qa­tar a des par­ti­ci­pa­tions chez Cré­dit Suisse à hau­teur de 6,17%, Bar­clays pour 6,8%, les banques grecques Eu­ro-Bank et Al­pha-Bank à hau­teur de 17%, la Banque agri­cole de Chine pour 2,1% et la Ban­co San­tan­der pour 5% - toutes les autres sphères de nos ac­ti­vi­tés se voient « cour­ti­sées » et «épou­sées» par les dif­fé­rents fonds qa­ta­riens. A com­men­cer par l’in­dus­trie et l’éner­gie où le Qa­tar pèse de ma­nière consé­quente dans les ca­pi­taux de trois de nos géants du genre. Ce­lui de Veo­lia où, via Qa­ta­ri Diaz, il dé­tient de­puis 2010 5% des parts et jouit de droits de vote au conseil d’ad­mi­nis­tra­tion. Ce­lui du groupe Vinci où il pos­sède 5,8% des parts de­puis dé­cembre 2011 mais avec pour contre­par­tie la ces­sion à 100% de sa fi­liale Ce­ge­lec, spé­cia­liste de l’in­gé­nie­rie tech­nique. Et ce­lui de To­tal où, de­puis dé­but 2012, lui qui dé­te­nait jus­qu’alors 2% des parts du groupe est pas­sé à 3,8%, le his­sant au rang de l’un des prin­ci­paux ac­tion­naires der­rière les sa­la­riés et le belge Al­bert Frère (via sa hol­ding Groupe Bruxelles Lam­bert). Rap­pe­lons que si, à la fin de l’an­née 2008, le Qa­tar était en­tré dans le ca­pi­tal de Suez En­vi­ron­ne­ment à hau­teur de 2,98%, un an et de­mi plus tard il en cé­dait les deux tiers avant de s’en re­ti­rer com­plè­te­ment. L’im­mo­bi­lier oc­cupe éga­le­ment une place de choix dans les in­ves­tis­se­ments du Qa­tar sur notre ter­ri­toire, l’un des deux pays eu­ro­péens ci­blés avec la Grande Bre­tagne. Outre-Manche, la QIA a pro­fi­té de la fai­blesse de la livre et d’une pers­pec­tive de re­prise du mar­ché pour pra­ti­quer une politique ac­tive d’ac­qui­si­tions

