Et si on chan­geait D’ERP ?

IT for Business - - SOMMAIRE - FRAN­ÇOIS JEANNE

Le parc vieillis­sant des ERP, ins­tal­lés de­puis par­fois plus de 15 ans, est en ébul­li­tion. Les nou­velles at­tentes – er­go­no­mie, col­la­bo­ra­tion – des uti­li­sa­teurs, les atouts sur­ex­po­sés des offres en mode Saas, les be­soins d’agi­li­té des or­ga­ni­sa­tions : tout converge pour lan­cer un pro­jet de re­nou­vel­le­ment.

Le mar­ché de L’ERP vit au­jourd’hui une ac­cé­lé­ra­tion du rythme des nou­veaux pro­jets. Se­lon le ba­ro­mètre ERP Sur­vey du CXP de 2017, plus de la moi­tié des en­tre­prises pré­voyaient « cer­tai­ne­ment » ou « pro­ba­ble­ment » une évo­lu­tion de leur installation dans les 12 pro­chains mois. Des évo­lu­tions qui concernent, dans 57% des cas, une nou­velle ver­sion de L’ERP, soit dans la conti­nui­té de l’installation exis­tante, soit dans le cadre d’un chan­ge­ment de pro­gi­ciel.

Pour au­tant, la base ins­tal­lée n’a pas vrai­ment en­core ra­jeu­ni : 52% des ins­tal­la­tions datent de plus de 8 ans, un chiffre qua­si­ment stable de­puis 4 ans (il était de 56% au lan­ce­ment du ba­ro­mètre en 2014). En re­vanche, la pro­por­tion des très vieilles ins­tal­la­tions (plus de 17 ans) a chu­té de 29 à 17% pen­dant cette même pé­riode.

Le ta­bou de L’ERP en mode Saas tombe pro­gres­si­ve­ment

L’émer­gence des so­lu­tions Saas, por­tées au­jourd’hui par l’en­semble des prin­ci­paux éditeurs – dont cer­tains, comme SAP, n’hé­sitent d’ailleurs pas à dé­jà da­ter la fin du sup­port de leurs ver­sions on-pre­mise afin d’ac­cé­lé­rer la mi­gra­tion de leur base ins­tal­lée – semble bien jouer au­jourd’hui un rôle d’ac­cé­lé­ra­teur dé­ci­sif. C’est ain­si qu’en seule­ment deux ans, les ins­tal­la­tions dans le cloud sont pas­sées de 14% (2015) à 19% (2017), tan­dis que seule­ment moins de 20% des DSI, des DAF, des DG et des di­rec­tions mé­tiers in­ter­ro­gées par le CXP, se dé­clarent en­core for­mel­le­ment op­po­sées à un pas­sage en mode Saas pour leur ERP.

« En fait, il y a de mul­tiples rai­sons conver­gentes pour ex­pli­quer la bas­cule ac­tuelle », ré­sume Pa­trick Ra­ha­li, di­rec­teur et chef de mar­ché au CXP. D’abord, les ver­sions an­té­rieures des ERP se sont stra­ti­fiées, épui­sant les équipes char­gées de leur MCO et des mises en place de nou­velles ver­sions qui n’ap­portent pas les nou­veau­tés fonc­tion­nelles et er­go­no­miques at­ten­dues par les uti­li­sa­teurs. « Il y aus­si le be­soin, alors que la trans­for­ma­tion numérique est à l’oeuvre et que les or­ga­ni­sa­tions ont be­soin de pou­voir évo­luer ra­pi­de­ment en fonc­tion de la concur­rence, des op­por­tu­ni­tés et des évé­ne­ments, de dis­po­ser d’un socle qui sup­porte cette agi­li­té plu­tôt que de l’en­tra­ver ».

La pro­messe de l’agi­li­té en­fin te­nue ?

