Guillaume Ar­thus, tou­jours plus

D’un se­mi-ma­ra­thon au­tour d’un lac à An­gers aux 800 km de la tra­ver­sée des Py­ré­nées, le par­cours de cou­reur de Guillaume Ar­thus n’a ja­mais été conven­tion­nel. Ren­contre avec un ul­tra-run­ner en quête de dé­me­sure.

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Lorsque vous dé­mé­na­gez à An­gers pour vos études, avec dix-huit ans de na­ta­tion dans vos ba­gages, et que vous ne trou­vez pas de pis­cine pour conti­nuer à vous en­traî­ner, que fai­tes­vous ? Si vous vous ap­pe­lez Guillaume Ar­thus, et que cette si­tua­tion vous énerve, vous en­fi­lez des chaus­sures et vous par­tez courir. Si vous n’aviez ja­mais cou­ru au­pa­ra­vant, vous êtes de re­tour après avoir bou­clé un se­mi-ma­ra­thon ! « Je suis par­ti au­tour d’un lac à cô­té de chez mes pa­rents jus­qu’à l’épui­se­ment » ex­plique-t-il dans

les al­lées du Sa­lon du run­ning où nous l’avons ren­con­tré. « Je me suis ren­du compte, en comp­tant le nombre de tours que j’avais fait, que c’était l’équi­valent

d’un se­mi ! » sou­rit-il. Sans être en­core ac­cro à la course à pied, Guillaume, au­jourd’hui 27 ans, s’en­traîne par in­ter­mit­tence jus­qu’à prendre le dé­part de son pre­mier ma­ra­thon à Pa­ris, qu’il boucle dif­fi­ci­le­ment en 4 h 40. Il re­nou­velle l’ex­pé­rience par deux fois, mais l’ap­pel de la na­ture est trop fort pour ce ran­don­neur dans l’âme, et il bas­cule tout na­tu­rel­le­ment vers le trail. Une par­ti­ci­pa­tion au Tour des Fiz et à la SaintéLyon plus tard, notre trai­leur s’en­vole pour les États-

L’ap­pel de la na­ture est trop fort pour ce ran­don­neur dans l’âme, et il bas­cule donc vers le trail.

Unis afin d’y ter­mi­ner ses études. Guillaume ren­force son en­traî­ne­ment et il abaisse son re­cord à 3 h 10 sur ma­ra­thon avant de ve­nir à bout de son pre­mier ul­tra, le Si­nis­ter 7 Ul­tra (148 km) au Ca­na­da. « J’étais as­sez bas sur la liste d’at­tente mais comme j’étais un cou­reur étran­ger, j’ai pu ob­te­nir un dos­sard ! Un sa­cré mor­ceau pour moi qui n’avais ja­mais cou­ru plus de 72 km ! » se rap­pelle-t-il. Une courbe de pro­gres­sion im­pres­sion­nante mais tout à fait lo­gique se­lon lui : « J’ai aug­men­té les dis­tances très ra­pi­de­ment car mon corps y était pré­pa­ré, grâce à mes an­nées de na­ta­tion. Une fois mon pre­mier ul­tra bou­clé, j’ai su qu’il n’y au­rait pas de re­tour en ar­rière et que je n’au­rais de cesse d’aug­men­ter les

dis­tances. » Et comme Guillaume Ar­thus ne fait pas les choses à moi­tié, il dé­cide, avant de ren­trer en France, de courir à tra­vers les parcs na­tio­naux amé­ri­cains…pen­dant 50 jours ! Un voyage for­ma­teur, pre­mière ligne sur le CV de ce­lui qui de­vien­dra bou­li­mique de course à pied. L’an­née sui­vante, il boucle un par­cours de 800 km à tra­vers l’Eu­rope

de l’Ouest en 40 jours, avant de par­cou­rir les Bal­kans pen­dant 35 jours un an plus tard. Guillaume Ar­thus se dé­place en voi­ture, choi­sis­sant des en­droits pour

courir entre 20 et 30 km par jour. « L’an­née der­nière, je me suis dit que je n’avais plus be­soin de ma voi­ture car tout ce dont j’avais be­soin pou­vait ren­trer dans un sac à dos. J’ai fait la tra­ver­sée des Py­ré­nées sans as­sis­tance (800 km et 43 000 m D+) en moins de 14 jours, après avoir bou­clé le Tor des Géants (330 km et 24 000 m D+) », ex­plique-t-il cal­me­ment alors que je reste bouche bée… Il y au­ra aus­si le Ma­ra­thon des Sables, et un voyage dans l’Hi­ma­laya avec des sor­ties à plus de 5 000 mètres d’al­ti­tude !