de biens comme Chel­sea Bar­racks, une ca­serne édi­fiée dans les an­nées 1860 dans le quar­tier de West­mins­ter et ac­quise en 2007 pour un mon­tant de 959 mil­lions de livres ster­ling, et le Lon­don Olym­pic Vil­lage ache­té pour 900 mil­lions de dol­lars. En France, l’in­té­rêt qa­ta­rien s’est d’abord beau­coup por­té sur les hô­tels de luxe. Il a ain­si ra­che­té à Pa­ris le Royal Mon­ceau pour 330 mil­lions de dol­lars, l’Hô­tel du Louvre, le Peninsula et le Con­corde La­fayette (par­mi les pro­chains pro­jets d’ac­qui­si­tion fi­gu­re­rait le my­thique Crillon, pro­prié­té d’un membre de la fa­mille royale saou­dienne, éga­le­ment for­te­ment guigné par le conglo­mé­rat hong­kon­gais New World Group) et à Cannes le Carl­ton pour 715 mil­lions de dol­lars, le Mar­ti­nez et a in­ves­ti dans la so­cié­té fer­mière du casino mu­ni­ci­pal can­nois (ca­si­nos Bar­rière Croi­sette et Les Princes). En juin 2012, le Qa­tar a ra­che­té à Grou­pa­ma l’im­meuble de 27.000 m2 abri­tant un ma­ga­sin Vir­gin au 52/60 de l’ave­nue des ChampsE­ly­sées pour la somme de 500 mil­lions d’eu­ros. Ci­tons en­core l’ac­qui­si­tion sur la très chic île Saint-Louis de l’hô­tel Lam­bert par le frère de l’Emir. Pro­prié­té de la fa­mille Roth­schild, ce­lui-ci l’a ra­che­té en 2007 pour la co­quette somme de 60 mil­lions d’eu­ros. Autres ac­qui­si­tions : l’hô­tel Kins­ki ache­té par le pre­mier mi­nistre HBJ à l’État fran­çais en 2006 pour un mon­tant de 28 mil­lions d’eu­ros, soit la moi­tié du prix es­ti­mé et l’hô­tel Lan­dol­fo-Car­ca­no si­tuée sur la très pres­ti­gieuse Place de l’Étoile, une des pro­prié­tés par­mi les plus chères de la ca­pi­tale et où le Qa­tar a ins­tal­lé son am­bas­sade. Sous l’ir­ré­sis­tible im­pul­sion de la Chei­kha Mo­za pour le luxe à la fran­çaise, l’émi­rat s’est of­fert des parts à hau­teur de 1,03% du groupe LVMH via le fonds Qa­tar Hol­ding. « Folle » de mode et d’ac­ces­soires, la très peo­po­li­sée Chei­kha (au grand dam des conser­va­teurs de l’émi­rat of­fus­qués par ses te­nues oc­ci­den­tales et sa ma­nière os­ten­ta­toire de s’af­fi­cher à part égale aux cô­tés de son royal époux) a même été jus­qu’à ac­qué­rir 86% du ca­pi­tal du ma­ro­qui­nier Le Tan­neur par le biais de sa so­cié­té Qa­tar Luxu­ry Group. Il se rap­porte à ce su­jet une anec­dote se­lon la­quelle c’est au cours d’une « tea par­ty » or­ga­ni­sée par Car­la Bru­ni-Sar­ko­zy, alors pre­mière Dame de France, que la Chei­kha au­rait re­mar­qué au bras de celle-ci un mo­dèle de sac grif­fé Le Tan­neur. Miss Car­la se se­rait alors em­pres­sée de ra­con­ter l’his­toire cen­te­naire de ce ma­ro­qui­nier, la­quelle sa­ga ris­quait de tour­ner dé­sor­mais court en rai­son de ses dif­fi­cul­tés éco­no­miques jus­qu’à suf­fi­sam­ment la sen­si­bi­li­ser pour in­ci­ter son in­vi­tée à ou­vrir grand son propre sac- à- main afin d’y dé­gai­ner son ché­quier … Der­niè­re­ment, un groupe d’in­ves­tis­seurs qa­ta­riens a ac­quis, par l’en­tre­mise de Di­sa, une so­cié­té d’in­ves­tis­se­ments luxem­bour­geois, les em­blé­ma­tiques ma­ga­sins du Prin­temps en ra­che­tant les par­ti­ci­pa­tions à la fois de la Deutsche Bank ( 70%) et de la so­cié­té ita­lienne Bor­let­ti ( 30%). Ini­tia­le­ment, il était pré­vu que cette der­nière s’as­so­cie aux qa­ta­riens pour fi­nan­cer le ra­chat des parts de la Deutsch Bank tout en de­meu­rant pro­prié­taire du groupe de grands ma­ga­sins. Au fi­nal, l’ita­lien lui- même va se re­trou­ver « ab­sor­bé » dans la me­sure où ses propres ac­tion­naires ont choi­si de cé­der la to­ta­li­té de leur par­ti­ci­pa­tion dans Bor­let­ti Group à Di­sa. Si la plus grande opa­ci­té règne quant au mon­tant exact de la tran­sac­tion, cer­taines sources non of­fi­cielles évoquent la somme de 1,6 mil­liards d’eu­ros ! Quoi­qu’il en soit, les craintes du per­son­nel de l’en­seigne ré­sident dans le fait que le but des nou­veaux pro­prié­taires se­rait de trans­for­mer son na­vire ami­ral qu’est le ma­ga­sin du bou­le­vard Hauss­mann en loueur d’es­paces pour les marques de luxe. Une op­tion qui me­na­ce­rait alors plus de deux cent em­plois.

