Tous fi­ni­shers

Jog­ging en re­lais sur le Trail des Villes Royales

Jogging International - - Sommaire - Ni­co­las Gar­don, pho­tos Vincent Ly­ky

J ’avais pas si­gné pour un cross de 22 km !!! » Di­manche 18 fé­vrier 2018, châ­teau de La Ma­de­leine, à Chevreuse, dans les Yve­lines, fin du premier re­lais de ce Trail des Villes Royales. Clément, jour­na­liste à Jog­ging, au­rait bien fait avec un peu moins de boue. Car, comme pour la pre­mière édi­tion, en 2016, ce TVR – pour les in­times –, au­ra été mar­qué en par­tie par une bonne couche de ga­doue, à la fois col­lante et glis­sante, de celle qui s’at­tache bien aux chaus­sures tout en se dé­brouillant par­fai­te­ment pour vous dés­équi­li­brer à la moindre oc­ca­sion. Le par­cours, il faut le dire, est as­sez in­égal. Après un pe­tit tour de la pièce d’eau des Suisses, avec vue pri­vi­lé­giée sur le châ­teau de Ver­sailles, Clément et ses ca­ma­rades de jeu (qui s’at­ta­quaient aux 52 km et 650 m D+ en so­lo ou en re­lais à trois) sont donc par­tis pour 22 km al­ter­nant belles par­ties fo­res­tières et sec­tions à dé­cou­vert bien moins bu­co­liques, à l’image de cette longue che­vau­chée vers Guyan­court et le Golf na­tio­nal de Saint- Quentin- en-

Yve­lines. Avec, en bou­quet fi­nal, la mon­tée de­puis Mi­lon-la- Cha­pelle, où les arbres se sont trans­for­més en tu­teurs de cir­cons­tance pour trai­leurs

pa­ti­neurs. Clément le confirme d’ailleurs : « Le moins que l’on puisse dire, c’est que le par­cours an­non­çait vite la cou­leur ! À peine lancé au­tour de la pièce d’eau des Suisses, je suis dé­jà en train d’évi­ter les flaques de boue qui me barrent le pas­sage. Une at­ten­tion bien vite ou­bliée dès mon en­trée sur les che­mins fo­res­tiers : il va fal­loir sor­tir les che­nilles ! Alors, je plonge joyeu­se­ment les pieds dans la ga­doue, mais sans mes bottes en ca­ou­tchouc… Cer­tains pas­sages sont dignes d’une Mud Day et je pense aux cou­reurs des Dunes d’Es­poir et à leur joë­lette qui tra­vaille­ront au­tant leurs bras que leurs jambes pour me­ner à bien cette aven­ture ! On dit que la boue est bonne pour la peau, mais après 2 h 15 de trai­te­ment, ma cure touche à sa fin et je passe le re­lais à Ni­co­las, bien propre lui. En­fin, pour le mo­ment… »

PRI­VI­LÈGE DE CHEF

La cein­ture porte- dos­sard change donc de pro­prié­taire, et me voi­là lancé sur la deuxième par­tie. La plus belle du tra­cé, que je m’étais donc ré­ser­vée (il faut bien que ça me serve à quelque chose, ce titre de ré­dac­teur en chef !). Alors qu’en 2016, on des­cen­dait du châ­teau par les la­cets fort lu­diques du cir­cuit pié­ton, cette fois, c’est de la route qui s’offre à moi sur un bon ki­lo­mètre. Moins amu­sant mais au­tre­ment plus ra­pide ! Les 18 ki­lo­mètres sui­vants sont presque uni­que­ment fo­res­tiers, avec le cadre ty­pique de la val­lée de Chevreuse : de larges al­lées qui, quand elles s’énervent vrai­ment, pré­sentent au moins un mètre de dé­ni­ve­lé po­si­tif par ki­lo­mètre, et des pe­tits

Fes­ti­val d’ap­puis fuyants et de rat­tra­pages li­mites dans un bruit de suc­cion des plus dé­li­cats, cou­rir dans la boue est vrai­ment un plai­sir de chaque ins­tant !

mo­no­traces qui, pour le coup, adorent grim­per ou des­cendre fran­che­ment. Avec, tou­jours, une boue vi­cieuse pour com­plé­ter le ta­bleau. Mais entre le pas­sage au mi­lieu des ro­chers le long de l’Yvette, l’ar­ri­vée sur le la­voir de Main­court et cette longue sec­tion « montagnes russes » au-des­sus de l’ab­baye des Vaux- de- Cer­nay, point d’orgue de la jour­née, l’en­nui n’a pas vrai­ment sa place.

