Le Port d’an­vers na­vigue à L’IA

IT for Business - - SOMMAIRE - MA­RIE VA­RAN­DAT

Pour ga­gner en ef­fi­ca­ci­té opé­ra­tion­nelle et op­ti­mi­ser la sé­cu­ri­té des na­vires, le Port d’an­vers vient d’in­ven­ter un ba­teau ro­bot au­to­nome qui prend ses dé­ci­sions de na­vi­ga­tion tout seul.

Aprio­ri, il ne paie pas de mine ce zo­diac avec sa boîte noire sur le « pont ». Mais ce na­vire de son­dage est un vé­ri­table concen­tré de tech­no­lo­gie que le port d’an­vers vient de mettre au point en col­la­bo­ra­tion avec do­to­cean, un pres­ta­taire bru­geois spé­cia­li­sé dans les so­lu­tions de na­vi­ga­tion ma­ri­time. Com­plè­te­ment au­to­ma­ti­sé, il est pi­lo­té par une so­lu­tion lo­gi­cielle exé­cu­tée dans le cloud.

Pla­te­forme ma­ri­time belge si­tuée dans l’es­tuaire de l’es­caut don­nant sur la mer du Nord, le port d’an­vers est l’un des plus grands ports mon­diaux. Clas­sé se­cond der­rière ce­lui de Rot­ter­dam au ni­veau eu­ro­péen, il se dis­tingue aus­si par sa po­si­tion géo­gra­phique unique. Il est en ef­fet si­tué à 80 ki­lo­mètres à l’in­té­rieur des terres. Pour au­tant, il peut re­ce­voir les plus grands na­vires au monde qui na­viguent presque jus­qu’au centre de la ville. Loin de la mer, mais près des des­ti­na­tions, An­vers dis­pose en ef­fet d’un port en eau pro­fonde. Pour au­tant, et comme dans tous les ports, cette pro­fon­deur évo­lue en fonc­tion des ma­rées et autres mou­ve­ments de sable. C’est pour­quoi les équipes por­tuaires réa­lisent des me­sures ré­gu­lières de la pro­fon­deur de l’eau aux postes d’amar­rage et à tous les autres points sen­sibles pour as­su­rer la sé­cu­ri­té des voies de pas­sage et du mouillage des na­vires, mais aus­si pour pla­ni­fier les tra­vaux de dra­gage d’en­tre­tien. « Le port d’an­vers concentre une très grande ac­ti­vi­té et nous nous dé­me­nons en per­ma­nence pour op­ti­mi­ser le tra­fic et gé­rer la place sur les quais. Ces me­sures de pro­fon­deur sont es­sen­tielles pour prendre les bonnes dé­ci­sions, sans comp­ter qu’elles in­ter­viennent aus­si sur la sé­cu­ri­té des ba­teaux et du port en gé­né­ral » , pré­cise Wim De­fe­vere, di­rec­teur tech­nique se­nior en charge des ac­cès ma­ri­times au­près des au­to­ri­tés por­tuaires. Il y a en­core quelques mois, ces me­sures étaient ef­fec­tuées par le na­vire Echo, pi­lo­té par des hu­mains. Com­plè­te­ment au­to­nome, le nou­veau pro­to­type, bap­ti­sé Echo­drone, ne re­quiert au­cun per­son­nel à bord. Sorte de ro­bot, il na­vigue en fonc­tion d’une carte « in­tel­li­gente ».

Pour réa­li­ser cette pe­tite prouesse, le Port d’an­vers et do­to­cean col­lectent les don­nées en pro­ve­nance des sys­tèmes AIS (Au­to­ma­tic Iden­ti­fi­ca­tion Sys­tem) qui équipent tous les ba­teaux et trans­mettent en temps réel via les ca­naux ma­ri­times (VHF) leur po­si­tion, cap, na­ture du na­vire, lon­gueur et des­ti­na­tion. Ces in­for­ma­tions, qui per­mettent à chaque na­vire de re­pé­rer les ba­teaux dans son sec­teur et de com­prendre leurs mou­ve­ments, sont com­bi­nées à des don­nées pro­ve­nant de ra­dars, ca­mé­ras et, à terme, de tous les ob­jets connec­tés en­vi­ron­nants. Trans­mises en temps réel, les in­for­ma­tions sont im­mé­dia­te­ment ana­ly­sées à l’aide d’al­go­rithmes d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et vont ali­men­ter la carte sur la­quelle Echo­drone se base pour prendre ses dé­ci­sions de na­vi­ga­tion. Par­ta­gée, cette carte est éga­le­ment uti­li­sée par les équipes du port d’an­vers pour dé­fi­nir les cibles, c’est-à-dire les zones à son­der. Très dis­cret sur la na­ture des al­go­rithmes uti­li­sés, Koen Geir­naert, co­fon­da­teur de Do­to­cean, in­siste sur l’ori­gi­na­li­té de cette tech­no­lo­gie : « il existe deux ap­proches dans le do­maine du ba­teau au­to­ma­ti­sé : ré­ac­tive et proac­tive, en quelque sorte. Les na­vires au­to­ma­ti­sés ac­tuels sont bar­dés de cap­teurs qui ré­agissent en fonc­tion de ce qu’ils “voient”. Dans notre ap­proche, le ba­teau prend les meilleures dé­ci­sions en fonc­tion des ana­lyses ef­fec­tuées dans le cloud et des ré­sul­tats re­trans­mis sur sa carte de na­vi­ga­tion. Ce qui ex­plique pour­quoi Echo­drone est le pre­mier d’une gé­né­ra­tion de ro­bots en­tiè­re­ment nou­velle » .

Plus pe­tit et plus lé­ger qu’echo, no­tam­ment parce qu’il n’a pas be­soin d’em­bar­quer une équipe d’hu­mains, Echo­drone peut aus­si al­ler dans les en­droits in­ac­ces­sibles à son grand frère. « Après une im­por­tante phase de tests, Echo­drone a re­joint Echo, pour me­su­rer la pro­fon­deur de l’eau des postes d’amar­rage dis­po­nibles, au ni­veau des bas­sins les plus ac­tifs où s’opère la ma­nu­ten­tion des conte­neurs. Là aus­si, sa pe­tite taille consti­tue un atout du point de vue tra­fic. De plus, avec un ba­teau qui n’em­barque pas d’hu­mains, nous ne sommes plus res­treints sur les ho­raires : nous al­lons pou­voir faire plus de me­sures et amé­lio­rer notre ef­fi­ca­ci­té opé­ra­tion­nelle. D’au­tant qu’il se­ra pro­chai­ne­ment pos­sible de réa­li­ser d’autres types de me­sures qu’il s’agisse de re­le­vés en­vi­ron­ne­men­taux, ou de pro­cé­der à l’ins­pec­tion des murs des quais. Cette tech­no­lo­gie consti­tue pour nous une in­dé­niable avan­cée dans notre quête de so­lu­tions in­tel­li­gentes pour le port du fu­tur » , conclut Wim De­fe­vere.

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