En grâce dans “Get Out”.

Par choix, Al­li­son Williams était la seule ac­trice de Girls res­tée dans l'ombre. Elle en sort au­jourd'hui grâce au fra­cas­sant Get Out, suc­cès in­at­ten­du au box-of­fice amé­ri­cain, et prouve qu'elle a bien fait d'at­tendre.

Jalouse - - CINÉMA - Par Ju­lien Wel­ter

“C'est l'une des filles les plus fu­tées et aguer­ries dans notre bu­si­ness

au­jourd'hui. On a pu me prendre pour sa boss du­rant les six sai­sons de Girls, mais je la consi­dère au contraire comme un men­tor.” C'est ain­si – et dans les co­lonnes de Va­rie­ty – que Le­na Dun­ham, pour­tant créa­trice et cos­cé­na­riste de la sé­rie qui a ré­vé­lé les deux jeunes femmes, dé­crit Al­li­son Williams, sa par­te­naire à l'écran. Si cette der­nière ex­plose en in­car­nant la per­fec­tion­niste et par­fois peu pers­pi­cace Mar­nie Mi­chaels dans le hit de HBO, elle n'en reste pas moins la plus dis­crète de la bande de filles (Zo­sia Mamet tourne dans plu­sieurs films, dont Map­ple­thorpe, Je­mi­ma Kirke est de­ve­nue cool girl pa­ten­tée et Le­na Du­ham est sur­boo­kée, entre nou­velle sé­rie et pro­jet de film). Lu­cide, vo­lon­tiers ca­sa­nière et ma­riée à un mul­ti­mil­lion­naire de la we­bé­co­no­mie, la co­mé­dienne new-yor­kaise de 29 ans at­ten­dait, elle, le bon rôle. Consciente de la dis­tance qui la sé­pa­rait des films à os­cars en rai­son d'un CV en­core lé­ger et du fait qu'on lui pro­po­sait sur­tout d'in­ter­pré­ter, de­puis la fin de Girls, des per­son­nages cal­qués sur ce­lui de Mar­nie, Al­li­son Williams re­fu­sait presque tout en bloc. Hors de ques­tion pour la presque tren­te­naire de de­ve­nir le double de cette fille de plus en plus éloi­gnée d'elle, cette ci­ta­dine au­to­cen­trée, ob­sé­dée par la vo­lon­té de se faire ai­mer de tous et de voir le monde s'ac­cor­der à des dé­si­rs plus freu­diens qu'épa­nouis­sants (être res­pec­tée, ga­gner l'af­fec­tion de son père…).

Plus Wasp que Wasp. Si Al­li­son Wi­liams semble fon­cer moins vite que ses par­te­naires, c'est aus­si parce qu'elle se consacre à d'autres ac­ti­vi­tés, moins mé­dia­ti­sées. Elle fait ain­si par­tie d'as­so­cia­tions d'aide aux étu­diants dé­fa­vo­ri­sés et de ré­in­ser­tion de pri­son­niers par le biais de l'édu­ca­tion. Une ma­nière de don­ner au­tant qu'elle a re­çu et de ba­layer les ac­cu­sa­tions de né­po­tisme qui pour­suivent la jeune femme, fille d'un pré­sen­ta­teur ve­dette du JT de NBC et d'une pro­duc­trice té­lé. L'ac­trice leur si­gni­fia dès 4 ans son en­vie de de­ve­nir co­mé­dienne, mais l'ac­cord de ses pa­rents fut sou­mis à sa réus­site uni­ver­si­taire. C'est donc après son cur­sus à Yale et une ou deux an­nées à jouer les pe­tites mains sur les pla­teaux de tour­nage, plu­tôt der­rière la ca­mé­ra que de­vant, qu'elle fut choi­sie, à 25 ans, pour com­plé­ter le cas­ting de Girls. Le rôle de Mar­nie est ain­si le seul dont elle a pu se pré­va­loir l'an der­nier, alors qu'elle ef­fec­tuait des es­sais pour Get Out, son pre­mier pro­jet d'en­ver­gure pour le ci­né­ma. Heu­reu­se­ment, Jor­dan Peele, le réa­li­sa­teur de ce film d'épou­vante mâ­ti­né de ten­sions ra­ciales, est lui aus­si un peu no­vice. L'hu­mo­riste, dont Get

Out est le pre­mier long mé­trage, a re­te­nu Al­li­son pour ce que la co­mé­dienne a su pro­je­ter d'elle-même : une na­tive du Con­nec­ti­cut, plus Wasp que Wasp.

De­vine qui vient dî­ner ? Sa­lué qua­si una­ni­me­ment par la cri­tique amé­ri­caine (un mi­racle pour un film de genre, le plus sou­vent dé­ni­gré dans la presse), Get Out a éga­le­ment connu aux USA un suc­cès pu­blic com­pa­rable à ce­lui de La La Land. Al­li­son y in­carne une fille bien née, Rose, qui dé­cide de pré­sen­ter à sa fa­mille son nou­veau com­pa­gnon, pho­to­graphe en vue, Ch­ris (le co­mé­dien an­glais Da­niel Ka­luuya), sans avoir dit aux siens qu'il était noir. Pas grave, pro­met Rose, son père au­rait vo­té Oba­ma une troi­sième fois s'il avait pu. Pour­tant, dès leur ar­ri­vée dans l'im­mense de­meure de la fa­mille de Rose, dans une ban­lieue ré­si­den­tielle chic de l'état de New York, la ren­contre tourne au ma­laise, de blagues dé­pla­cées sur Jesse Owens et Ti­ger Woods en flat­te­ries sur la mus­cu­la­ture de Ch­ris, en pas­sant par la pré­sence des deux seules autres per­sonnes de couleur par­mi les convives : deux do­mes­tiques zom­bi­fiés, comme pos­sé­dés par l'es­prit de l'oncle Tom. Dans ce film tou­jours sur­pre­nant et réus­si, où les codes du film d'hor­reur sont in­tel­li­gem­ment re­for­mu­lés par un sous­texte ra­cial et post-es­cla­va­giste, et qu'il se­rait cri­mi­nel de spoi­ler da­van­tage, Al­li­son Williams trouve le rôle long­temps at­ten­du. Avec un look trom­peur et ju­vé­nile d'all-american girl, elle sur­prend tout le monde et se mé­nage un avenir dont n'au­rait ja­mais pu rê­ver la confuse Mar­nie Mi­chaels. Get Out, de Jor­dan Peele, avec Al­li­son Williams, Da­niel Ka­luuya, Ca­the­rine Kee­ner. Sor­tie le 3 mai.

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