IN­TRA­MU­ROS FÉ­VRIER 1986 REN­CONTRE AVEC PIERRE PAU­LIN

IN­TRA­MU­ROS, FEBRUARY 1986 IS­SUE AN IN­TER­VIEW WITH PIERRE PAU­LIN

Intramuros - - MAÎTRE - P. P. P. P. P. P. P. P.

des in­com­pé­tents. Dans le de­si­gn aus­si, il y a des in­com­pé­tents. Ce n’est pas le cas de Tal­lon, ni ce­lui de Die­ter Rams, le de­si­gner de Braun qui, comme Charles Eames, crée une poé­sie à la ma­nière de Bach, sim­ple­ment en pas­sant par la tech­nique, sans s’obli­ger à ra­jou­ter un peu d’es­broufe, à gon­fler un peu la ligne pour flat­ter les gens.

Comment êtes- vous de­ve­nu de­si­gner ?

: Je suis un des rares à pou­voir dire que je suis de­si­gner à la deuxième gé­né­ra­tion. J’avais un oncle qui, en 1938, a des­si­né la voi­ture Stream­line pour Bent­ley. Il en a été édi­té une pe­tite sé­rie qui fut dé­truite dans un bom­bar­de­ment à Dun­kerque. Mon oncle fut fu­sillé par les Al­le­mands en fé­vrier 42 après un pro­cès pour es­pion­nage au pro­fit des An­glais. J’ai beau­coup d’ad­mi­ra­tion pour lui.

Quelle a été votre for­ma­tion ? Qui vous a re­mar­qué en pre­mier ?

: J’ai beau­coup tra­vaillé sur des sièges col­lec­tifs, ten­té de créer des sièges convi­viaux. Nous étions quelques- uns à nous in­té­res­ser à des meubles bas, qui si­nuent dans l’es­pace. Je crois avoir des­si­né le pre­mier du genre. Au­jourd’hui, nous sommes en pleine ré­gres­sion. On des­sine des sièges hauts, étroits, in­con­for­tables, pas né­ces­sai­re­ment comme des ob­jets d’art, des ob­jets sur­réa­listes, des “ob­jets pour rien”, qui nient la fonc­tion. La plu­part des gens ne sau­raient pas créer un ob­jet en rap­port avec le mar­ché. Ils font des sièges qui piquent les fesses, dé­chirent les pan­ta­lons. Il y a une vio­lence in­ouïe dans notre époque et les créa­teurs hurlent pour qu’on les re­marque. Ils veulent se vendre sur le fo­rum. Moi, je cher­chais à vendre mes pro­duits. Le pre­mier siège que j’ai des­si­né est main­te­nant dans la col­lec­tion du Mu­sée des Arts dé­co­ra­tifs. Il date de 1954.

Ce­la fait donc si­gnées Pau­lin. plus de trente ans de créa­tions

: Plus de trente ans de vie pro­fes­sion­nelle. Quel­qu’un avec qui j’avais eu un conflit m’a écrit ré­cem­ment que j’étais une di­va dé­chue. L’au­teur de cette lettre gra­vite au­tour des Af­faires cultu­relles. Pour moi, fussent- ils so­cia­listes ou de droite, ces gens pro­fitent de nous, nous uti­lisent. Sur quoi viennent- ils lé­gi­fé­rer ? Qu’ils nous laissent tra­vailler et qu’ils gagnent leur vie au­tre­ment que sur notre dos. On n’a be­soin d’ai­der per­sonne. Je n’ai pas eu be­soin du VIA. Les créa­teurs qui doivent sur­vivre sur­vivent. Tout le monde ferme sa gueule parce que les uns ou les autres ont re­çu un peu d’ar­gent, de- ci de- là. Mais à quel prix tout ce­la ! Ces pro­jets, ces or­ga­ni­sa­tions, ces con­cours ! Et qui en pro­fite ? Les bons sculp­teurs, peintres, ar­chi­tectes, de­si­gners n’en ont pas be­soin. Que le pou­voir leur rende hom­mage en choi­sis­sant cer­tains d’entre eux, très bien ! Mais je trouve scan­da­leux de se per­mettre d’or­ga­ni­ser des con­cours. Lorsque j’ai évo­qué ces pro­blèmes au cours d’une dis­cus­sion pu­blique au Sa­lon des Ar­tistes Dé­co­ra­teurs ( SAD), cer­tains confrères m’ont qua­li­fié de traître.

Comment ana­ly­sez- vous l’évo­lu­tion ré­cente dans la créa­tion du mo­bi­lier ?

: Deux ar­chi­tectes amé­ri­cains ont, pour s’amu­ser, car­ton­né, au sens dé­cou­page, un néo- style, un style néo- tra­di­tio­na­liste. Et, de l’autre cô­té de l’At­lan­tique, ils ont re­çu une ré­ponse in­croyable. Et­tore Sott­sass a pris au sé­rieux

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