Les coûts du cloud sous ten­sion

Si l’en­goue­ment pour le cloud ne fait pas dé­bat, la réa­li­té des éco­no­mies qu’il est cen­sé ap­por­ter com­mence à po­ser ques­tions. Une avan­cée, tou­te­fois : les coûts di­rects com­mencent à être mieux iden­ti­fiés.

IT for Business - - SOMMAIRE - PA­TRICK BRÉBION

Si le cloud pré­sente nombre d’avan­tages in­dé­niables, la pro­messe des éco­no­mies qu’il était cen­sé per­mettre est loin d’être te­nue. Plu­sieurs études pa­rues cette an­née, comme celle du ca­bi­net amé­ri­cain 451 Re­search, le sou­lignent. Di­ri­geant de la fi­liale fran­çaise de l’édi­teur Snow, Hervé Le Fell ren­ché­rit : « fi­nan­ciè­re­ment, après quelques an­nées, le cloud a ten­dance à aug­men­ter la note plus qu’à la bais­ser » . Un constat lié à l’ac­ti­vi­té de cet édi­teur qui pro­pose une so­lu­tion dé­diée à la ges­tion des ac­tifs lo­gi­ciels, « cloud in­clus, pré­cise-t-il. Nous avons des connec­teurs avec Sa­les­force, Ama­zon ou en­core Mi­cro­soft qui em­barquent des fonc­tion­na­li­tés d’ana­lyse fine (uti­li­sa­tion des VM, etc.) pour connaître pré­ci­sé­ment l’uti­li­sa­tion de chaque ser­vice par chaque uti­li­sa­teur ». Même bi­lan glo­bal du cô­té des grands comptes. Dans un rap­port pa­ru en juin por­tant sur les re­la­tions avec les four­nis­seurs, le Ci­gref sou­ligne que « avec l’ir­rup­tion des tech­no­lo­gies, dont le cloud, qui bous­culent les mo­dèles de ré­mu­né­ra­tion des grands four­nis­seurs et éditeurs de lo­gi­ciels, la re­la­tion avec ces grands éditeurs s’est consi­dé­ra­ble­ment dé­té­rio­rée de­puis quelques an­nées » .

Les rai­sons de ce « dé­ra­page » tiennent no­tam­ment à la com­plexi­té de la ta­ri­fi­ca­tion ins­ti­tuée par cer­tains éditeurs, mais aus­si à l’ab­sence ou, a mi­ni­ma, à la fai­blesse, du di­men­sion­ne­ment des be­soins par les en­tre­prises. Consé­quence, les offres contrac­tées sont souvent sur­di­men­sion­nées. Un constat por­tant au­tant sur des ser­vices de Iaas, en termes de mé­moire, de sto­ckage…, que sur du Saas. « Dans les grandes en­tre­prises, des mil­liers de li­cences MS 365 E5 pour­raient, par exemple, dans cer­tains cas, être rem­pla­cées par des E3 » , illustre Hervé Le Fell. Fac­teur ag­gra­vant, la ten­dance de fond des mé­tiers à contrac­ter di­rec­te­ment des so­lu­tions Saas com­plique la phase amont d’ana­lyse des be­soins. Se­lon une étude D’IDG réa­li­sée pour Snow, un quart des DSI in­ter­ro­gés es­timent qu’au moins la moi­tié des dé­penses tech­no­lo­giques de leur en­tre­prise sont contrô­lées par les mé­tiers et non par eux. Les en­tre­prises ne sont pas toutes sur­prises. Se­lon IDC, plus de la moi­tié des so­cié­tés fran­çaises s’at­tendent à payer plus avec le cloud qu’avec le « on pre­mise ». Et une par­tie a com­men­cé à ré­agir avec la créa­tion de postes de Fi­nops. Reste que, comme le Soft­ware As­set Ma­na­ger, ce poste ne peut avoir un réel ef­fet que si sa po­si­tion dans l’or­ga­ni­gramme lui per­met de faire en­tendre sa voix. Cô­té Ci­gref, des groupes de tra­vail, no­tam­ment avec Ama­zon et Google, tra­vaillent dé­jà ou sont pré­vus sur ces su­jets.

Si la maî­trise des coûts di­rects de­vrait émer­ger, la ques­tion des coûts in­di­rects reste plus sen­sible. Il s’agit d’abord de ceux liés à la sé­cu­ri­té des don­nées hé­ber­gées dans le cloud. Quelles que soient les clauses en­ga­geant la res­pon­sa­bi­li­té d’un four­nis­seur, le vol mas­sif de don­nées, per­son­nelles no­tam­ment, peut avoir des consé­quences exor­bi­tantes sur l’image d’une so­cié­té. Autre point sen­sible, la ré­ver­si­bi­li­té, in­dis­pen­sable pour chan­ger de four­nis­seur, ne re­pose pas, à ce jour, sur des stan­dards éta­blis. Maî­trise des coûts oblige, toutes les par­ties de­vraient ar­ri­ver à s’en­tendre.

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