Jeunes ta­lents

Ce mois-ci, on vous fait dé­cou­vrir trois en­tre­pre­neurs qui comptent dans les do­maines de la mode et de l’ar­chi­tec­ture. À suivre...

Infrarouge - - Édito -

Rem­por­ter le concours in­ter­na­tio­nal d’ar­chi­tec­ture pour la mé­ta­mor­phose de la tour Mont­par­nasse face aux plus grandes agences, comme celles de Rem Kool­haas ou Do­mi­nique Perrault, n’était pas chose fa­cile. Et pour­tant, il l’a fait avec ses as­so­ciés de la Nou­velle AOM (Char­tier-Da­lix et Har­del Le Bi­han). La car­rière de ce jeune ar­chi­tecte donne au­tant le ver­tige que les 230 mètres du plus haut gratte-ciel pa­ri­sien, éri­gé en 1973 et qui se­ra ré­ha­bi­li­té à par­tir de 2019 par le col­lec­tif réunis­sant les trois agences. Frank­lin Az­zi a fon­dé son agence en 2006 après un pas­sage à L’École Spé­ciale d’Ar­chi­tec­ture (au­près de l’émi­nent Paul Vi­ri­lio) et à la Glas­gow School of Art. Par­mi son ta­bleau de chasse, en France et à l’étran­ger, ci­tons la toute ré­cente réa­li­sa­tion du site Beau­pas­sage (bou­le­vard Ras­pail), les berges de Seine, l’École des Beaux Arts de Nantes et, bien­tôt, la tour Ma­ma Shel­ter pour le groupe Ac­cor à Du­baï. Sans ou­blier la dé­co­ra­tion et la concep­tion de mo­bi­lier, par exemple pour la mai­son Plis­son (place du Mar­ché-Saint-Ho­no­ré), les bou­tiques de Ba­li Bar­ret (fa­çon bun­ker et ten­tures rouges) ou en­core celles de Chris­tophe Le­maire, Isa­bel Ma­rant et Jé­rôme Drey­fuss.

« J’aime la dé­co. Ce que je n’aime pas, c’est que l’ar­chi­tec­ture de­vienne de la dé­co », ex­plique Frank­lin Az­zi. Es­prit sans com­pro­mis, il am­bi­tionne de re­ve­nir à l’es­sence d’un mé­tier qu’il en­vi­sage à la fa­çon de ses maîtres – Nie­meyer ou Aal­to –, gé­nies de l’ar­chi­tec­ture glo­bale où chaque dé­tail dé­co­ra­tif pré­side à une fonc­tion tech­nique. « Je pars de l’idée qu’un pro­jet est un tout, réa­li­sé avec des dis­ci­plines dif­fé­rentes. »

Agrip­per le réel

C’est l’im­pul­sion com­mune qui réunit les ar­chi­tectes de la Nou­velle AOM. Ain­si, la mé­ta­mor­phose de la tour Mont­par­nasse, géant de verre éco­lo­gique (70 % d’au­to­no­mie en éner­gie) et vé­gé­ta­li­sé (4 500 mètres de jar­dins, 9 000 m2 de jar­dins d’hi­ver et de log­gias, une serre de 18 mètres de hau­teur), pro­mis pour 2024, se­ra le fruit d’une ar­chi­tec­ture so­cié­tale qui in­té­gre­ra plus de 25 in­ter­ve­nants : bo­ta­nistes, so­cio­logues, spé­cia­listes des trans­ports, acous­ti­ciens. « Il y a deux ca­té­go­ries d’ar­chis : ceux qui courent avec le temps, qui en­vient la mode, le de­si­gn et l’ar­chi­tec­ture d’in­té­rieur. Et ceux qui ne ri­va­lisent ja­mais avec lui et sou­haitent s’ins­crire dans la du­ra­bi­li­té et le bien de la Ci­té. » Le pro­jet Mont­par­nasse a vu s’af­fron­ter ces deux écoles : la plu­part des concur­rents ont pen­sé la tour comme un fla­con de par­fum, une sil­houette ex­té­rieure. À l’in­verse, en choi­sis­sant de louer des bu­reaux au 44e étage, la Nou­velle AOM a d’abord cher­ché à éva­luer ses usages in­té­rieurs pour la re­pro­gram­mer ver­ti­ca­le­ment. L’hu­mi­li­té, l’in­tem­po­ra­li­té... Dans son agence de la rue d’Uzès, Frank­lin a d’ailleurs in­ter­dit les abon­ne­ments aux ma­ga­zines d’ar­chi­tec­ture. « Pour me la­ver l’oeil des ins­tan­ta­nés ou des modes et de­ve­nir plu­tôt “as­sem­blier” de l’époque… J’ai l’im­pres­sion d’ap­par­te­nir à la gé­né­ra­tion du sam­pling. Je re­trouve du souffle en mé­lan­geant les genres. »

An­ciens rythmes, nou­velles formes, son ta­lent est d’agrip­per le réel, d’élar­gir le champ des pos­sibles et de l’of­frir aux Pa­ri­siens, du sol au jar­din cé­leste. « Bais­ser l’ego, pous­ser l’ar­chi­tec­ture », tel est le cre­do d’Az­zi.

Frank­lin Az­zi Ar­chi­tec­ture, 13, rue d’Uzès, 75002 Pa­ris. frank­li­naz­zi.fr

Beau­pas­sage, bou­le­vard Ras­pail, Pa­ris.

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