Tous fi­ni­shers

Jus­qu’à -17 °C res­sen­tis, des ra­fales de vent sur les som­mets, des sen­tiers en­nei­gés, des Ca­melBak – et un jour­na­liste – ge­lés, c’était bien l’hi­ver à Ro­que­fort, pour la pre­mière édi­tion de l’Hi­ver­nale des Tem­pliers !

Jogging International - - Sommaire - Clé­ment Excoffier, photos Vincent Ly­ky

Jog­ging s’est ge­lé sur l’Hi­ver­nale des Tem­pliers

De­puis plu­sieurs se­maines dé­jà, les ru­meurs al­laient bon train au sein de la com­mu­nau­té des trai­leurs. Sur la page Fa­ce­book de l’Hi­ver­nale des Tem­pliers, les or­ga­ni­sa­teurs en­tre­te­naient le sus­pense en dif­fu­sant au compte-gouttes des images des sen­tiers à l’ap­proche de la course. Neige ou sol sec, tem­pé­ra­tures gla­ciales ou plus sup­por­tables, tous les cou­reurs ins­crits à l’une des cinq courses au pro­gramme s’im­pro­vi­saient à tour de rôle ex­pert en mé­téo. À quelques jours du dé­part, il a tout de même fal­lu se rendre à l’évi­dence, l’Hi­ver­nale des Tem­pliers al­lait mé­ri­ter son nom ! En même temps, c’est bien nor­mal et cha­cun sa­vait à quoi s’at­tendre en s’ins­cri­vant à cette ver­sion gla­ciale du Fes­ti­val des Tem­pliers, qui a lieu, lui, en oc­tobre. Deux pe­tits mois d’écart sur le ca­len­drier, mais les concur­rents qui ont par­ti­ci­pé aux deux évé­ne­ments n’ont sans doute pas re­con­nu la ré­gion au pre­mier abord ! Ce se­ra donc manches longues et leg­ging pour la qua­si-to­ta­li­té du pe­lo­ton, cha­cun fai­sant un concours de couches de vê­te­ments avec son voi­sin avant de s’élan­cer.

ON THE ROCKS

Le dé­part est don­né au coeur de Ro­que­fort (12) pour l’in­té­gra­li­té des courses, ex­cep­tée l’As­tra­gale et ses 64 km, qui s’élance au pied des rem­parts de la ci­té tem­plière de la Cou­ver­toi­rade et à la lueur des fron­tales. Pas de concours de danse avant le dé­part du 35 km sur le­quel je m’aligne. Pour­tant, les trai­leurs se livrent à une drôle de cho­ré­gra­phie. Ça sau­tille, ça court sur place et ça bat des bras, tout est bon pour se ré­chauf­fer. Et quoi de mieux

Avant le dé­part, les trai­leurs en­tament une drôle de danse. Ça sau­tille, ça court sur place, ça bat des bras… tout est bon pour se ré­chauf­fer !

que la course à pied pour faire mon­ter la tem­pé­ra­ture ? Le pe­lo­ton de 800 cou­reurs dé­vale donc les rues de Ro­que­fort à toute vi­tesse, ava­lant d’en­trée de jeu les rares portions de bi­tume au pro­gramme, avant de s’en­fon­cer dans les sen­tiers pour re­joindre le pe­tit ha­meau per­ché de Mont­cla­rat, porte d’en­trée du pla­teau du Lar­zac. Et mieux vaut être at­ten­tif, car ça freine fort de­vant, au pied de la pre­mière côte du jour. Il faut dire que le sol est in­té­gra­le­ment ge­lé et que per­sonne ou presque n’a pré­vu les chaînes… Cha­cun prend donc son mal en pa­tience et la ca­ra­vane pro­gresse à un rythme d’es­car­got, ce qui en fait râ­ler plus d’un ! « C’est une ran­don­née ou une course ? Vous

