Mo­lé­cule L’élec­tro sur la ban­quise…

Keyboards Recording - - MUSICPLAY - Pro­pos re­cueillis par Fran­çois Bou­che­ry

Fraî­che­ment dé­bar­qué à So­li­days, Ro­main De­la­haye alias Mo­lé­cule est un ha­bi­tué des en­re­gis­tre­ments dans des condi­tions ex­trêmes. Après un séjour d’un mois en haute mer qui avait don­né lieu à l’al­bum 60°43'Nord, le voi­ci à pré­sent de re­tour du Groen­land où il avait ins­tal­lé son stu­dio pen­dant un mois et de­mi pour -22.7°C, son der­nier opus sor­ti en fé­vrier.

L’en­re­gis­tre­ment sur la ban­quise n’est pas ta pre­mière ex­pé­rience ?

Mo­lé­cule : Je suis ef­fec­ti­ve­ment dé­jà par­ti en 2013 sur un cha­lu­tier pour en­re­gis­trer 60°43'Nord au plus proche de la tem­pête et, en jan­vier 2017, je me suis di­ri­gé cette fois vers le Groen­land pour les sons du der­nier al­bum, -22.7°C. Es-tu at­ti­ré plus spé­cia­le­ment par les pays froids ? Je ne suis ob­nu­bi­lé ni par le froid, ni par le nord, mais c’est vrai que pour ces pro­jets, que ce soit en mer ou au mi­lieu du silence qui est le thème cen­tral de -22.7°C, ce­la m’a conduit par as­so­cia­tion d’idées vers ces régions. Quelle est ta dé­marche ar­tis­tique ? Je pars sans au­cune idée de ce que je vais com­po­ser là-bas afin de m’im­mer­ger en­tiè­re­ment dans un es­pace na­tu­rel. Au Groen­land, j’ai re­cons­ti­tué mon home-stu­dio avec tous les ou­tils de l’in­for­ma­tique mu­si­cale d’au­jourd’hui dans une pe­tite ca­bane de chas­seur au sein d’un vil­lage inuit de 80 ha­bi­tants iso­lé du reste du monde. J’ai énor­mé­ment de ma­té­riel entre les syn­thé­ti­seurs, les en­ceintes, l’or­di­na­teur, la carte son, les gui­tares, basses, pé­dales d’ef­fets et bien sûr les mi­cros. C’est sur ces tex­tures de base, un peu re­tra­vaillées, que j’ajoute en­suite mes ins­tru­ments. Je re­cherche à chaque fois des en­vi­ron­ne­ments où la na­ture est do­mi­nante. D’où te vient cette at­ti­rance ? J’ha­bite à Pa­ris de­puis quelques an­nées et ce n’est pas évident d’y en­tendre les élé­ments na­tu­rels. Je suis né à Gre­noble, jeune j’ai fait beau­coup de mon­tagne, avec aus­si des ori­gines bre­tonnes et une mai­son fa­mi­liale où on al­lait en va­cances. C’était un peu in­cons­cient quand je suis par­ti sur ce ba­teau, mais il y avait la né­ces­si­té de ré­ta­blir un contact et de vivre au­près de la na­ture, ce qu’on perd dans son quo­ti­dien, sur­tout pa­ri­sien. Quelles ont été les dif­fé­rences entre tes deux ex­pé­riences ? Le pé­riple dans l’At­lan­tique avait été un séjour très so­nore, entre le mo­teur, l’ac­ti­vi­té des hommes et la tem­pête. Je suis re­ve­nu avec des oreilles un peu fa­ti­guées et en même temps l’éner­gie et la vo­lon­té de me pro­je­ter dans une nou­velle aven­ture, mais en tra­vaillant cette fois au­tour du silence, ce qui peut pa­raître un peu pa­ra­doxal pour un mu­si­cien. Il y a un as­pect phi­lo­so­phique et même mys­tique der­rière cette no­tion et je suis très ins­pi­ré par les tra­vaux de John Cage. Je me sou­viens de ce qu’il di­sait dans ses ex­pé­riences d’écoute en chambre ané­choïque, une pièce to­ta­le­ment si­len­cieuse qui sert à réa­li­ser des tests de ma­té­riel. Il dé­cla­rait que même dans ces en­droits, on peut en­tendre en­core deux types de son, les fré­quences très ai­guës qui ré­sultent de l’ac­ti­vi­té cé­ré­brale et une fré­quence beau­coup plus grave qui cor­res­pond au bruit du sang cou­lant dans nos veines. Même si sur l’al­bum il y a en plus des notes et des har­mo­nies, j’ai eu en­vie de tra­vailler au­tour de ce rap­port au silence, qui est aus­si le rap­port à soi-même. Qu’est-ce qu’on en­tend sur la ban­quise ? Quand on est avec son mi­cro, il y a une at­ten­tion ex­trême por­tée au son. On n’en­tend presque rien, seule­ment un lé­ger souffle et on est pro­je­té à l’in­té­rieur de soi-même avec ses sou­ve­nirs et ses émo­tions : c’est un peu de l’ordre de la transe. L’al­bum est le té­moin de ces états et si j’ai quelque chose à re­ven­di­quer à tra­vers ce type de pro­jet, c’est de re­mettre l’écoute, au sens noble du terme, à sa juste va­leur.

Quel ma­té­riel d’en­re­gis­tre­ment as-tu uti­li­sé pour ré­sis­ter au froid et au vent ?

Je col­la­bore avec Senn­hei­ser pour tes­ter du ma­té­riel en condi­tions de grand froid et en même temps on tra­vaillait sur l’im­mer­sion et l’en­re­gis­tre­ment bi­nau­ral. On a mis au point un kit très simple consti­tué de pe­tits mi­cros

-22.7°C [Mille­feuilles Re­cords / Be­cause Mu­sic] • www.fa­ce­book.com/mo­le­cu­le­sound • https://mille­feuilles.big­car­tel.com

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.