Mais n’était-ce pas dé­jà la pro­messe des éditeurs au mo­ment de la pre­mière gé­né­ra­tion D’ERP ? « Si, re­con­naît Jean-luc Meu­nier, di­rec­teur com­mer­cial France d’in­for. Mais elle n’a pas été te­nue. Les in­té­gra­teurs n’avaient au­cun in­té­rêt à s’op­po­ser à des uti­li­sa­teurs qui ré­cla­maient des adap­ta­tions spé­ci­fiques. Mais avec les offres en mode Saas d’au­jourd’hui, la puis­sance de pa­ra­mé­trage de nos suites lo­gi­cielles est telle que ce be­soin de spé­ci­fiques dis­pa­raît ».

Il faut re­con­naître que, sur le pa­pier, la ma­riée est très belle. Moins de spé­ci­fiques à dé­ve­lop­per ; des ar­chi­tec­tures à base de ser­vices qui per­mettent de bran­cher ai­sé­ment des ap­pli­ca­tions mé­tiers sur le noyau dur de L’ERP ; sa base de don­nées et ses ré­fé­ren­tiels pi­vots ; des fa­ci­li­tés aus­si bien pour dé­ployer que pour dé­bran­cher des postes, par exemple lors d’une ré­or­ga­ni­sa­tion... Il ne fau­drait donc pas s’éton­ner de l’en­thou­siasme des clients, aus­si bien dans des DSI sou­la­gées de ne pas de­voir re­vivre le cau­che­mar d’une im­plan­ta­tion on-pre­mise, qu’au­près des di­rec­tions gé­né­rales et mé­tiers sur­tout sou­cieuses de dis­po­ser ra­pi­de­ment d’une so­lu­tion opé­ra­tion­nelle, dont les éven­tuels sur­coûts, même pas­sés en OPEX, se­ront com­pen­sés par des gains de com­pé­ti­ti­vi­té plus ra­pides.

De plus en plus de ver­sions pen­sées pour le cloud

Ce ne sont pas les éditeurs qui les contre­di­ront, eux qui ont in­ves­ti en masse dans le Saas. « Ce­la fait huit ans que nous y tra­vaillons et trois ans que notre so­lu­tion Oracle ERP Cloud est prête », ex­plique par exemple

Guillaume Ro­cher, di­rec­teur des ventes ERP d’oracle. Chez Work­day, c’est en­core plus simple puisque les so­lu­tions RH et Fi­nances sont na­ti­ve­ment pen­sées pour le cloud. Très pré­sent au­près des PME et des ETI, et souvent au­près de celles qui sont fi­liales de grands groupes, Sage a de son cô­té un dis­cours plus oe­cu­mé­nique. « Nous ne don­nons pas la prio­ri­té à telle ou telle confi­gu­ra­tion, ex­plique Isa­belle Saint-mar­tin, chef de mar­ché ERP. Mais nous avons des ré­ponses tech­niques com­plètes [Bu­si­ness Cloud En­ter­prise Ma­na­ge­ment en mode Saas, en plus des ver­sions on-pre­mise, NDLR] et de con­seil aus­si bien pour les en­tre­prises qui veulent tra­vailler uni­que­ment avec notre ERP que pour celles qui sou­haitent le com­bi­ner avec une autre so­lu­tion, par exemple D’EPM, au ni­veau d’un siège de groupe ».

Un vrai pro­jet d’en­tre­prise plus que de DSI

On au­rait presque honte de le rap­pe­ler, mais il reste néan­moins à convaincre les en­tre­prises de chan­ger D’ERP… Et ce n’est pas si na­tu­rel que ce­la, sur­tout pour celles qui ont dé­jà souf­fert lors de l’installation d’une pre­mière so­lu­tion. « Ce sont souvent les nou­velles di­rec­tions gé­né­rales, ou de nou­veaux res­pon­sables mé­tiers, qui sont à l’ini­tia­tive du pro­jet », constate Jean Ma­naud, pré­sident et fon­da­teur d’everbe, un ca­bi­net de con­seil qui ac­com­pagne les clients de Work­day. Par­mi les autres ca­ta­ly­seurs fi­gurent des pro­jets de dé­ve­lop­pe­ment ou de ré­or­ga­ni­sa-

tion d’en­tre­prises qui ont vrai­ment be­soin d’un socle com­mun et d’une sou­plesse nou­velle dans l’uti­li­sa­tion des fonc­tions les plus ré­ga­liennes (comp­ta­bi­li­té gé­né­rale, re­cru­te­ment...)