L’ÂME D’UN POÈTE

Sur ce deuxième re­lais, je vais très ré­gu­liè­re­ment dou­bler des « so­los ». Je pré­fère les ras­su­rer quand ils me voient grim­per en cou­rant ce qu’ils peinent à gra­vir en mar­chant, voire par­fois à quatre pattes : « Pas de pa­nique, j’ai 22 km de moins que vous

dans les jambes ! » La taille re­la­ti­ve­ment ré­duite du pe­lo­ton per­met aus­si de vivre de longues sec­tions en so­li­taire, ce qui n’est pas pour me dé­plaire. Si je me lan­çais dans la poé­sie de bas étage, je van­te­rais l’air frais qui abreu­vait mes pou­mons, le doux so­leil qui, au tra­vers des arbres, frap­pait le haut d’un crâne de plus en plus dé­peu­plé « ca­pi­lai­re­ment », le si­lence apai­sant des lieux, à peine trou­blé par les quelques bruits de fou­lées et, il faut bien le dire, par­fois des res­pi­ra­tions dignes du hen­nis­se­ment le plus puis­sant. Heu­reu­se­ment, poète je ne suis point… De toute fa­çon, me voi­ci dans la der­nière mon­tée qui me mène à la sa­blière d’Auf­far­gis, en­droit où je passe du sta­tut de cou­reur à ce­lui de sup­por­ter pour Mat­thieu, notre se­cré­taire de ré­dac­tion, qui va prendre l’ul­time re­lais. 11 ki­lo­mètres et des brouettes, et un dé­ni­ve­lé ri­qui­qui pour une der­nière sec­tion en di­rec­tion de l’hip­po­drome de Ram­bouillet. Al­lez, jeune homme, au ga­lop ! « Dé­ni­ve­lé ri­qui­qui, fa­cile à dire ! Comme par ha­sard, moi, quand je prends mon re­lais, c’est en côte… Et alors que mes concur­rents marchent, je cours, je vole, je… crache mes pou­mons ! J’au­rais dû for­cer sur l’échauf­fe­ment… Al­lez, je dois te­nir 500 m avant le vi­rage qui me ca­che­ra à la vue de mes co­équi­piers – et de Vincent, notre pho­to­graphe, qui ne me ra­te­ra pas si je passe à la marche ! D’ici là, je double à tout va. La pro­pre­té im­ma­cu­lée de ma te­nue ne laisse guère de doutes à mes “vic­times” : j’ai ef­fec­ti­ve­ment 40 bornes de moins qu’elles dans les pattes ! Ar­ri­vé en haut, je vé­ri­fie ma montre, his­toire de me­su­rer le sur­ré­gime. J’ai ou­blié de

la dé­clen­cher en m’élan­çant. Ah, les dé­bu­tants ! Il me fau­dra à peu près un ki­lo­mètre pour re­trou­ver une res­pi­ra­tion nor­male. L’avan­tage, en souf­flant comme un boeuf, c’est que les cou­reurs de­vant m’en­tendent ar­ri­ver et s’écartent d’eux-mêmes. »

SI TU MARCHES, T’ES UN LÂCHE

Pour le reste, cette der­nière par­tie est un en­chaî­ne­ment de longues lignes droites, d’abord à tra­vers la fo­rêt, puis sur des che­mins de ha­lage. Com­pre­nez : au­cune dif­fi­cul­té tech­nique. Quoique… Là en­core, il fal­lait comp­ter avec la com­po­sante « hu­mi­di­té ». La lo­gique est tou­jours la même : saut de ca­bri, on évite la pre­mière flaque, pas chas­sé, la deuxième. À la troi­sième, on se rate et le pied plonge jus­qu’à la che­ville. Dès lors, plus de re­te­nue ! En bord de ca­nal, il n’est plus ques­tion de flaques d’eau, mais de mare de boue. Une seule et im­mense mare ! Mat­thieu, un rien or­gueilleux, conti­nue à cou­rir, quand « ceux qui savent » sont re­pas­sés à la marche. Fes­ti­val d’ap­puis fuyants et de rat­tra­pages li­mites, dans un bruit de suc­cion des plus dé­li­cats. Il fi­ni­ra quand même par mar­cher, « un peu… » , de son propre aveu. Et Mat­thieu de conclure : « Der­nière par­tie, psy­cho­lo­gi­que­ment la plus dure. L’hip­po­drome se dé­couvre au sor­tir de la fo­rêt. À peu près un de­mi-tour à bou­cler. Et ça n’en fi­nit ja­mais. L’im­pres­sion de ne pas avan­cer. Les jambes sont lourdes. Le dé­cor est fi­gé. Et, face à la ligne d’ar­ri­vée, le vent, pleine poire. L’ob­jec­tif de Vincent m’at­tend, je ne dois pas dé­ce­voir… Je grille un couple sur la ligne, bras le­vés, dans un style plus proche du per­che­ron que du pur-sang an­glais. » Notre fi­ni­sher n’au­ra même pas droit à son mo­ment de gloire ou à son re­tour au calme : face aux as­sauts du vent gla­cial et aux ho­raires exi­geants de la SNCF, nous voi­là dé­jà en di­rec­tion de la gare. Bref, re­par­tis plus vite que nous ne sommes ar­ri­vés…

De g. à dr. : Mat­thieu, Ni­co­las et Clément, l’équipe de Jog­ging à l’ar­ri­vée de la course.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.