MA­RA­THON DE NEW YORK

Joggeur - - Sommaire #24 - Par Ma­rion De­lage - Pho­tos Cour­te­sy of NYC Ma­ra­thon.

Ma­rion a dé­ci­dé de chan­ger de vie. Elle a com­men­cé par THE ma­ra­thon.

DE TOUT TEMPS, NEW YORK A SYM­BO­LI­SÉ UNE FORME DE RÊVE. DES MI­GRANTS EN QUÊTE DE LI­BER­TÉ AUX FON­DUS DE COURSE À PIED, ILS SONT NOM­BREUX À AVOIR VOU­LU CROQUER LA « GROSSE POMME », POUR VIVRE L’EX­PÉ­RIENCE ET TOU­CHER LE MYTHE. MA­RION AIME LES PLAINES VERDOYANTES ET LES RELIEFS BOISÉS. LES FRUITS AUS­SI. ELLE NOUS RA­CONTE « SON » MA­RA­THON DE NEW YORK. PAS­SION­NANT…

COU­RIR LE MA­RA­THON DE NY C’EST PAR­TI­CI­PER À UN ACTE DE BRA­VOURE FA­ÇON HÉ­ROÏNE D’UN NOU­VEAU GENRE.

En dé­bar­quant à Man­hat­tan, on iden­ti­fie ins­tan­ta­né­ment ce dont l’île est la plus fière : sa sky­line. Down­town ex­hibe ou­tra­geu­se­ment ses grat­te­ciel, ses pen­thouses et ses roof­tops. Ici, le pou­voir et la ri­chesse se me­surent au nombre d’étages. Les élites cô­toient le ciel, le reste du monde foule le bi­tume. Cou­rir le ma­ra­thon de New York, c’est alors par­ti­ci­per à un acte de bra­voure col­lec­tif vi­sant à dé­fi­nir le temps d’une jour­née des hé­ros d’un nou­veau genre. Ces de­mi-dieux n’au­ront pas la tête dans les nuages, mais les pieds ri­vés au sol pen­dant 42,195 km. Ce n’était pas la pre­mière fois que je cro­quais la Grosse Pomme. J’ai étu­dié à Man­hat­tan. Pour moi, NYC est le lieu des su­per­la­tifs. Tout est trop. Trop grand, trop gros, trop fort, trop bruyant, trop lu­mi­neux, trop vi­vant. Im­pos­sible de ne pas trou­ver la vie trop gé­niale et de ne pas tom­ber trop amou­reuse de la ville. Et puis, au fil des mois, j’avais com­men­cé à dou­ter : que pou­vait bien ca­cher cette vo­lon­té d’im­po­ser constam­ment sa su­pé­rio­ri­té ? Au bout d’une an­née de re­la­tion pour­tant pas­sion­née, je m’étais fi­na­le­ment convain­cue de sa toxi­ci­té et l’avais quit­tée sans me re­tour­ner. Trop de hau­teur, pas as­sez d’es­pace, trop de bi­tume, pas suf­fi­sam­ment de ver­dure, trop de tout pour fi­na­le­ment man­quer de mon es­sen­tiel. Contraste sai­sis­sant, je lais­sais alors la ville qui ne dort ja­mais pour m’ins­tal­ler deux ans à Cher­bourg, ville qui dort... presque tou­jours. En re­ve­nant ici, je me pré­pa­rais donc à re­trou­ver un an­cien amour. Le ma­ra­thon en ville, en re­vanche, al­lait être une pre­mière. Quelques se­maines plus tôt, j’avais certes par­ti­ci­pé au Mé­doc. Ce­pen­dant, avec son ter­rain souple et val­lon­né, il n’est pas vrai­ment à ran­ger dans la case des ma­ra­thons route. Je ne se­rais pas re­ve­nue à New York sans une bonne rai­son, l’op­por­tu­ni­té d’y cou­rir le ma­ra­thon consti­tuait une par­faite oc­ca­sion.