La DSI n’est évi­dem­ment pas ab­sente des dé­bats, mais ce n’est plus elle qui fixe for­cé­ment le cadre. Les contraintes de temps, de bud­get ou les prio­ri­tés fonc­tion­nelles – y com­pris avec des qua­li­tés er­go­no­miques et col­la­bo­ra­tives – sont po­sées par les clients.

Mi­gra­tion de don­nées au pro­gramme

Le de­gré d’ac­cep­ta­tion par l’uti­li­sa­teur fi­nal de­vient un tel en­jeu que son im­pli­ca­tion dans les phases de concep­tion des « core-mo­dels » s’élar­git, grâce à des ate­liers pi­lo­tés par l’équipe pro­jet et qui placent les pro­blé­ma­tiques tech­niques et fonc­tion­nelles –y com­pris er­go­no­miques – sur un pied d’éga­li­té.

Pour la DSI, « chan­ger D’ERP peut être re­gar­dé comme un pro­jet de mi­gra­tion comme un autre. Il faut dé­fi­nir la cible, confi­gu­rer l’ap­pli­ca­tion, mi­grer les don­nées. Ce­la va d’au­tant plus vite que les don­nées sont propres », constate Sa­bine Hagège, di­rec­trice pro­duit EMEA chez Work­day. Une sim­pli­ci­té de bon aloi après les er­re­ments des pre­mières gé­né­ra­tions de pro­jets ? Mé­fiance tout de même. Certes, Jean Ma­naud d’everbe an­nonce que « les spé­ci­fiques dis­pa­raissent com­plè­te­ment en mode Saas, même si les per­son­na­li­sa­tions de confi­gu­ra­tion res­tent et sont dé­pen­dantes des ca­pa­ci­tés en la ma­tière of­fertes par les éditeurs. Cer­tains éditeurs ouvrent leur pla­te­forme pour per­mettre la créa­tion d’ap­pli­ca­tions, sur le même prin­cipe que pour les smart­phones. Il n’y a donc plus de spé­ci­fiques de com­plai­sance ». Mais de son cô­té, Da­vid Ga­con, di­rec­teur en charge du di­gi­tal RH et de la trans­for­ma­tion des or­ga­ni­sa­tions au Club Med, pré­vient : « même avec une forte vo­lon­té de sim­pli­fier nos pra­tiques, la réa­li­té n’est ja­mais si rose. Il reste des règles de ges­tion si com­plexes qu’elles ré­sistent à la stan­dar­di­sa­tion. Il faut alors faire ap­pel à des ex­perts et ils ne sont pas si nom­breux ».

Des re­la­tions avec les in­té­gra­teurs qui changent

Ces ap­puis ex­té­rieurs des in­té­gra­teurs et autres ca­bi­nets de con­seil, ont mar­qué les pro­jets de la pre­mière vague des ERP… et les ont fait dé­ra­per sur le plan bud­gé­taire. « Nor­mal, as­sène Pa­trick Ra­ha­li, ces ac­teurs n’étaient pas en­core ma­tures sur le su­jet. Le ra­tio a donc pu s’éle­ver jus­qu’à 2 eu­ros ga­gnés par l’in­té­gra­teur contre 1 pour l’édi­teur. Au­jourd’hui, sur les 3 eu­ros du to­tal, ce der­nier s’en ré­serve 2,5 ». Sa­bine Hagège pré­fère le dire en termes plus di­plo­ma­tiques, mais c’est bien la nou­velle réa­li­té qui se des­sine : « Grâce aux mé­tho­do­lo­gies ité­ra­tives et agiles, ain­si qu’aux pos­si­bi­li­tés de pa­ra­mé­trage, les pro­jets sont plus courts et ce­la peut avoir un im­pact sur la part des pro­jets prise en charge par les so­cié­tés de ser­vice ».

