CH­RIS­TIANC BIECHERB N° 80

Intramuros - - LA PAROLE AUX DESIGNERS -

Tant de choses m’ont mar­qué pen­dant ces trente ans… je vais me concen­trer sur une per­son­na­li­té : Pierre Stau­den­meyer. P Pierre fait par­tie de ces morts qui vous ac­comp pagnent et vous filent la pêche, ceux dont on se s sou­vient avec bon­heur à chaque coup de crayon ou presque. Ce qui m’avait d’abord mar­qué c’était sa fran­chise. A un mo­ment de sa vie pro­fes­sion­nelle, quand on aligne les suc­cès, les gens qui s’adressent à vous ne sont qu’éloges et com­pli­ments. Pierre était le seul à me dire la vé­ri­té ( avec Chan­tal Ha­maide peut- être). Il avait une ma­nière bien à lui pour me faire com­prendre quand mon des­sin n’était pas à la hau­teur avec un to­tal manque de tact au­quel je pris goût et qui me fait en­core rire. Nous avions su créer ce cli­mat de confiance to­tale. Le contexte c’est Jac­que­line Fryd­man. À la suite de ma par­ti­ci­pa­tion à l’ex­po­si­tion Glo­bal Tech­no qu’elle ac­cueillait en 1996, elle m’avait de­man­dé de créer le Pe­tit ca­fé du Pas­sage de Retz qui m’a va­lu tant de pu­bli­ca­tions dans le monde. Pierre avait beau­coup ai­mé ce cock­tail vi­ta­mi­né et nous avons fait trois ex­po­si­tions. Pen­dant ces quinze ans Pierre m’a mon­tré com­ment l’hé­té­ro­gé­néi­té pou­vait être co­hé­rente, il était de­ve­nu mon la­bo­ra­toire, le crash test des pro­jets que je me­nais ailleurs. Au­jourd’hui, de cette pé­riode je me rap­pelle les ba­tailles pour faire réa­li­ser les pro­to­types, les ar­ti­sans nuls ou gé­niaux, toute cette pen­sée so­li­di­fiée dans des moyens tech­niques sou­vent ru­di­men­taires. De­puis que l’ar­chi­tec­ture et l’ur­ba­nisme m’ont hap­pé je conçois des grands im­meubles et des mor­ceaux de ville. Les star­tups que nous ac­cueillons dans ces quar­tiers en mu­ta­tion ar­rivent avec leur projet de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, leurs ate­liers, leurs fablabs et tous ces créa­teurs et ar­ti­sans pour qui l’en­tre­pre­neu­riat est de­ve­nu une réa­li­té grâce à in­ter­net. Alors je re­pense in­évi­ta­ble­ment à ces mor­ceaux de meubles qui ar­ri­vaient à la ga­le­rie, de chez l’ébé­niste et le fer­ron­nier, sous l’oeil du­bi­ta­tif de Pierre qui tra­his­sait à peine son désar­roi avant que l’ob­jet ne prenne forme. In­tra­mu­ros, thir­ty years old. Ma­ny things have made deep im­pres­sions on me du­ring these thir­ty years but I’m going to concen­trate on one par­ti­cu­lar fi­gure: Pierre Stau­den­meyer. Pierre is one of those de­cea­sed who stay with you and who make you feel you can achieve any­thing, one of those we re­mem­ber with joy at eve­ry pen­cil stroke, or al­most. What first struck me about him was his frank­ness. When one is at the high point of one’s pro­fes­sio­nal life, when one is experiencing suc­cess af­ter suc­cess, people who ad­dress you of­ten give you on­ly com­pli­ments and praise. Pierre was the on­ly one to tell me the truth ( along with Chan­tal Ha­maide per­haps). He had a unique way of let­ting me know when a de­si­gn of mine was not up to scratch, with a to­tal lack of tact that I lear­ned to love and that still makes me laugh. We had suc­cee­ded in crea­ting a cli­mate of to­tal confi­dence. The con­text was Jac­que­line Fryd­man. Fol­lo­wing my par­ti­ci­pa­tion in the Glo­bal Tech­no ex­hi­bi­tion that she hos­ted in 1996, she as­ked me to create the Pe­tit ca­fé in the Pas­sage de Retz that won me so ma­ny pu­bli­ca­tions around the world. Pierre had real­ly li­ked that burst of ener­gy and we made th­ree ex­hi­bi­tions. Du­ring those 15 years Pierre sho­wed me how he­te­ro­ge­nei­ty could be co­herent. He be­came my la­bo­ra­to­ry, a crash test for the pro­jects that I was wor­king on in va­rious places. Of this per­iod I re­mem­ber today the struggles to have pro­to­types made, the great or not so great crafts­men, the vast thought pro­cess that ma­te­ria­li­sed in­to so­me­thing tan­gible thanks to the of­ten ru­di­men­ta­ry tech­niques that were avai­lable to us. Since my be­gin­nings in ar­chi­tec­ture and ur­ba­nism I’ve been ima­gi­ning big buil­dings and ur­ban spaces. The star­tups which move in to these neigh­bou­rhoods in the throws of change ar­rive with their bu­si­ness plans, their work­shops, fablabs and all the crea­tive people and crafts­men for whom being an en­tre­pre­neur has be­come a rea­li­ty thanks to the in­ter­net. And inevitably I think back to those bits of fur­ni­ture that used to ar­rive at the gal­le­ry from the ca­bi­net­ma­ker and the iron­mon­ger, un­der the du­bious gaze of Pierre who could ba­re­ly hide his dis­tress un­til the com­ple­ted ob­ject took shape.

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