La grou­pie du DJ.

Jalouse - - BILLET D'HUMEUR - Par Mi­chel Forte Photo Jean-vincent Si­mo­net

Il est grand, jeune, beau, vous plaît beau­coup, ré­pond à vos tex­tos dans la de­mi-heure, et votre mère va l'ado­rer. Le pro­blème ? Il est DJ. Il tra­vaille la nuit, dans des bars, des clubs, dé­cu­plant pour vous les oc­ca­sions d'être confron­tée à une ad­ver­saire re­dou­table : la grou­pie du DJ. Parce que connaître sa cible, c'est la neu­tra­li­ser avant qu'elle n'agisse, on vous donne quelques pistes pour gar­der la face. Et, au pas­sage, votre nou­veau mec.

Elle se prend pour une in­tel­lo. À la ter­rasse d'un ca­fé, au ci­né­ma ou au ver­nis­sage de la Fiac, la grou­pie du DJ a tou­jours un car­net de notes à la main. Vous bais­sez dé­jà les bras, l'ima­gi­nez en pleine écri­ture d'un fu­tur best-sel­ler, d'une en­quête pour un grand quo­ti­dien na­tio­nal ou, pire, en train de bos­ser sur les plans-sé­quences du pro­chain clip de La­na Del Rey. Mais ras­su­rez-vous ! Le car­net de notes qui traîne dans son sac n'est ni un ou­til de tra­vail ni le dé­but d'un chef-d'oeuvre, c'est un ta­bleau de chasse por­ta­tif. Parce que la grou­pie du DJ a sou­vent des flashs et qu'elle aime clas­ser ses amants dans des listes aux titres aus­si va­riés que sau­gre­nus, elle a be­soin d'un car­net pour cou­cher tout ça sur le pa­pier. Et s'en van­ter par la suite. Vous êtes beau­coup plus chic que ça.

Une gym­naste som­meille en elle. Avant de le dé­mon­trer lors de ses­sions pri­vées à l'hô­tel, la grou­pie du DJ fait preuve de beau­coup d'ha­bi­le­té à pra­ti­quer le grand écart, dans tous les sens du terme. Cultu­rel avant tout. Elle passe de Brit­ney Spears, Ca­mé­lia Jor­da­na et Ju­lien Do­ré, ses vrais coups de coeur, à Daft Punk, Paradis ou en­core La Femme en un bat­te­ment de doigts sur la play­list de son iphone, dans l'es­poir de prou­ver sa lé­gi­ti­mi­té mu­si­cale aux pro­fes­sion­nels de la pro­fes­sion (en d'autres mots plus pro­saïques : ses proies). On at­teint le pa­roxysme de l'écar­tè­le­ment en ma­tière de goûts mu­si­caux quand elle dé­gaine, sans crier gare et dans l'es­poir de faire bonne fi­gure, le nom de sept groupes ber­li­nois dont per­sonne n'a ja­mais en­ten­du par­ler, le tout en moins de trente-trois se­condes. Vous êtes beau­coup plus sub­tile que ça.

Son style tra­hit son âge. Grande pu­riste des an­nées qui ont fait la musique avec un grand M, la grou­pie du DJ est res­tée blo­quée dans les 80s, qu'elle a vé­cues avec pa­nache, pen­dant que vous étiez en­core dans le ventre de votre mère (team Ja­louse : +3 points). Et sa garde-robe en est la preuve. Vous nous li­sez tous les mois, et sa­vez aus­si bien que nous que cette dé­cen­nie n'a pas été d'une grande uti­li­té en ma­tière de mode. Soyez donc tran­quille, son ves­tiaire ne peut pas ri­va­li­ser avec le vôtre. Elle porte en­core des bottes en cuir souple blanches, des boucles d'oreilles en forme d'éclairs, des tops asy­mé­triques et des jeans dont même Ch­ris­ti­na Agui­le­ra n'au­rait pas vou­lu en 2002. Vous avez beau­coup plus d'al­lure qu'elle n'en au­ra ja­mais.

Le ri­di­cule fi­ni­ra par la tuer. On pour­rait éga­le­ment vous ras­su­rer sur le fait que la grou­pie du DJ ne vous ar­rive pas à la che­ville en ma­tière de dé­co­ra­tion in­té­rieure (sur les routes toute la sainte jour­née pour suivre ses cibles en tour­née, elle passe ra­re­ment plus de qua­rante-huit heures chez elle), vous dire qu'elle se ri­di­cu­li­se­ra bien as­sez tôt à force de likes et de com­men­taires sur les pages of­fi­cielles des hommes avec qui elle sou­haite un jour en­tre­te­nir une re­la­tion pri­vée, et vous rap­pe­ler que si elle a vé­cu les 80s, ce­la veut dire que sa date de pé­remp­tion est bien plus proche que la vôtre. Et si, mal­gré tout, vous avez en­core peur qu'elle vous pique votre nou­veau mec, trou­vez-vous un ban­quier ou un avo­cat. Ce se­ra plus sûr.

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