Uto­cat conver­tit le monde de la fi­nance à la Blo­ck­chain

IT for Business - - SOMMAIRE - STÉ­PHANE MORACCHINI

Avec ses so­lu­tions Blo­ck­chai­niz et Ca­ta­lizr, la start-up lil­loise fa­ci­lite les usages mé­tier de la tech­no­lo­gie Blo­ck­chain dans la banque et l’as­su­rance. Grâce à la se­conde, elle pour­rait même de­ve­nir le ges­tion­naire eu­ro­péen de titres non co­tés. C’est son am­bi­tion.

Chypre, 2013. Le plan de sau­ve­tage pour ré­soudre la crise fi­nan­cière qui se­coue ce membre de la zone eu­ro im­pose la taxa­tion des comptes ban­caires. Le cours du bit­coin, lui, s’en­vole. Les épar­gnants de l’île se ruent cher­cher re­fuge dans la mon­naie vir­tuelle. Pour Clé­ment Fran­comme, c’est le dé­clic. Il quitte son poste de di­rec­teur in­for­ma­tique chez Mor­pho (groupe Sa­fran) au Royaume-uni et fonde Uto­cat. « Ma convic­tion était que la tech­no­lo­gie Blo­ck­chain était aus­si im­por­tante que l’ap­pa­ri­tion d’in­ter­net », ex­plique-t-il. Son am­bi­tion ? Qu’elle bé­né­fi­cie au plus grand nombre comme moyen de paie­ment sé­cu­ri­sé.

Mais la piste n’est pas bonne. La forte vo­la­ti­li­té du bit­coin ef­fraie le grand pu­blic, par ailleurs dé­jà bien pro­té­gé par le code de la consom­ma­tion. En 2015, la start-up change donc de di­rec­tion, pour ci­bler un ter­rain où la ré­gle­men­ta­tion des échanges est moins contrai­gnante, ce­lui des en­tre­prises. Un do­maine où la Blo­ck­chain peut ré­pondre au be­soin de confiance en ap­por­tant la sé­cu­ri­sa­tion des échanges et des re­la­tions contrac­tuelles.

Reste à sa­voir la mettre en oeuvre... C’est ce que veut fa­ci­li­ter Uto­cat, en jouant le rôle de four­nis­seur d’ac­cès à la Blo­ck­chain, à l’image des opé­ra­teurs té­lé­coms avec In­ter­net. Sa cible : les groupes fi­nan­ciers et as­su­ran­tiels. « Ce sec­teur est ce­lui qui bé­né­fi­cie­ra le plus ra­pi­de­ment de la tech­no­lo­gie Blo­ck­chain », pense l’en­tre­pre­neur. L’idée fait mouche. Axa et BNP sont em­bal­lés. Et à leur suite, les in­ves­tis­seurs. En 2016, Uto­cat lève 500000 eu­ros pour conso­li­der sa pla­te­forme, Blo­ck­chai­niz. Sans avoir à com­prendre la Blo­ck­chain, elle per­met d’opé­rer di­rec­te­ment Bit­coin ou Ethe­reum. C’est sur elle que s’ap­puie Axa, par exemple, pour conce­voir Fiz­zy, une as­su­rance in­no­vante cou­vrant les re­tards d’avions. Connec­té aux bases de don­nées du tra­fic aé­rien mon­dial, un « smart contract » dé­clenche le rè­gle­ment d’une in­dem­ni­té à l’as­su­ré si­tôt qu’un re­tard de son vol de plus de deux heures est dé­tec­té.

À la fa­veur des pre­miers pro­jets me­nés avec les en­tre­prises, la start-up fait ce­pen­dant un nou­veau constat : les ap­ports mé­tier de ce type de so­lu­tion sont dif­fi­ciles à ap­pré­hen­der. Sur la base de Blo­ck­chai­niz, elle dé­cide donc de dé­ve­lop­per sa propre so­lu­tion mé­tier, Ca­ta­lizr, dont la vo­ca­tion est de ga­ran­tir les tran­sac­tions sur les achats de titres d’en­tre­prises non co­tées. Un mar­ché non ré­gle­men­té qui, en Eu­rope, pèse quelque 2000 mil­liards d’eu­ros. « Avec Ca­ta­lizr, nous dis­po­sons d’un vé­ri­table avan­tage concur­ren­tiel et nos clients com­prennent mieux le ROI, re­marque Clé­ment Fran­comme. Notre ob­jec­tif est donc de nous fo­ca­li­ser sur ce pro­duit, avec l’am­bi­tion de de­ve­nir le ges­tion­naire eu­ro­péen de titres non co­tés ».

Lan­cé en juin der­nier, Ca­ta­lizr équipe dé­jà la pla­te­forme de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif Rai­zers et vient d’en­trer en pro­duc­tion dans un groupe ban­caire fran­çais. Plu­sieurs autres ac­teurs la testent. Si prio­ri­té lui est don­née, Uto­cat mène aus­si un pro­gramme de re­cherche sur la Blo­ck­chain avec l’in­ria. Et, bien sûr, Blo­ck­chai­niz reste dans sa road­map, même si, en ma­tière de pro­jets, la start-up re­ven­dique la sé­lec­ti­vi­té. « Nous ne sou­hai­tons pas réa­li­ser de pro­to­type ayant comme seule fi­na­li­té de le res­ter, sou­ligne l’en­tre­pre­neur. Notre ob­jec­tif est de mon­trer que nous sommes les pre­miers à réa­li­ser des choses ayant une fi­na­li­té concrète. Notre ré­pu­ta­tion vient d’ailleurs d’avoir fait des grandes pre­mières à plu­sieurs re­prises. » La start-up s’y tient en tout cas prête. Le dou­ble­ment de son ef­fec­tif, au­jourd’hui de 15 per­sonnes, est dé­jà pré­vu. Et elle pour­rait bien­tôt an­non­cer une deuxième le­vée de fonds.

Clé­ment Fran­comme, CEO d’uto­cat

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.