Un angle nou­veau

Tout l’en­jeu consiste à évi­ter au voyage de sen­tir le ré­chauf­fé, le dé­jà-vu. J’avais be­soin d’être confron­tée à l’in­con­nu, d’être consu­mée par le feu de la dé­cou­verte. Rien de pire que de

réa­li­ser que son an­cien amant n’a pas évo­lué d’un io­ta. Le ma­ra­thon m’of­frait cette par­faite op­por­tu­ni­té de dé­cou­vrir la ville sous un angle tout à fait nou­veau. Le TCS NYC Ma­ra­thon se­ra-t-il à la hau­teur de son sta­tut my­thique ? Réus­si­ra-t-il à me faire tom­ber de nou­veau amou­reuse de cette ville que j’avais réus­si à ou­blier ? En bon ana­lyste mé­tho­dique, com­men­çons par une étude ap­pro­fon­die de la théo­rie. Sur le pa­pier, la jour­née du 6 no­vembre 2016 s’an­nonce belle, douce et en­so­leillée. Cadre par­fait à la nais­sance d’une belle idylle. Le chan­ge­ment d’heure nous oc­troie en prime soixante pré­cieuses mi­nutes de som­meil sup­plé­men­taires. De quoi ar­ri­ver fraîche et dis­pose. Le par­cours met la ville à nu en tra­ver­sant les cinq bo­roughs (ar­ron­dis­se­ments) : Sta­ten Is­land, Brook­lyn, le Queens, Man­hat­tan et le Bronx. Rien ne nous est ca­ché. La ville dé­voile ses fa­cettes, des larges et riches ave­nues de Man­hat­tan aux quar­tiers po­pu­laires du Bronx, en pas­sant par la gen­tri­fi­ca­tion de Brook­lyn. On tient là le pi­lier fon­da­men­tal d’une re­la­tion saine : l’honnêteté. En­fin, qui ne rêve pas de te­nir « The Big Apple » à ses pieds ? Ban­nir le temps d’une jour­née les voi­tures, les taxis et autres en­gins mo­to­ri­sés au pro­fit des bi­pèdes, c’est tout de même pla­cer le cou­reur sur un pié­des­tal ra­re­ment éga­lé. Notre ex ten­te­rait-il de nous ama­douer en nous of­frant toute son at­ten­tion et une place pri­vi­lé­giée ? En tout cas, en pré­pa­ra­tion du grand ren­card, Man­hat­tan sort le grand jeu sur les pré­li­mi­naires : ex­pé­rience mu­si­co­mique d’un Broad­way show, pa­ren­thèse bu­co­lique dans Cen­tral Park (man­quait plus que la vi­site en ca­lèche lo­vée dans un plaid en ve­lours rouge et je me pre­nais pour Car­rie dans un épi­sode de Sex & the Ci­ty), prise de vue ma­gni­fique de la sky­line de­puis le Brook­lyn Bridge. Et sé­quence émo­tion lors de la vi­site du Mé­mo­rial du 9/11. Moins gla­mour mais va­lant tout au­tant le dé­tour, j’avoue avoir éga­le­ment ex­plo­ré la bou­tique M&M’s (deux fois, j’avais un doute sur le nombre de cou­leurs pro­po­sées) et cam­pé à Times Square (quatre fois, juste pour vé­ri­fier que le pan­neau lu­mi­neux du man­ne­quin en slip Cal­vin Klein n’avait pas été rem­pla­cé par un full-fron­tal de Trump). Après avoir fait une raz­zia de pe­tites cu­lottes chez Vic­to­ria’s Se­cret, j’ai aus­si don­né mon CV au vi­gile de la bou­tique de la 5e Ave­nue. On ne sait ja­mais que, sur un mal­en­ten­du, je fi­nisse à cô­té du man­ne­quin slip CK… En théo­rie donc, l’his­toire était plu­tôt bien par­tie : une dose de sen­sa­tion­nel sau­pou­drée d’une cuillère de kitsch. Seule­ment, c’est bien connu : en

Une vue de Lo­wer Man­hat­tan très in­ha­bi­tuelle. Le NYC ma­ra­thon, c’est aus­si une fa­çon ori­gi­nale de vi­si­ter The Big Apple. Le fa­meux pon­cho du fi­ni­sher. À re­cy­cler en plaid pour les ses­sions té­lé dans le ca­na­pé ou en uri­noir de poche pour vos sor­ties...

Quand les bras rem­placent les jambes : gros plan sur les fu­sées pro­fi­lées qui en ter­minent, pour le meilleur, en 1 h 45 min !

Lors du TCS NYC Ma­ra­thon, ani­ma­tions et courses s’en­chaînent toute la se­maine ! Ici, le dé­part de la course des en­fants.

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