n’avez pas le mode 4 roues mo­trices ? » … Les plai­san­te­ries fusent sur un ton plus ou moins hu­mo­ris­tique. Pour pré­ser­ver sa moyenne, il fal­lait par­tir de­vant ! Une fois sur les hau­teurs, la fou­lée se fait de nou­veau plus aé­rienne, sur de ma­gni­fiques singles bat­tus par les vents. Une pe­tite aug­men­ta­tion de rythme bien­ve­nue pour faire bou­ger un peu le mer­cure. Car avec 17 °C en des­sous de zé­ro res­sen­tis, il va­lait mieux être cou­vert… Même si ce­la n’em­pêche pas cer­tains trai­leurs de prendre le temps de faire un pe­tit sel­fie de­vant d’étranges gros ro­chers en équi­libre pré­caire, ca­rac­té­ris­tiques de la ré­gion. Tan­dis que d’autres ont la mau­vaise sur­prise de consta­ter que l’eau a en­tiè­re­ment ge­lé dans le tuyau de leur Ca­melBak et sont obli­gés « C’est as­sez rare pour être sou­li­gné, mais je ne re­tiens que des points po­si­tifs de cette course ! Le ter­rain est va­rié, les bé­né­voles sont au top et les pay­sages sont ma­gni­fiques. Même s’il va­lait mieux s’ar­rê­ter pour les ad­mi­rer sous peine de glis­sades pas tou­jours contrô­lées… Les chutes étaient nom­breuses, mais je n’ai pas vu trop de casse, donc plus de peur que de mal ! Alors, bien sûr, on a eu froid sur la ligne de dé­part, mais c’est bien la seule chose que les or­ga­ni­sa­teurs ne pou­vaient pas gé­rer ! Nous étions une dou­zaine du HEM Ath­le­tic Club sur les dif­fé­rentes courses et nous n’avons pas re­gret­té ce long dé­pla­ce­ment de­puis notre Nord na­tal. Le ren­dez-vous est dé­jà pris pour 2018 ! »

de faire pas­ser leur sac sous leur veste pour s’oc­troyer quelques gouttes. Mais à peine le temps de se dé­gour­dir un peu les jambes que, dès la pre­mière descente, les bou­chons se re­forment plus vite que sur le pé­ri­phé­rique pa­ri­sien ! Les chutes sont nom­breuses et cha­cun se rac­croche lit­té­ra­le­ment aux branches comme il peut. Le traileur n’est pas ama­teur de pa­tins à glace, c’est une cer­ti­tude !

AU COEUR DE L’AVEY­RON

Une fois dans la val­lée, la tem­pé­ra­ture re­de­vient plus sup­por­table et on file vers la gare désaf­fec­tée de La Bas­tide-Pra­dines, re­con­ver­tie en ra­vi­taille­ment pour l’oc­ca­sion. Une por­tion de course sur­pre­nante avec de mul­tiples pas­sages dans des tun­nels, puisque nous che­mi­nons di­rec­te­ment sur la voie fer­rée. La fron­tale obli­ga­toire n’était donc pas su­per­flue ! Et quel bon­heur de trou­ver un peu de cha­leur, aus­si bien dans la soupe qu’au­près

des bé­né­voles, nom­breux et aux pe­tits soins pour les « trai­leurs/es­qui­maux » qu’ils ac­cueillent. On res­te­rait bien quelques mi­nutes de plus au­près du ra­dia­teur, mais il nous faut dé­jà prendre la di­rec­tion de La­pa­nouse- de- Cer­non, qui marque le 20e ki­lo­mètre. Seul, sur d’an­ciens sen­tiers de ber­gers, on plonge au coeur de l’Avey­ron, sau­vage, rude et par­fai­te­ment pré­ser­vé. « On se caille, mais

quel bon­heur de cou­rir en pleine nature » , me glisse un com­pa­gnon de route, grand sou­rire aux lèvres. Une so­li­tude qui ne dure pas puisque nous re­joi­gnons les par­ti­ci­pants des autres courses (24 et 64 km) pour les 15 der­niers ki­lo­mètres. Re­mon­tée ex­presse pour dé­cou­vrir et tra­ver­ser la grotte des Ma­qui­sards et sa ma­jes­tueuse voûte ro­cheuse qui semble prête à en­glou­tir le sen­tier qu’elle sur­plombe. Avant un re­tour sur le pla­teau et ses vents tem­pé­tueux qui nous poussent vers le cirque ro­cheux de Tour­ne­mire et ses hautes fa­laises. Au­cun doute, nous sommes bien sur le ter­ri­toire des Tem­pliers et les cou­reurs qui ont dé­jà par­ti­ci­pé au Fes­ti­val du même nom ne sont pas dé­pay­sés. Après une der­nière sé­rie de montagnes russes, ce trail fri­go­ri­fiant s’achève sur les hau­teurs de Ro­que­fort, qui livrent le der­nier pa­no­ra­ma sur la cé­lèbre ci­té fro­ma­gère et sa salle des fêtes, dans la­quelle les cou­reurs fran­chissent la ligne d’ar­ri­vée, bien au chaud cette fois ! Un aligot ar­ro­sé de Tem­plière (la bière lo­cale) plus tard, et il est dé­jà temps de ren­trer conter ses ex­ploits au coin du feu et loin du froid !

Les chutes sont nom­breuses et cha­cun se rac­croche aux branches comme il peut. Le traileur n’est pas ama­teur de pa­ti­nage, c’est une cer­ti­tude !

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