Pour la DSI, dé­jà bous­cu­lée par la place en­va­his­sante des autres ac­teurs de l’en­tre­prise sur le pro­jet ERP, c’est un autre bou­le­ver­se­ment : ses in­ter­lo­cu­teurs ha­bi­tuels ne sont plus les bien­ve­nus. « Elle a aus­si des

res­sources in­ternes for­mées, un his­to­rique mé­tho­do­lo­gique, ra­joute Jean-luc Meu­nier. Or il va lui fal­loir de nou­velles com­pé­tences, gé­rer d’autres re­la­tions et d’autres ty­po­lo­gies d’in­ter­lo­cu­teurs ».

Sé­cu­ri­té, bud­get et après-erp

Faut-il y voir une ré­duc­tion iné­luc­table de la zone d’in­fluence de la DSI sur le pé­ri­mètre ERP ? À voir. Il lui reste tout de même la va­li­da­tion des choix d’ar­chi­tec­tures – en mode Saas pur ou hé­ber­gé -, mais aus­si la vé­ri­fi­ca­tion des cri­tères de sé­cu­ri­té pour les don­nées. Sans comp­ter la sur­veillance des bud­gets, car les avis di­vergent au­jourd’hui entre ceux qui, comme chez Orange lors de sa bas­cule vers une ver­sion Saas d’oracle, constatent une di­mi­nu­tion de moi­tié de leurs dé­penses et ceux qui alertent sur le fait qu’on ne com­pare pas les mêmes cou­ver­tures fonc­tion­nelles, ni le même nombre d’uti­li­sa­teurs réels.

À moyen terme, d’autres dé­bats pour­raient ve­nir re­battre les cartes et re­don­ner à la DSI un rôle plus cen­tral. Car l’évo­lu­tion des ERP vers le cloud ne va pas sans risque pour les éditeurs : « il y a un mou­ve­ment sous­ja­cent vers le best of breed, ana­lyse Pa­trick Ra­ha­li. Au fond, L’ERP idéal se­rait l’as­sem­blage des meilleurs pro­cess et la com­mu­ni­ca­tion entre eux au­tour d’un socle tech­nique com­mun ». Les éditeurs ont bien com­pris le dan­ger, et ra­chètent à tour de bras les nou­veaux en­trants qui s’at­taquent à leurs plates-bandes via le cloud. Ils se sont fait sur­prendre, une fois, par Sa­les­force, qui a rui­né des an­nées d’in­ves­tis­se­ment sur leur CRM on-pre­mise. Dé­sor­mais, ils an­ti­cipent, à l’ins­tar de SAP lors­qu’il ac­quiert Suc­cess Fac­tor dans la sphère RH.

De toute fa­çon, il y a une in­jonc­tion contraire à ré­soudre : comment s’ap­puyer sur une so­lu­tion tel­le­ment stan­dar­di­sée qu’il n’y a plus qu’à la pa­ra­mé­trer, et en même temps, col­ler au plus près aux be­soins spé­ci­fiques de l’en­tre­prise. Ac­tuel­le­ment, la ré­ponse consiste plus souvent à nier ou à éli­mi­ner le spé­ci­fique. Mais un fonc­tion­ne­ment à ce point stan­dar­di­sé est-il com­pa­tible, à long terme, avec les ob­jec­tifs de dif­fé­ren­cia­tion d’une en­tre­prise sur son mar­ché ? En se po­sant cette ques­tion par avance, la DSI de­vrait ra­pi­de­ment s’en po­ser une autre : comment, le jour où nous vou­drons al­ler vers une ar­chi­tec­ture lo­gi­cielle plus mé­tis­sée, se dé­rou­le­ra ma sor­tie du « tout-erp avec un seul four­nis­seur » ? Au­tre­ment dit, pour réus­sir son pro­jet de mi­gra­tion D’ERP au­jourd’hui, il vau­drait mieux pen­ser dé­jà… à la pro­chaine !

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