Clas­ser n’est pas in­no­ver

De plus en plus de ca­bi­nets de conseil, d’or­ga­ni­sa­tions ou d’en­tre­prises pu­blient des clas­se­ments des start-up les plus pro­met­teuses. Au vu des cri­tères uti­li­sés, leur per­ti­nence semble pour le moins par­tielle voire dou­teuse.

IT for Business - - START-UP - Pa­trick Brébion Ré­dac­teur en chef ad­joint

Lin­ke­din a pu­blié le 15 oc­tobre der­nier la pre­mière édi­tion de son clas­se­ment Top Start-up. Ce­lui-ci a sé­lec­tion­né les 25 jeunes pousses fran­çaises les plus « at­trac­tives » cette an­née, se­lon le ré­seau so­cial pro­fes­sion­nel. En fait, le clas­se­ment est ba­sé glo­ba­le­ment sur l’ac­ti­vi­té liée à ces en­tre­prises sur le ré­seau so­cial, à sa­voir les in­ter­ac­tions sur la seule pla­te­forme Lin­ke­din, l’in­té­rêt pour leurs offres d’em­ploi et « l’at­trac­tion des meilleurs ta­lents ». La crois­sance des ef­fec­tifs est éga­le­ment prise en compte. Au­tant dire que, quelles que soient l’ori­gi­na­li­té de ses pro­duits et ser­vices, les com­pé­tences de ses di­ri­geants, la tech­ni­ci­té mise en oeuvre ou en­core l’in­no­va­tion, une jeune pousse qui n’est pas (hy­per)ac­tive sur ce ré­seau n’avait au­cune chance ! Le ré­seau so­cial n’est bien sûr pas seul à pré­tendre iden­ti­fier et clas­ser les « vraies pé­pites ». Ba­sé sur un pa­nel plus large, et cer­tai­ne­ment plus si­gni­fi­ca­tif de cri­tères, le Guide des start-up en France (voir IT For Bu­si­ness n°2229) re­cense des mil­liers de so­cié­tés. Le clas­se­ment est ici al­pha­bé­tique et par do­maine d’ac­ti­vi­té. D’autres ex­perts en­core hié­rar­chisent les jeunes pousses en fonc­tion du mon­tant de leurs le­vées de fonds.

Par­mi les der­nières ca­té­go­ri­sa­tions en cours, Bpi­france pro­pose de sé­pa­rer le bon grain de l’ivraie, de mettre en avant « les vraies start-up in­no­vantes » à tra­vers l’uti­li­sa­tion du la­bel Deep Tech. Se­lon cet or­ga­nisme, il s’agit de dis­tin­guer les jeunes pousses ca­pables « de re­pous­ser les fron­tières tech­no­lo­giques, grâce à des avan­cées scien­ti­fiques qui crée­ront de vé­ri­tables rup­tures ». Si l’ap­proche semble lé­gi­time, il reste tout aus­si dé­fen­dable de se de­man­der si cette avan­cée tech­no­lo­gique va trou­ver son mar­ché, et, si c’est le cas, si cette start-up ne va pas se faire ache­ter dès les pre­miers signes de suc­cès par un grand édi­teur, sou­vent lo­ca­li­sé outre-at­lan­tique… Ce qui pose la ques­tion de l’in­té­rêt de la sou­te­nir et de la fi­nan­cer sur les de­niers pu­blics, à moins que le seul but soit de créer des jobs dans la Si­li­con Val­ley... Dans tous les cas, ces clas­se­ments se ré­sument plus à des opé­ra­tions de com­mu­ni­ca­tion met­tant plus en avant leurs au­teurs qu’à des guides per­ti­nents, et ce, au risque de pol­luer le pay­sage de l’in­no­va­tion et de pas­ser à cô­té d’une par­tie des « vraies pé­pites ».

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