Ye­ti Race, la course des spor­tifs de haut ni­veau

Jogging International - - Sommaire - Vé­ro­nique Bu­ry, pho­tos Co­rinne Du­breuil

Grande pre­mière cette an­née à La Plagne ! La Yé­ti Race, course à obs­tacles mê­lée à des ac­ti­vi­tés va­riées (ca­ra­bine, sciage…) dans la neige, a per­mis aux ama­teurs de croi­ser les cham­pions des Étoiles du Sport sur le par­cours. Re­por­tage en im­mer­sion au coeur d’un dé­cor im­ma­cu­lé.

Non, ils ne s’at­ten­daient pas à ça ! En pre­nant le dé­part de la Big Yé­ti Race, Ro­nan et Mi­ckaël, trai­lers ama­teurs, ne pen­saient pas se re­trou­ver à l’ar­ri­vée, 12 km et deux heures plus tard, aux cô­tés de mé­daillés olym­piques ou mon­diaux. Ain­si, à quelques mètres de la ligne, près de 80 ath­lètes, membres des équipes de France, sau­tillent sur place, prêts à prendre à leur tour le dé­part de cette Yé­ti Race, mais en ver­sion Soft, soit 9 km. Il est 10 h 20. Une tête dé­passe, on re­con­naît Ca­mille La­court, quin­tuple cham­pion du monde et d’Europe de natation. Non loin, Pau­line Ado, cham­pionne du monde de surf, dis­cute avec Zoé Gros­pi­ron, étoile mon­tante du long­board et fille du cé­lèbre cham­pion de ski acro­ba­tique. À quelques mètres, les cham­pions olym­piques par équipes d’équi­ta­tion et d’es­crime de Rio, Ka­rim La­ghouag et JeanMi­chel Lu­ce­nay, ou en­core les frères Gille, Guillaume et Ber­trand, cham­pions olym­piques et du monde avec l’équipe de France de hand­ball. L’am­biance est fes­tive, ça ri­gole, ça se chambre, ça se prend en pho­tos. Vi­si­ble­ment, le stress et la concen­tra­tion des grandes com­pé­ti­tions in­ter­na­tio­nales sont res­tés à la mai­son. Mi­chäel Jé­ré­miasz, ex­nu­mé­ro 1 mon­dial en double en ten­nis fau­teuil est aus­si de la par­tie, as­sis dans une luge rouge, en­tou­ré d’une di­zaine de spor­tifs de dis­ci­plines dif­fé­rentes. Tho­mas Co­ville semble, lui, prêt à en dé­coudre, un mois après sa vic­toire sur la Tran­sat Jacque Vabre.

LA VA­LEUR PAR­TAGE

Il faut dire que la Yé­ti Race, à l’ori­gine, c’est « une course qui a été créée pour les Étoiles du Sport » , rap­pelle Sé­bas­tien Fou­cras, co-fon­da­teur avec Be­noît Ey­cken de cet évé­ne­ment qui ras­semble chaque an­née, de­puis 2002, de nom­breux cham­pions fran­çais et des es­poirs sé­lec­tion­nés, toutes dis­ci­plines confon

dues, sur les pistes de La Plagne. « Au dé­part, on a créé cette course dans l’idée de leur pro­po­ser une épreuve à faire en duo, car on sou­hai­tait im­pul­ser de la co­hé­sion entre le par­rain et son es­poir du­rant la se­maine des Étoiles du Sport. Comme on ne sou­hai­tait pas mettre d’épreuve de ski afin d’évi­ter que les ath­lètes ne se blessent en vou­lant trop s’en­ga­ger, on a dé­ri­vé sur un trail, dans le­quel on a pla­cé des obs­tacles pour que ce­la soit plus sym­pa­thique » , ex­plique le mé­daillé d’ar­gent des jeux Olym­piques d’hi­ver 1998 en saut acro­ba­tique, heu­reux et fier que cette ma­ni­fes­ta­tion ca­rac­té­rise au­jourd’hui par­fai­te­ment le concept des

