# EDITO 29

Joggeur - - Edito - BER­TRAND SANLAVILLE - DI­REC­TEUR DE LA RÉ­DAC­TION

Après quoi peut-on bien cou­rir quand on at­taque la course à pied ? L’en­vie de re­trou­ver et de gar­der une forme in­tacte dans un monde qui va de plus en plus vite et qui rend cer­tains d’entre nous un peu sé­den­taires ? Oui… La né­ces­si­té de se vi­der la tête, sans contraintes, avec la pos­si­bi­li­té d’être opé­ra­tion­nel ra­pi­de­ment, une paire de bas­kets aux pieds ? Oui, éga­le­ment… L’es­prit de com­pé­ti­tion, le chal­lenge de de­ve­nir per­for­mant et d’at­teindre des ob­jec­tifs après ceux dont vous a par­lé le col­lègue de bu­reau ou le voi­sin de droite lors de votre der­nier dî­ner mon­dain ? Tou­jours oui… Il faut de tout pour faire un monde. Une cer­ti­tude, quand on a mis le doigt dans l’en­gre­nage, qu’on a réus­si en­fin à per­ce­voir l’in­flux po­si­tif dis­til­lé par une bonne sor­tie, quand on a goû­té à l’en­dor­phine, dif­fi­cile de ne pas se lais­ser en­traî­ner par l’at­trait de la course et la course au chro­no. Ain­si, les exemples et les par­cours ty­piques du cou­reur ga­gné par l’ad­dic­tion sont nom­breux. D’abord on gam­bade. Puis on trouve le goût de l’ef­fort. Tiens, on a un peu mai­gri, c’est en­cou­ra­geant et bien dé­com­plexant au mo­ment d’at­ta­quer l’apé­ro. Et puis vient l’idée lan­cée à la can­to­nade par un pote dé­jà ga­gné par l’eu­pho­rie : « Et si on fai­sait un 10 km ? ». C’est par­ti. On en a ba­vé mais, deux jours après, on a en­vie d’y re­tour­ner. Et on y re­tourne… jus­qu’à se lais­ser ga­gner cette fois par un autre dé­fi, le se­mi-ma­ra­thon. L’en­traî­ne­ment de­vient plus sé­rieux, à rai­son de trois ou quatre séances par se­maine. On a pris soin de s’équi­per cor­rec­te­ment : chaus­sures, tex­tiles, car­dio, on est sur la bonne voie… Le se­mi dans la poche, on a pas­sé un pa­lier. On peut par­ler dé­cem­ment de ses per­for­mances à la ca­fet’ et on n’hé­site pas à lan­cer aux co­pains fu­meurs : « Les gars, le sport, y’a que ça de vrai, vous de­vriez vous y

mettre… ». Sans blague ! C’est l’heure d’un nou­veau dé­fi. De ren­contre en ren­contre lors de vos sor­ties, de dis­cus­sion en dis­cus­sion, il ne vous a pas échap­pé que, pour de­ve­nir un vrai, un pur, un dur, il faut avoir bou­clé un ma­ra­thon, la dis­tance my­thique de la course à pied. Mais deux fois un se­mi, p…, c’est cos­taud. Tant pis, le chal­lenge est lan­cé. Ce se­ra Pa­ris ou New York dans un an ! Là, on ne lé­sine pas sur le pro­gramme. On a même pris un coach. Frac­tion­né, sor­tie longue, PPG, le vo­ca­bu­laire du par­fait « run­ner » n’a plus de se­crets pour vous. Le ma­ra­thon bou­clé, vous voi­là qua­si dans la peau d’un spor­tif de haut ni­veau. Vous avez tel­le­ment com­mu­ni­qué sur les ré­seaux so­ciaux qu’une stèle est en passe d’être ins­tal­lée dans le vil­lage où vous avez pas­sé une par­tie de votre en­fance. Mais que faire dé­sor­mais ? Ben, du trail, par­di ! Pe­tit au dé­part avant d’al­lon­ger les dis­tances. C’est beau la na­ture, et ça change tel­le­ment des rou­leaux de bi­tume qui ont fi­ni par user les ten­dons. Et puis ça vous a per­mis de mettre un peu le sa­ta­né chro­no de cô­té. Vous l’ai­miez au dé­but mais il avait fi­ni par vous rendre dingue. L’idée au­jourd’hui, c’est d’al­ler au bout. 10, 30, 30, 40… 160 et l’UTMB, voi­là l’ob­jec­tif ul­time. Cer­tains l’ont fait, pour­quoi pas vous. Vous avez réus­si à ga­gner les points, à en­chaî­ner les courses, à vous Cha­mo­nix ! Ok, mais on fait quoi après ? Du tri­ath­lon pour va­rier les plai­sirs parce que cou­rir sans ar­rêt, fran­che­ment… Al­lez, pe­tit au dé­but, half en­suite et puis, Graal du Graal, l’Iron­man, le cap pour in­té­grer le royaume des Dieux. Pas fa­cile, on vous l’ac­corde, mais ce se­ra ça ou rien ! Vous man­gez des graines, vous avez un pro­gramme spor­tif de mi­nistre, vous ne par­lez que de sport à des col­lègues… qui ne vous parlent plus mais, c’est pas grave, faut avan­cer. 3, 2, 1, on plonge… ! Drrr­riiiinnggg !!! Oh p… quelle heure est-il ? Ah, ce ré­veil. « Ça va, ché­ri ? » Pffff… Je viens de faire un de ces cau­che­mars… « Dé­pêche-toi, tu as

ren­dez-vous à6h30pourt on en­traî­ne­ment ». Hein ??? P.-S. : Ce­ci était une fic­tion et n’avait d’autre ob­jet que de vous dé­tendre. Cou­rez, sau­tez, riez, mais avec une forme de mo­dé­ra­tion. On compte sur vous !

« VOUS MAN­GEZ DES GRAINES, VOUS AVEZ UN PRO­GRAMME SPOR­TIF DE MI­NISTRE ? AT­TEN­TION »

@ Pierre Ales­san­dri

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