« On a ap­pris l’ar­mis­tice au mar­ché »

Jean­paul Ca­bart signe un livre sur la vie quo­ti­dienne des Drouais pen­dant la Grande guerre

L'Écho Républicain - - Dreux En 14-18 - Olivier Bo­hin olivier.bo­hin@cen­tre­france.com

Des fils d’at­tente de­vant les rares bou­tiques ou­vertes, des prix éle­vés mais aus­si des élans de so­li­da­ri­té : pro­fes­seur d’his­toire à la re­traite, Jean-paul Ca­bart dé­voile le quo­ti­dien des Drouais du­rant la Grande guerre.

Le mas­sacre des troupes drouaises, du 101e Ré­gi­ment d’in­fan­te­rie, à Éthe­vir­ton, à Or­feuil et tous ces lieux ma­cu­lés à ja­mais par le sang ont fait l’ob­jet de nom­breux ré­cits. Avec La vie quo­ti­dienne des Drouais pen­dant la Grande guerre, édi­té par les Amis du mu­sée, JeanPaul Ca­bart, pro­fes­seur d’his­toire à la re­traite, s’in­ té­resse à la face mé­con­nue du conflit, avec des do­cu­ments rares d’une ville au coeur de la guerre.

Qu’avez-vous re­te­nu de plus mar­quant ?

La “grosse ré­vé­la­tion”, c’est la dif­fi­ culté de l’ap­pro­vi­sion­ne­ment des den­rées ali­men­taires de base, due à l’aug­men­ta­tion consi­dé­rable des prix. En sep­tembre 1916, 200 femmes avaient si­gné une pétition pour pro­tes­ter contre la vie chère.

■ Dreux a ac­cueilli de nom­breux bles­sés. Ils n’étaient pas uni­que­ment soi­gnés dans l’hô­pi­tal de la rue Saint­de­nis, mais aus­si dans des col­lèges (Ca­mus par exemple) ou l’ac­tuel ly­cée Notre­dame.

Quel était l’état d’es­prit de la po­pu­la­tion ?

Les Drouais avaient sur­tout peur pour leurs proches par­tis au front. Dreux a connu une alerte aé­rienne, le 15 août 1918. On ne sait pas trop s’il y a eu un lâ­cher de bombes. La même nuit, la ville de Chartres a été bom­bar­dée et il y a eu plu­sieurs morts.

Le maire Mau­rice Viol­lette était-il tou­jours en poste ?

Of­fi­ciel­le­ment oui, mais, dans les pre­miers jours de la guerre, il est mo­bi­li­sé à An­ne­cy, pour re­joindre son ré­gi­ment de chas­seurs al­pins. Il a don­né une dé­lé­ga­tion de maire à son pre­mier ad­joint, Émile Prod’homme. Viol­lette n’est res­té au front que jus­qu’à dé­cembre 1914. Étant par­le­men­taire, il a conti­nué de sié­ger à la Chambre en tant que vi­ce­pré­sident. Il était plus ef­fi­cace pour Dreux en étant à Pa­ris, étant un homme très in­fluent.

Qu’a-t-il ob­te­nu pour sa ville ?

Du per­son­nel pour les tra­vaux dans les champs. Des pri­son­niers de guerre al­le­mands ont été dé­pê­chés à Dreux et dans la ré­gion. Le maire Mau­rice Viol­lette a créé la bou­che­rie mu­ni­ci­pale, le 1er juillet 1916, pour que les ha­bi­tants puissent avoir de la viande à bas prix.

Pen­sait-on à se dis­traire mal­gré tout ?

Tous les bals, les foires, la fête de la ro­sière avaient dis­pa­ru, tout comme les spec­tacles au théâtre. En re­vanche, on al­lait au ci­né­ma, à L’idéal, rue Pa­ri­sis. Par ailleurs, la pros­ti­tu­tion était as­sez dé­ve­lop­pée, no­tam­ment à do­mi­cile. Une femme, sous cou­vert de vendre des cou­ronnes mor­tuaires, te­nait une mai­son de passe.

Comment Dreux a-t-elle ap­pris l’ar­mis­tice ?

Le 11 no­vembre 1918 étant un lun­di, les gens ont su la bonne nou­velle en se ren­dant au mar­ché, vers 11 h 15. La fête et les dé­fi­lés n’ont eu lieu que quelques jours plus tard. Quant à la pé­nu­rie ali­men­taire, elle a conti­nué jus­qu’en 1919. ■

è La vie quo­ti­dienne à Dreux pen­dant la Grande guerre.

COL­LEC­TION : GUY CHAU­VET

ÉPOQUE. La bou­che­rie mu­ni­ci­pale pro­po­sait de la viande pas chère.

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