Hu­meur

Les ré­seaux so­ciaux sont par­tout. Une hé­gé­mo­nie à la­quelle le monde de la course est loin d’échap­per. Pour le meilleur comme pour le pire.

Jogging International - - Sommaire - Ni­co­las Gar­don, pho­to Vincent Ly­ky

#an­ti­so­cial

Fake news. La mèche éner­vée, Do­nald Trump n’a que ce mot au bout des doigts, twit­tant à qui veut le lire tout le mal qu’il pense de ces « fausses in­for­ma­tions ». Gros­so mo­do, tout ce qui ne va pas dans son sens. Les fake news, c’est aus­si et sur­tout cette né­bu­leuse de pu­bli­ca­tions qui se ba­ladent de comptes en comptes sur les ré­seaux so­ciaux au fil des par­tages, ce cor­tège d’in­fos pas ou peu vé­ri­fiées, de ru­meurs in­fon­dées, de lé­gendes ur­baines qui peuvent sur­vivre des an­nées. Mais pour toi, cher run­ner amou­reux du sel­fie, de l’an­gli­cisme qui part dans tous les sens et de ton compte Ins­ta­gram, le plus grand dan­ger n’est pas là. Bon, on te conseille quand même d’évi­ter d’avoir dans tes contacts ce cou­reur qui nous a te­nu la jambe sur Fa­ce­book, af­fir­mant se nour­rir de­puis plus de dix ans uni­que­ment d’un ca­fé le ma­tin, tout le reste lui étant ap­por­té par l’air qu’il res­pire…

#TOUJOURSÀFOND

Ah, ces pe­tits posts tout simples : une pho­to de votre ma­gni­fique tête à la fin de votre sor­tie, bave aux lèvres et re­gard ha­gard en bo­nus, avec, en sur­im­pres­sion, le ki­lo­mé­trage, la dis­tance et votre al­lure moyenne. Un par­tage Fa­ce­book plus tard et vous voi­là la star de la piste d’ath­lé. Mais soyons hon­nêtes : 6 min 30 s/km, en al­lure moyenne, ça ne pose pas vrai­ment son cou­reur. Non, vos « amis » vir­tuels mé­ritent mieux. Du coup, toutes vos sor­ties se font

en mode cin­quième vi­tesse et vous n’hé­si­tez ja­mais à sprin­ter un bon coup sur la fin pour at­teindre une al­lure qui se­ra res­pec­tée par tous, quitte à res­sem­bler à un chi­hua­hua sous LSD… Dom­mages col­la­té­raux de cet or­gueil mal pla­cé, vous ne faites ja­mais au­cune sor­tie sous les 80 % de FCM et vous vous épui­sez en ne don­nant ja­mais au­cune chance à votre or­ga­nisme de ré­cu­pé­rer. Sauf quand vous de­vez faire une coupure, votre corps ayant dé­ci­dé de dire « non ». Alors, on va vous li­vrer un pe­tit se­cret : per­sonne ne se pré­oc­cupe de votre al­lure. Ne s’en pré­oc­cupe vrai­ment, plu­tôt. Les quelques « j’aime » col­lec­tés pour votre « pe­tite sor­tie tran­quille de 20 km en 1 h 20 » se­ront vite ou­bliés. Parce que ce n’est pas tout ça, mais il y a des vi­déos de cha­tons à re­gar­der… Et si, vrai­ment, vous ne sup­por­tez pas que votre pro­fi l soit sa­li avec des vi­tesses in­dignes de votre talent, faites comme Laurent : « Les sor­ties lentes, soit je ne les mets pas du tout soit je tra­fique le fi­chier de ma montre GPS avant de le mettre en ligne pour qu’il in­dique une al­lure plus ra­pide. » Si ça l’aide à mieux dor­mir…

#MIROIRMONBEAUMIROIR

Ah, la ma­gie du sel­fie en mi­lieu de sor­tie ! Le pro­blème, c’est que si cette pause, juste pour flat­ter l’ego, n’est guère pro­blé­ma­tique pen­dant un jog­ging tout tran­quille ( mais vous avez pen­sé à votre al­lure moyenne, es­pèce de li­mace ?!), elle va de­ve­nir plus em­bê­tante si, comme cer­tains, vous avez l’idée sau­gre­nue de l’ob­ser­ver lors d’une sor­tie à al­lure spé­ci­fique, d’un tra­vail au seuil ou, comme dé­jà vu, en

plein mi­lieu d’un fractionné. « Le but de ces en­traî­ne­ments est de main­te­nir l’in­ten­si­té vou­lue sur un laps de temps spé­ci­fique. Si vous stop­pez en plein mi­lieu, vous chan­gez toute la dy­na­mique de la chose. Et sans comp­ter sur ce que j’ai pu ob­ser­ver : un cou­reur qui s’ar­rête tout net pour prendre sa c… (mot cen­su­ré pour ne pas cho­quer notre jeune pu­blic) de sel­fie et qui s’est re­trou­vé avec tout le groupe qui le sui­vait sur le dos. Et je veux dire lit­té­ra­le­ment sur le dos : lui en des­sous et les autres, qui n’ont pas pu s’ar­rê­ter à temps, em­pi­lés sur lui… » , se dé­sole l’en­traî­neur Sté­phane Cour­tois.

#JEDISTOUJOURSOUI

Non, dé­ci­dé­ment, vous n’avez au­cune volonté. Votre ap­pli Fa­ce­book est en sur­chauffe tous les jours, as­saillie par les in­vi­ta­tions : lun­di, une sor­tie de 10 km avec les col­lègues du bou­lot ; mar­di, votre tra­di­tion­nelle séance de fractionné avec votre « team » ; mer­cre­di, vous va­riez les plai­sirs, le club de sport du coin vous in­vite à une ini­tia­tion au spinning… Et ça conti­nue comme ça jus­qu’au ma­ra­thon de di­manche. Ce n’est ja­mais que votre qua­trième course du mois. Certes, tout ça, c’est bon pour vos sta­tis­tiques Stra­va, et vos co­pains de SquadRun­ner sont ra­vis, vous avez dé­jà cou­ru 225 km et on n’est que le 15 jan­vier… Bref, vous ne sa­vez pas dire non à toutes les ten­ta­tions qui se pré­sentent de­vant vous, toutes ces sor­ties or­ga­ni­sées par le ma­ga­sin du coin, toutes ces re­con­nais­sances de parcours, tous ces ki­lo­mètres pleins de pro­messes. Et si cer­tains par­viennent à s’en sor­tir in­tacts, bon nombre de cou­reurs aus­si bou­li­miques vont bien­tôt se re­trou­ver à pos­ter sur les ré­seaux so­ciaux de­puis le ca­bi­net mé­di­cal. Le groupe a un ef­fet de mo­ti­va­tion for­mi­dable quand on est dans une pé­riode creuse, mais dire « oui » à toutes les pro­po­si­tions est le piège à évi­ter…

Pe­tit se­cret : per­sonne ne se pré­oc­cupe de votre al­lure. Ne s’en pré­oc­cupe vrai­ment, plu­tôt. Vos quelques « j’aime » col­lec­tés se­ront vite ou­bliés.

En 2015, se­lon une étude de Sport­lab, 65 % des run­ners cou­raient avec leur smart­phone. De quoi créer des ten­ta­tions…

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