PHI­LIPPE STARCK N°N 14 N° 76

Intramuros - - LA PAROLE AUX DESIGNERS -

In­tra­mu­ros m’in­té­resse parce que c’est une en­ti­té mo­rale, une en­ti­té mo­rale qui a gar­dé, contre vents et ma­rées, sa ri­gueur. C’est ça qui a été et qui reste le liant et sur­tout l’ADN d’un “fi­na­le­ment de­si­gn fran­çais” qui de­vient éton­nam­ment mon­dial et d’une cer­taine qua­li­té. In­tra­mu­ros n’est pas tom­bé dans les nom­breux pièges, qu’oc­ca­sionne une longue vie de trente ans. Le jour­nal n’a pas suc­com­bé aux si­rènes du luxe, il n’a pas suc­com­bé aux si­rènes du de­si­gn ar­tis­tique, il n’a pas suc­com­bé aux si­rènes du de­si­gn de mode. In­tra­mu­ros est res­té l’in­tel­li­gence du de­si­gn et d’une fa­çon ac­ti­viste et dis­crète, c’est cette dis­cré­tion qui lui a don­né sa force. L’autre in­té­rêt, non content de faire ce liant comme le ci­ment est in­dis­pen­sable entre les pierres pour la construc­tion d’un mur, dans un mé­tier qui est ou qui a un ADN plu­tôt in­di­vi­dua­liste et écla­té, il a été ce liant, un liant non cor­po­ra­tif, un liant mo­ral. Puis, avec une ex­trême im­par­tia­li­té, sans l’es­prit de cha­pelle, In­tra­mu­ros a fouillé en per­ma­nence et dé­cou­vert de nou­veaux ta­lents. In­tra­mu­ros a un rôle vi­tal de dé­cou­vreur dans les gé­né­ra­tions, à la fois dans des ter­ri­toires d’ex­pres­sion. Ces ap­por­teurs de sang frais sont la ga­ran­tie de la vi­ta­li­té d’une pro­fes­sion. In­tra­mu­ros est tou­jours res­té dans une réa­li­té in­dus­trielle, s’étant tou­jours in­té­res­sé au “com­ment in­dus­triel” et au “par qui in­dus­triel”, ce qui est aus­si la réa­li­té. Il n’y a pas de de­si­gn sans in­dus­triels, sans in­gé­nieurs, c’est d’abord juste et c’est hon­nête, ce­la per­met de ca­drer le de­si­gn comme un mé­tier in­dus­triel et non pas ar­tis­tique. C’est ce qui au­jourd’hui me vient à l’es­prit. Un autre pa­ra­mètre po­si­tif, ce se­rait la rai­son pour la­quelle In­tra­mu­ros dans un océan de re­vues nées et mortes, a pris une place, une place pour long­temps et nous en sommes bien- heu­reux même pour des gens comme moi qui lisent peu à pro­pos de leur mé­tier. Je suis un so­li­taire, je tanne mon cuir, je pique, je po­lis, rien ne m’at­teint tout seul dans mon coin, rien ne m’in­flue, rien ne me fâche. La so­cié­té au­jourd’hui se place dans sa courbe d’évo­lu­tion, il y a de for­mi­dables signes, il y a une ob­so­les­cence de la loi de Moore* il y a des cas où la loi de Moore est dé­pas­sée, notre vi­tesse d’évo­lu­tion reste bonne même si en re­gar-

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.