Le sur­en­det­te­ment pu­blic en Eu­rope Causes et so­lu­tions (nou­veau cadre ju­ri­dique eu­ro­péen)

Investir en Europe - - Sommaire - Par Jeanne Ri­va, au­teur de Eu­rope à géo­mé­trie va­riable, L’Har­mat­tan, Pa­ris, 2013.

Au deuxième tri­mestre 2013, la dette pu­blique moyenne de l’Union eu­ro­péenne (UE) des 28 est de 86,8% du PIB et celle de la zone Eu­ro des 17 de 93,4% du PIB(1). Les pays de l’UE qui ne sont pas dans la zone Eu­ro, ex­cep­té pour le Royaume-Uni et la Hon­grie, ne connaissent de sur­en­det­te­ment pu­blic (dette pu­blique in­fé­rieure à 60% du PIB).

La si­tua­tion s’ag­grave ain­si chaque tri­mestre pour les pays de la zone Eu­ro, ex­cep­té pour l’Al­le­magne et l’Au­triche qui ont connu un re­cul de leur dette pu­blique entre 2012 et 2013. Au sein de la zone Eu­ro, seuls quatre pays sur les dix-sept res­pectent le cri­tère de dette pu­blique in­fé­rieure à 60% du PIB (l’Es­to­nie, le Grand-Du­ché du Luxem­bourg, la Fin­lande et la Slo­va­quie) confor­mé­ment au trai­té de Maas­tricht et au Pacte de sta­bi­li­té et de crois­sance. La Grèce 171,8% d’en­det­te­ment pu­blic), le Por­tu­gal (128%) et l’Ir­lande (124,8%) ont du bé­né­fi­cier d’une aide (FMI et UE).

Cause prin­ci­pale de la dette pu­blique : les bud­gets pu­blics en dé­fi­cit de­puis long­temps

De nom­breux pays ac­tuel­le­ment sur­en­det­tés n’ont pas res­pec­té la règle de l’équi­libre bud­gé­taire qui consiste à vo­ter un bud­get équi­li­bré pour le­quel les dé­penses n’ex­cèdent pas les re­cettes, hors dé­penses d’in­ves­tis­se­ment. L’en­semble des pays membres de l’Union eu­ro­péenne a mis en place un sys­tème de pro­tec­tion so­ciale gé­né­reux. Tou­te­fois, après la pé­riode de crois­sance et d’em­ploi des Trente glo­rieuses, l’Eu­rope connait un ra­len­tis­se­ment éco­no­mique im­por­tant cor­ré­lé à un vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion qui dé­croît la de­mande in­té­rieure (la consom­ma­tion), ac­cen­tue les dé­penses so­ciales (san­té, re­traites, chô­mage) et di­mi­nue les re­cettes fis­cales et so­ciales. Les ré­formes mises en place pour com­pen­ser cette évo­lu­tion éco­no­mique et so­ciale ne sont pas suf­fi­santes. A ces évo­lu­tions, il faut ajou­ter l’im­pact des in­no­va­tions (hausse de la sub­sti­tu­tion du travail par le ca­pi­tal, les ma­chines rem­placent plus d’hommes qu’elles ne créent d’em­plois) et de la concur­rence des pays émer­gents (hausse des dé­lo­ca­li­sa­tions vers des sites de pro­duc­tion où le coût du travail est in­fé­rieur et où la hausse du pou­voir d’achat de la po­pu­la­tion aug­mente en même temps que les be­soins à sa­tis­faire).

De­puis 1975, la France connait des dé­fi­cits pu­blics an­nuels ré­pé­tés(2). Con­trai­re­ment aux trente an­nées qui pré­cèdent 1975, les trente an­nées qui suivent (de 1975 à 2005) connaissent un taux de crois­sance en moyenne de 2,3% du PIB (contre 5,6% du PIB du­rant les Trente glo­rieuses). Tou­te­fois, la crois­sance des dé­penses pu­bliques n’a pas été suf­fi­sam­ment frei­née pour com­pen­ser la dé­crois­sance des re­cettes fis­cales et so­ciales. Et la crise fi­nan­cière de 2008 sui­vie de la crise éco­no­mique de 2009 a en­core in­flé­chi le taux de crois­sance qui n’at­teint pas les 1% du PIB en moyenne en France jus­qu’à ce jour.

Causes ag­gra­vantes de la dette pu­blique : la crise, les modes de fi­nan­ce­ment de la dette, l’éva­sion fis­cale

La crise éco­no­mique ac­cen­tue les dé­fi­cits pu­blics !

La ré­ces­sion éco­no­mique ou une faible hausse de la crois­sance (moins de 1% du PIB) a pour ef­fet de di­mi­nuer les re­cettes fis­cales et so­ciales tan­dis que les dé­penses pu­bliques sont en aug­men­ta­tion (hausse des al­lo­ca­tions chô­mage, des mises en dé­faut de paie­ment et ain­si fra­gi­li­sa­tion du sys­tème ban­caire, par exemple). (1)Eu­ro­stat «Eu­ro­zone gov’t debt off highs, still far above li­mite, 22/01/2014. (2)IN­SEE comptes na­tio­naux, «L’éco­no­mie fran­çaise: rup­tures et conti­nui­tés de­puis 1959 à 2006».

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