>> Des ac­qui­si­tions avan­ta­geuses fis­ca­le­ment.

Ain­si que nous en fai­sions al­lu­sion pré­cé­dem­ment, cette pré­sence qa­ta­rienne

ac­crue est pour beau­coup aus­si le fait de la conven­tion fis­cale avan­ta­geuse consen­tie en 2008 par le gou­ver­ne­ment Fillon exo­né­rant l’émi­rat sur les plus-va­lues de l’ISF. Un texte ne fai­sant du reste que re­prendre une règle non écrite mais sui­vie par tous les pays du monde qui veut que l’on ne taxe pas les chefs d’État et de gou­ver­ne­ment. Cette « tra­di­tion » fis­cale a pour nom la « haute cour­toi­sie in­ter­na­tio­nale ». Le hic tient à ce que dans le cas du Qa­tar, la fa­mille royale se confond avec l’État. Par là-même, si un membre ap­pa­ren­té de l’émir achète un hô­tel par­ti­cu­lier en France, on ne lui fe­ra payer ni droits de mu­ta­tion, ni ISF ! In­utile donc de s’éton­ner d’une telle fièvre ache­teuse, en par­ti­cu­lier en­core dans le do­maine des Té­lé­com­mu­ni­ca­tions et des mé­dias où la fin de l’an­née 2011 a été mar­quée par l’en­trée du Qa­tar dans le ca­pi­tal de plu­sieurs gros « pois­sons » du sec­teur. A com­men­cer par Vivendi où Qa­tar Hol­ding a ac­quis 1,55% de

ses parts so­ciales. Une par­ti­ci­pa­tion qui s’est ac­crue en sep­tembre 2012 avec une aug­men­ta­tion à 2%, ce qui place l’émi­rat au vingt­deuxième rang des cent seize ac­tion­naires. De­ve­nu le pre­mier ac­tion­naire du groupe La­gar­dère fin 2011 avec 10,05% des titres, la très riche mo­nar­chie qa­ta­rienne a en­core ren­for­cé sa po­si­tion do­mi­nante en juin 2012 en af­fi­chant dé­sor­mais un pour­cen­tage de 12,83%. Un in­té­rêt qui, à dire vrai, ne re­monte pas à la « der­nière pluie » puisque des re­la­tions très ami­cales s’étaient nouées dès le mi­lieu de la dé­cen­nie 1990 entre jean-Luc La­gar­dère et le Sheikh Hamad bin Kha­li­fa al-Tha­ni. Si le cou­rant était for­te­ment pas­sé entre les deux hommes, le « che­va­lier d’in­dus­trie » avait néan­moins exi­gé que l’âme dam­née de l’émir, l’in­évi­table Hamad Bin Jas­sem alias HBJ, ne soit en rien as­so­ciée à une éven­tuelle al­liance d’af­faires. Le dé­cès de Jean-Luc La­gar­dère sur­ve­nu au prin­temps 2003 avant que l’ac­cord ne soit fi­na­li­sé a je­té aux ou­bliettes une telle condi­tion en rai­son de l’im­pé­rieux be­soin d’un ap­port en fonds propres de son hé­ri­tier Ar­naud brus­que­ment pro­pul­sé aux ma­nettes du groupe pa­ter­nel. La nou­velle cible de l’émi­rat : EADS, le fleu­ron aéronautique de La­gar­dère qui en dé­tient 7,4% du ca­pi­tal. Da­van­tage por­té sur le sport et le people que sur l’in­dus­trie lourde, le fré­tillant La­gar­dère ju­nior a fi­na­le­ment dé­ci­dé de cé­der ses parts (éva­luées à près de 1,18 mil­liards d’eu­ros) d’ici à la fin du mois de juillet. Si on sait qu’EADS ne consa­cre­ra pas plus d’un tiers de tré­so­re­rie à cette opé­ra­tion, dif­fi­cile d’af­fir­mer avec cer­ti­tude que le « loup des sables » en pro­fi­te­ra pour in­ves­tir plus for­te­ment dans la « ber­ge­rie » aéronautique d’au­tant que, con­trai­re­ment à ce que pré­voyait l’ac­cord sur la nou­velle gou­ver­nance conclue à la fin dé­cembre 2012, il n’y au­ra fi­na­le­ment pas de tranche ré­ser­vée au groupe La­gar­dère, ni à au­cun autre ac­tion­naire de l’an­cien pacte. Autre mas­to­donte de la sphère, France Té­lé­com où l’émi­rat a pris en juin 2012 une par­ti­ci­pa­tion de 1%. Ce qui le place par­mi les quinze pre­miers ac­tion­naires du groupe. Un in­ves­tis­se­ment mo­ti­vé, se­lon cer­taines sources, par la baisse du titre de France Té­lé­com pas­sé sous la barre des dix eu­ros juste avant l’ac­qui­si­tion.