Étoiles du Sport, « avec la trans­mis­sion dans l’ef­fort et l’ac­tion, et la so­li­da­ri­té, puis­qu’il faut vrai­ment être deux pour pas­ser les dif­fé­rents obs­tacles » . C’est d’ailleurs ce qui a don­né en­vie aux deux créa­teurs de l’ou­vrir au

grand pu­blic, en 2013. « Quand on a vu l’en­goue­ment des cham­pions pour cette épreuve, on s’est dit que ce­la pour­rait être sym­pa aus­si de per­mettre à d’autres per­sonnes de pou­voir le vivre et on a créé la Yé­ti Race (…). » Pour la pre­mière fois, cham­pions et ama­teurs ont pu se croi­ser sur le par­cours. « Le grand pu­blic n’avait pas ac­cès aux Étoiles, on a donc dé­ci­dé de créer un es­pace de ren­contre pour leur per­mettre de les croi­ser du­rant l’évé­ne­ment, soit au vil­lage dé­part, soit sur la course. »

« UNE EX­PÉ­RIENCE DE DINGUE »

Sur le par­cours, alors que les pre­mières Étoiles rat­trapent les der­niers concur­rents de la Big au ni­veau de l’épreuve de sciage de bûches, les en­cou­ra­ge­ments com­mencent à se faire en­tendre. « À chaque fois que l’on double des concur­rents et qu’on leur ex­plique qui on est, ils nous en­cou­ragent en­core plus pour qu’on se dé­chire » , constatent d’une même voix les ca­va­liers Ka­rim La­ghouag et Fran­çois Le­mière, qui fi­ni­ront neu­vièmes sur 35, en 1 h 29 min 23 s. De quoi faire taire les mau­vaises langues qui « disent que l’équi­ta­tion n’est pas un sport parce que ce sont les chevaux et non les ca­va­liers qui courent » . Certes, de­vant eux, le double cham­pion du monde de course en ra­quettes, Sté­phane Ri­card, et le cy­cliste de l’AG2R La Mon­diale, Alexis Vuiller­moz, sont dé­jà loin. Ils ar­ri­ve­ront d’ailleurs pre­miers de la Soft en 1 h 04 min 16 s (soit quatre mi­nutes de mieux que la pre­mière équipe du clas­se­ment ama­teur). Mais der­rière, en re­vanche, le pe­lo­ton s’étire… Preuve que ce raid à obs- tacles, où l’on al­terne course dans la neige et épreuves di­verses (tir à la ca­ra­bine, sciage de bûche, par­cours du com­bat­tant…), tient aus­si du vé­ri­table cal­vaire pour cer­tains spor­tifs de haut ni­veau. « C’est une ex­pé­rience de dingue ! Je n’ai ja­mais au­tant souf­fert ! Dans les mon­tées, j’avais les jambes qui té­ta­ni­saient tel­le­ment que je ne pou­vais plus avan­cer » , confie la jeune plon­geuse Maïs­sam Na­ji, après avoir fran­chi la ligne d’ar­ri­vée juste de­vant le duo de na­geurs

Ca­mille La­court et Clément Batte. Les­quels n’avaient pas hé­si­té à s’ar­rê­ter pour les ai­der, elle et sa mar­raine Laura Ma­ri­no, à fran­chir cer­tains obs­tacles du par­cours du com­bat­tant, si­tué à quelques cen­taines de mètres de la ligne d’ar­ri­vée. « Sans ça, on

au­rait fi­ni de­vant les ath­lètes ! » , lâche d’un sou­rire ta­quin Ca­mille La­court. Sur l’aire d’ar­ri­vée, alors que les ama­teurs en pro­fitent pour faire des sel­fies avec les « stars », Ju­ny et Ma­rion passent la ligne d’ar­ri­vée main dans la main. À 30 ans, les deux amou­reux viennent de fi­nir leur deuxième Yé­ti Race. Heu­reux d’avoir par­ta­gé ce mo­ment en­semble et d’avoir pu croi­ser sur le par­cours de tels cham­pions. « On a pu dis­cu­ter et pas­ser quelques obs­tacles en même temps qu’eux. On s’est en­cou­ra­gés mu­tuel­le­ment. C’était vrai­ment su­per… »

À me­sure que le pe­lo­ton s’étire, on voit que ce raid est un cal­vaire pour cer­tains spor­tifs de haut ni­veau.

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