Ren­contre avec Ma­hie­dine Me­khis­si

Le seul Eu­ro­péen à pou­voir battre les Ke­nyans sur 3 000 m steeple a des en­vies de route, al­lant même jus­qu’à évo­quer le ma­ra­thon des J.O. 2024. Et pas pour la fi­gu­ra­tion !

Jogging International - - Sommaire - Ni­co­las Gar­don, pho­to Adidas

« Ma­hie­dine est fa­ti­gué, il vient juste de re­ve­nir d’Éthio

pie. » Chez Adidas, on prend soin du re­ve­nant, qui court de nou­veau sous les trois bandes après un saut de puce chez Nike. La salle de presse du se­mi de Pa­ris en théâtre des opé­ra­tions, deux chaises en plas­tique face à face pour tout dé­cor. Sobre, pas d’ar­ti­fices, les yeux dans les yeux. Et, pour le jour­na­liste, un pe­tit sem­blant d’ap­pré­hen­sion. La faute à une ré­pu­ta­tion, à quelques im­pul­si­vi­tés pas­sées qui pour­raient faire ou­blier qu’on a face à nous un triple mé­daillé olym­pique sur 3 000 m steeple (ar­gent en 2008 et 2012, bronze en 2016). Les images de la fi­nale de Pé­kin nous re­viennent. Ce der­nier 400 m en moins d’une mi­nute, bar­rières et ri­vière en sus, le Fran­çais en sand­wich ke­nyan entre Kip­kem­boi et Ki­pru­to dans l’ul­time ligne droite. Il sème le pre­mier, échoue d’un mètre face au se­cond. La vio­lence de l’ef­fort, on peut à peine l’ima­gi­ner. La vio­lence de la dé­cep­tion aus­si, sans doute.

« Je sais que j’ai ça dans les jambes »

3 mars 2018. Ce jour- là, on le sent po­sé, Ma­hie­dine Me­khis­si. L’at­ter­ris­sage de son avion au pe­tit ma­tin et l’en­chaî­ne­ment des in­ter­views et des prises de vue de­puis y est sans doute pour quelque chose. Chaque mot est sou­pe­sé, cher­ché, ap­puyé par un re­gard sou­vent per­çant, par­fois per­du. Il scrute, chez son in­ter­lo­cu­teur, les ré­ac­tions at­ten­dues. Quand, par exemple, il ba­lance, comme ça, au dé­tour d’une phrase : « T’es le pre­mier à qui je le dis : je vise le ma­ra­thon des J. O. de Pa­ris, en 2024. » Pour le coup, c’est nous qui at­ten­dons le sou­rire en coin qui nous di­ra : « Tu y as vrai­ment cr u ? » Non, on n’y croit pas. Et pour­tant… « Je suis un cou­reur au sens large, pas un spé­cia­liste. Je veux al­ler sur la route. Du se­mi, du ma­ra­thon… » L’homme ne bluffe pas. La car­rière après la car­rière se fe­ra donc sur le bi­tume ? « Ah non, je ne veux pas faire comme ceux qui fi­nissent la piste puis qui vont sur la route en­suite. Mon pre­mier ma­ra­thon, ce se­ra fin 2018- dé­but 2019. J’ai­me­rais bien aus­si faire comme Mo Fa­rah, qui avait cou­ru le pre­mier se­mi du ma­ra­thon de Londres pour se tes­ter. Je me ver­rais bien faire ça à Pa­ris : les 30 pre­miers ki­lo­mètres avec les gars de tête pour tâ­ter l’am­biance, voir comment ça se court tac­ti­que­ment. Je sais que j’ai ça dans les jambes : avec Mo, en Éthio­pie, j’ai fait 30 km à 20 km/h de moyenne. » Sympa le foo­ting !

Le pla­ni­fi­ca­teur

Cou­reur « au sens large », c’est un bou­lot de longue ha­leine, avec toutes les dis­tances qui vous passent par les pattes. Aux cham­pion­nats d’Eu­rope de Ber­lin, en août pro­chain, ce se­ra donc un dou­blé 3 000 m steeple et 5 000 m, le pro­gramme em­pê­chant de cu­mu­ler le 1 500 m avec la course aux bar­rières et aux ri­vières. « Mais c’est bien : si je veux être cham­pion olym­pique sur steeple en 2020, je dois trou­ver un équi­libre, maî­tri­ser aus­si bien le 5 000 que le 1 500. Et si, en plus, je de­viens cham­pion sur 5 000, je se­rai le pre­mier à avoir eu les titres eu­ro­péens sur 1 500, 3 000 steeple et 5 000. » Prou­ver qu’il est ca­pable, sans ar­rêt. Une échappée folle qui se­rait épui­sante pour beau­coup. Pas pour Ma­hie­dine : « La course, c’est une grande par­tie de ma vie, je ne veux pas me mettre de bar­rières. » Comme lors de ce re­tour abré­gé sur cross, sa dis­ci­pline d’ori­gine. Le cham­pion­nat de Nor­man­die, qu’il de­vait sur­vo­ler, s’est fi ni après moins d’un ki­lo­mètre de course : « Oui, j’ai aban­don­né ra­pi­de­ment. Tu sais pour­quoi, t’as en­ten­du quoi ? Oui, une bois­son acide qui est mal pas­sée. J’étais déçu. Le cross, c’est la base en course à pied. La boue, le froid… Mais je re­vien­drai en 2019 ! » Au fi l de l’in­ter­view, le pro­gramme des mois à ve­nir s’est, peu à peu, char­gé. Une longue pe­lote dé­rou­lée jus­qu’en 2024. Il au­ra alors 39 ans. Un bel âge pour un ma­ra­thon olym­pique à la mai­son…

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.