>> Ban­lieues, sport, paillettes et vo­lée de cri­tiques

Outre la créa­tion, en rem­pla­ce­ment du pro­jet ini­tial de 50 mil­lions d’eu­ros des­ti­né à ai­der les ban­lieues sus­pec­té de pro­sé­ly­tisme re­li­gieux, d’un fonds com­mun fran­co-qa­ta­rien d’in­ves­tis­se­ment de trois cent mil­lions d’eu­ros au pro­fit des PME gé­ré par la Caisse des Dé­pôts et Consi­gna­tions et dont les in­ves­tis­se­ments iront où la France dé­ci­de­ra de les af­fec­ter, le nou­veau ter­rain de jeu de l’émi­rat passe par le sport. En mars 2012, il pos­sé­dait ain­si 100% des parts du PSG via Qa­tar Sports In­vest­ments (QSI), une éma­na­tion de son fonds sou­ve­rain. Et en juin de la même an­née 2012, il a éga­le­ment pris le contrôle à 100% du Club de Pa­ris Handball. Sur le feu : le pro­chain lan­ce­ment d’une chaîne de té­lé­vi­sion en fran­çais Al-Ja­zi­ra Sport, éma­na­tion de la chaîne d’in­for­ma­tions conti­nues créée en 1996, en pro­lon­ge­ment de la mise en or­bite l’an der­nier de France Beln Sport et Beln Sport 2 qui dif­fusent toutes deux au to­tal seize sports dif­fé­rents sur leurs grilles. Au­tant d’in­ves­tis­se­ments comme en forme de pré­ludes au chan­tier le plus co­los­sal en­ga­gé par l’émir Hamad bin Kha­li­fa al-Tha­ni, en l’oc­cur­rence l’or­ga­ni­sa­tion de la Coupe du monde de football de 2022. Un évé­ne­ment éva­lué entre quinze et vingt mil­liards de dol­lars par an chaque an­née jus­qu’en 2022 que le « pa­tron» de l’émi­rat es­père ren­ta­bi­li­ser au cen­tuple sur le plan de son re­ten­tis­se­ment à di­men­sion pla­né­taire. Les al-Tha­ni se pren­draient-ils pour les rois du monde en rai­son de leur fa­bu­leuse force de frappe fi­nan­cière ? Et le Qa­tar ne se­rait-il qu’un ogre avide de dé­vo­rer des pans en­tiers non seule­ment de notre tis­su in­dus­triel mais aus­si de notre pa­tri­moine ar­tis­tique (n’on­tils pas ache­té un Cé­zanne «Les joueurs de cartes » pour le mon­tant « his­to­rique » de 191 mil­lions d’eu­ros!) si l’on en croit le vé­ri­table « Qa­tar ba­shing » - tra­dui­sez par cam­pagne de dé­ni­gre­ment – dont l’émi­rat est ac­tuel­le­ment l’ob­jet tant au Moyen-orient et dans le Golfe que sous nos la­ti­tudes hexa­go­nales ? En clair, le Qa­tar se paie­rait-il la France comme le pré­tendent ses plus vi­ru­lents dé­trac­teurs ? A dire vrai, une fois grat­té le ver­nis du bling bling qui en­toure cette mi­nus­cule contrée à la­quelle les ex­perts du monde arabe ne contestent nul­le­ment la to­tale fas­ci­na­tion que ses di­ri­geants