Té­moi­gnage

Jogging International - - Magazine -

Al­se­ny Ca­ma­ra, 30 ans, Gui­née-Co­na­kry « J’ai cou­ru dans ma jeu­nesse, mais chez nous, le sta­tut de cou­reur n’existe pas. Courir me dé­bar­rasse du stress, de l’an­goisse. J’ai un mas­ter en ma­thé­ma­tiques, j’ai été pro­fes­seur au col­lège en Gui­née. Là-bas, j’étais res­pon­sable, pas as­sis­té. Ici, je passe mon temps à at­tendre, sans vraie lueur d’es­poir. Pour­tant, je conti­nue à faire at­ten­tion à mon corps, j’ai une bonne hy­giène de vie, je cours une heure tous les jours au­tour du lac d’An­ne­cy. Mais je sens les gens ré­ti­cents, sauf le coach Cy­rille. Mais je ne peux pas tra­vailler, ni étu­dier, je ne peux rien mon­trer, rien prou­ver. Je suis un père qui a lais­sé ses deux en­fants parce qu’il vou­lait se battre di­gne­ment contre le pou­voir en place. J’ai pas­sé trois mois en pri­son en 2015, pour mon op­po­si­tion à la po­li­tique d’Al­pha Con­dé. J’ai tra­ver­sé la Mé­di­ter­ra­née dans un bateau avec 120 per­sonnes. Trois jours sans dor­mir, à re­gar­der les gens du mi­lieu du bateau se faire brû­ler la peau par le mé­lange eau de mer/es­sence. Moi, j’ai eu de la chance, j’avais la place “VIP” sur le cô­té, une jambe de­dans, une jambe de­hors. Puis on a été re­cueillis par le na­vire Aqua­rius de l’as­so­cia­tion SOS Mé­di­ter­ra­née. Ici, c’est vrai que je ne risque pas ma vie. Si je pou­vais faire des études de com­merce, ou­vrir un ma­ga­sin de vê­te­ments… En at­ten­dant, je lis à la bi­blio­thèque, j’at­tends, je m’en­nuie. Il n’y a que quand je cours que je me sens nor­mal, un type comme les autres, plus fort que les autres, même. »

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