UN EN­TRAέNE­MENT XXL

Der­rière ces mil­liers de ki­lo­mètres qui pour­raient pa­raître dé­rai­son­nables, et cette ac­cu­mu­la­tion de dé­ni­ve­lés à faire pâ­lir un cha­mois, son en­traî­ne­ment

est bien sûr par­fai­te­ment ca­li­bré. Une dé­marche plus que lo­gique pour un comp­table dans le quar­tier d’af­faires de la Dé­fense (92). « Pour être en me­sure de par­cou­rir au­tant de ki­lo­mètres, il n’y a pas de se­cret…il faut courir tout le temps ! Mes soi­rées, mes week-ends, mes va­cances, tout mon temps libre est dé­dié à la course à pied. Ca ne s’im­pro­vise ab­so­lu­ment pas. » Avec des plans d’en­traî­ne­ment qu’il concocte lui-même et qui sont très sem­blables à ceux que suivent les ma­ra­tho­niens. « La seule dif­fé­rence, c’est que je mul­ti­plie les vo­lumes ki­lo­mé­triques par 10. Une sor­tie longue chez moi, c’est une course de 130 bornes que je ne vais pas courir à fond. Je cours un ma­ra­thon le mar­di soir et un autre le sa­me­di soir chaque se­maine. Et les 10 000 m D+ de Mont­martre aux­quels j’ai par­ti­ci­pé en jan­vier der­nier font of­fice de séance de côte », ex­plique-t-il le plus na­tu­rel­le­ment du monde. Avec un vo­lume d’en­traî­ne­ment aus­si « fou », Guillaume Ar­thus s’est tour­né de­puis quelques an­nées dé­jà vers des épreuves to­ta­le­ment dé­ca­lées, une évo­lu­tion tout à fait co­hé­rente se­lon lui. « Courir pour courir n’a au­cun in­té­rêt pour moi. La per­for­mance chro­no­mé­trique passe tou­jours au se­cond plan. Je reste bien sûr un com­pé­ti­teur fé­roce dans l’âme, mais j’ai be­soin de vivre des aven­tures à tra­vers la course à pied qui vont bien au-de­là de ce

qu’on peut vivre sur des épreuves clas­siques. » Trail de la Pri­ma­ve­ra en Bel­gique ou Last One Stan­ding en Ir­lande (course avec des boucles à ef­fec­tuer un maxi­mum de fois), Es­cape From Me­ri­den (210 ki­lo­mètres à ef­fec­tuer tout en étant en­chaî­né à son bi­nôme), Beer Ul­tra (50 ki­lo­mètres et une bière à boire tous les 5 ki­lo­mètres) ou même la Bark­ley en 2017… les courses to­ta­le­ment dé­ca­lées ne manquent pas lorsque l’on sait où les cher­cher !

Ces courses com­plè­te­ment lou­foques, Guillaume Ar­thus les par­tage de­puis de nom­breuses an­nées sur les ré­seaux so­ciaux, no­tam­ment sur son site et sa page Fa­ce­book : Run­nex­plo­rer. Une dé­marche im­por­tante à ses yeux afin de faire dé­cou­vrir tout ce qu’il vit et les pay­sages qu’il tra­verse, à l’in­ten­tion d’autres trai­leurs à tra­vers le monde. « Je m’en­traîne qua­si­ment tout le temps seul et après avoir pro­fi­té d’une grande tra­ver­sée en so­li­taire, je res­sens le be­soin de par­ta­ger toutes ces émo­tions. C’est la se­conde par­tie de cha­cune de mes courses en quelque sorte, et c’est

pri­mor­dial pour moi. » En 2019, Guillaume Ar­thus s’at­ta­que­ra à une por­tion de la Via Al­pi­na, un che­min de ran­don­née qui ser­pente à tra­vers la France, la Suisse, l’Ita­lie, le Liech­ten­stein, l’Au­triche et la Slo­vé­nie. Un par­cours de 2 630 km et 138 000 mètres de dé­ni­ve­lé po­si­tif qu’il compte bou­cler en une qua­ran­taine de jours et en au­to­suf­fi­sance (il achè­te­ra sa nour­ri­ture au fur et à me­sure de son par­cours). « Je bosse sur ce pro­jet de­puis 2014, pour ac­qué­rir des com­pé­tences en sur­vie, en ges­tion de l’ef­fort ou en ré­cu­pé­ra­tion, mais aus­si pour peau­fi­ner mon iti­né­raire et toute la par­tie lo­gis­tique d’un tel par­cours en solo. C’est vrai­ment le but ul­time de mes aven­tures et je suis dé­jà im­pa­tient d’y être ! En­suite il fau­dra trou­ver en­core plus long mais chaque chose en son temps » conclut-il dans un sou­rire. Vers l’in­fi­ni et au-de­là…

11. En 2017, du­rant la Bark­ley (160 km, 20 000 m D+). 2. Seul dans les plaines de Mo­ray au Pé­rou en 2017.3. Sur le Ma­ra­thon des Sables en 2016.

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En sep­tembre 2017, sur les rives de « The Grand Union Ca­nal » au Royaume-Uni. 233 km en trois jours...

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