éprouvent à l’égard de la France et de son art de vivre, ce qui ex­plique cette ten­ta­tion à vou­loir, à l’ins­tar de la gre­nouille de la fable, « vou­loir se faire plus grosse que le boeuf », force est de consta­ter que la réa­li­té des chiffres dé­voile tout autre chose. Les in­ves­tis­se­ments au­jourd’hui réa­li­sés par le Qa­tar dans notre pays s’élèvent à un to­tal de près de douze mil­liards d’eu­ros (dix mil­liards sup­plé­men­taires son at­ten­dus dans les pro­chaines an­nées). Au­tre­ment dit, une brou­tille par rap­port à la hau­teur de ses autres in­ves­tis­se­ments dans le monde ra­me­nant ce genre de polémique à sa juste di­men­sion de tem­pête dans un verre d’eau. Ha­bi­tués à la tra­di­tion orale bé­douine, les qa­ta­riens ne voient pas la né­ces­si­té de se jus­ti­fier en com­mu­ni­quant. D’où l’in­com­pré­hen­sion qui se fait gran­dis­sante par rap­port à un pays, le nôtre, au­quel l’émir et son clan es­timent ap­por­ter du bien en ra­che­tant au prix fort des pans de notre in­dus­trie par­fois sé­rieu­se­ment en per­di­tion et dont ils ne re­çoivent en guise de re­mer­cie­ment que dé­fiance et mé­chantes cri­tiques. Or, ain­si que le dit un an­ces­tral dic­ton, « à trop ti­rer sur la corde, elle fi­nit tou­jours par se cas­ser ». Et comme le pense le mi­lieu des af­faires, à trop ti­rer à bou­lets rouges sur le Qa­tar, à trop l’as­ti­co­ter sur le pour­quoi et le comment de ses in­ves­tis­se­ments, il pour­rait bien fi­nir par se las­ser et par­tir voir ailleurs si l’ac­cueil est plus fa­vo­rable qu’en terre fran­çaise. D’au­tant qu’avec l’avè­ne­ment de Ta­mim, certes par­fai­te­ment fran­co­phone mais bien plus tra­di­tio­na­liste que son père et dont les der­nières dé­cla­ra­tions laissent en­tendre qu’il est da­van­tage in­té­res­sé par de­ve­nir le maître des pays du Golfe plu­tôt que ce­lui du monde, rien n’as­sure qu’il pour­sui­vra le même rêve d’ex­pan­sion d’un pays certes nain par la su­per­fi­cie mais pro­fon­dé­ment géant par l’im­por­tance de ses in­ves­tis­se­ments …

***« Qa­tar(isme) ?. Es­sai d’ana­lyse du mode de fonc­tion­ne­ment d’un sys­tème » par So­raya Djer­moun & Em­ma­nuel Her­sant, 132 pages, 14 €, Édi­tions L’Har­mat­tan.

** « Le vi­lain pe­tit Qa­tar » par Ni­co­las Beau & Jacques-Ma­rie Bour­get, 300 pages, 18,05 €, Édi­tions Fayard.

*« Qa­tar, les se­crets du coffre-fort » par Ch­ris­tian Chesnot & Georges Malbrunot, 304 pages, 17,95 €, Édi­tions Mi­chel La­fon.

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