En­quête

Avec 160 courses ins­crites à son ca­len­drier, La Réunion est l’un des dé­par­te­ments fran­çais qui pro­pose le plus d’évé­ne­ments chaque an­née. Dif­fi­cile, dès lors, pour les or­ga­ni­sa­teurs de se faire une place et de pé­ren­ni­ser leurs épreuves…

Jogging International - - Sommaire - Ni­co­las Goi­nard, photos Vincent Ly­ky et Grand Raid de La Réunion

L’île de la Réunion face à la mul­ti­pli­ca­tion des courses

Cette an­née, La Réunion ac­cueille­ra 160 épreuves, et l’Es­sonne, 72… mee­tings d’athlétisme com­pris !

L’idée était in­té­res­sante. Sur l’île de la Réunion, où le trail trace sa route sans em­bûche, créer une nou­velle course sur route consti­tuait un dé­fi osé pour Da­niel Ro­bert et l’as­so­cia­tion Sport Pas­sion 974. D’au­tant qu’il était ques­tion d’un se­mi et d’un ma­ra­thon, des for­mats bou­dés dans le dé­par­te­ment de l’océan In­dien. Dé­nom­mée Ul­traRun, cette épreuve de­vait être as­so­ciée au Ma­ra­thon in­ter­na­tio­nal de Ta­na, à Ma­da­gas­car, qui a lieu à la mi-oc­tobre. Comme une sorte de ju­me­lage. La­ris­sa Rat­si­ra­ka, or­ga­ni­sa­trice du ma­ra­thon mal­gache, avait fait la connais­sance des or­ga­ni­sa­teurs réu­nion­nais en 2016, et les avait même in­vi­tés sur place. C’est ain­si que le pro­jet était né, avec cette volonté de créer des pas­se­relles et de qua­li­fier les deux pre­miers lo­caux de l’Ul­tra-Run au Ma­ra­thon de Ta­na. Un fias­co... Alors que l’or­ga­ni­sa­tion es­pé­rait entre 2 500 et 3 500 ins­crits sur les six courses, on an­non­çait tout au plus 600 man­geurs de bi­tume, dont une très large par­tie de mar­cheurs, au dé­part du Ba­ra­chois, place du centre-ville de Saint-De­nis, avec vue sur mer et mon­tagne. Pis, le ma­ra­thon a été an­nu­lé trois jours avant l’épreuve, faute de par­ti­ci­pants.

« Nous n’avions que 19 cou­reurs » , ex­plique Da­niel

Ro­bert. « Un pre­mier ac­cou­che­ment est sou­vent dif­fi­cile, mais le bé­bé est là » , mar­tèle, comme pour se ras­su­rer, Na­cou, l’une des « pe­tites mains » de l’or­ga­ni­sa­tion de cette course, aus­si am­bi­tieuse que gâ­chée. Dom­mage, car le po­ten­tiel est réel. Sur un parcours rou­lant entre Saint- De­nis et Sain­teSu­zanne, à l’est, les cou­reurs du se­mi-ma­ra­thon ont pu ap­pré­cier le pro­fi l et s’off rir cette « re­con

quête du sen­tier lit­to­ral », se­lon la for­mule d’Alain Cou­derc, ad­joint aux sports du chef-lieu. Cet échec s’ins­crit dans un contexte de forte concur­rence sur une île dont le ca­len­drier des courses horss­tade est par­ti­cu­liè­re­ment char­gé. 160 épreuves en tout. À titre de com­pa­rai­son, un dé­par­te­ment comme l’Es­sonne re­cense, en 2018, seule­ment 72 com­pé­ti­tions… mee­tings d’athlétisme com­pris !

LE PHÉ­NO­MÈNE JOR­NET

Consé­quence : en 2017, 16 épreuves ont été vic­times de cette bous­cu­lade des com­pé­ti­tions à La Réunion. Par­mi elles, cer­taines étaient ins­crites dans le pay­sage de la course à pied lo­cal, comme les Fou­lées nocturnes de Saint- Gilles-lesBains qui de­vaient s’élan­cer le 2 sep­tembre

der­nier dans les rues de la sta­tion bal­néaire de l’ouest de l’île. Sur son compte Fa­ce­book, dix jours avant le dé­part, le club or­ga­ni­sa­teur Ouest Run Triathlon, qui oeu­vrait de­puis 2013, a an­non­cé : « En rai­son de pro­blèmes tech­niques et de spon­so­ring de der­nières mi­nutes, nous ne sommes pas en me­sure d’or­ga­ni­ser les Fou­lées nocturnes de Saint

Gilles. » Les courses sur route sont les pre­mières à souff rir de ce ca­len­drier char­gé, se­lon l’ana­lyse de Jean- Phi­lippe Imize, vice- pré­sident du club d’athlétisme En­tente du Nord, ba­sé à Saint-De­nis, qui pos­sède aus­si une sec­tion trail : « Ici, tout le monde n’en a que pour la course de mon­tagne. Il y a eu un phé­no­mène Ki­lian Jor­net. » L’ath­lète ve­nu de Ca­ta­logne a rem­por­té, ici, le Grand Raid en 2010 et 2012. Le pu­blic et les trai­leurs se sont pas­sion­nés pour ce­lui qui ava­lait rem­parts et cirques comme un ca­bri. « Il y a vrai­ment eu un après

Jor­net » , confirme Ca­rine Mai­gnan, ré­dac­trice web qui tient sur Fa­ce­book deux pages d’in­fo sur

les courses à La Réunion (voir Jog­ging n° 397-398). « Les gens sont dans la re­cherche de la dif­fi­cul­té sportive. C’est une fa­çon d’exis­ter et de se res­sour­cer au contact de la nature. Mais c’est vrai que pour un pe­tit dé­par­te­ment, il y a trop de courses. »

LE TRAIL FAIT SA LOI

Quelques mil­liers de pas­sion­nés par­ti­cipent à ces courses. Ils sont di­lués dans une masse d’évé­ne­ments qui peinent par­fois à avoir des dé­parts four­nis. Beau­coup d’or­ga­ni­sa­tions ont ain­si moins de

200 paires de bas­kets sur la ligne. « Il y a le Grand Raid, in­dé­bou­lon­nable. Et les autres, qui vont et qui viennent » , ana­lyse un en­traî­neur. « En quatre ans, le nombre de courses a été mul­ti­plié par deux sur l’île. Mais on constate aus­si qu’en moyenne, deux épreuves par mois sont an­nu­lées. Elles n’ar­rivent pas à faire le poids, sans doute à cause du coût. Ça re­vient vite cher, on est sur un ta­rif qui va­rie entre 1 € et 1,50 € du ki­lo­mètre » , dé­taille Jean-Marc Jacques, un traileur. Ces der­nières an­nées, de très nom­breuses courses de mon­tagne sont ain­si nées. Un or­ga­ni­sa­teur peste contre ces épreuves : « Jus­qu’à preuve du contraire, le trail n’est pas une épreuve olym­pique. Je ne com­prends pas cet en­goue­ment ! » Dans ce contexte, l’Ul­tra- Run risque bien d’être clas­sée dans la ca­té­go­rie des pe­tites courses qui ont ten­té de naître et qui se sont cas­sé les dents sur une île où le Grand Raid fait la loi…

En moyenne, sur l’île de la Réunion, deux épreuves de course à pied sont an­nu­lées chaque mois.

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