Le chô­meur se­nior de­vient pa­tron ju­nior

Pas­cal Pioche, 53 ans, dé­marre une nou­velle vie “d’homme toutes mains”

L'Écho Républicain - - Vie D'endr’enptrrieseprise - Pas­cal Bour­sier pas­cal.bour­[email protected]­tre­france.com

Il est de­ve­nu pa­tron, mais ce­la lui « fait en­core tout drôle ». Parce qu’on le trou­vait « trop vieux » sur le mar­ché du tra­vail, le Drouais Pas­cal Pioche a créé sa pe­tite en­tre­prise.

Homme toutes mains. Pas­cal Pioche est plu­tôt fier de ce titre écrit en ca­rac­tères gras sur les 2.500 pros­pec­tus qu’il a dis­tri­bués dans les boîtes à lettres de Dreux.

« Je ne suis pas un in­tel­lec­tuel, mais un vrai ma­nuel. Je sais à peu près tout faire de mes mains. Et, de­puis le mois d’août 2018, je suis pa­tron. Ça me fait drôle, j’ai été ou­vrier toute ma vie… », sou­rit­il.

« Il ne faut pas se dé­cou­ra­ger »

En ce mar­di, notre “homme toutes mains” range conscien­cieu­se­ment ses caisses à ou­tils dans le coffre de sa ca­mion­nette. Di­rec­tion un quar­tier ré­si­den­tiel de Dreux.

« J’in­ter­viens chez un jeune qui a ache­té un meuble en kit. Je vais lui mon­ter et l’ac­cro­cher en­suite au mur. C’est le genre de pres­ta­tions que je pro­pose. Toutes ces choses simples que les gens n’ont pas le temps de faire ou ne savent pas faire », ra­conte cet homme de 53 ans.

Au­jourd’hui, mer­cre­di, il se ren­dra chez une per­ sonne âgée pour éta­blir le de­vis de la taille de sa haie. Et entre ces ren­dez­vous, pas mal d’at­tente et, par­fois, quelques doutes… « De­ve­nir pa­tron, ça fait rê­ver pas mal de gens. Moi, j’ai eu la chance d’avoir une très bonne for­ma­tion avec le BGE­IS­mer, dans les lo­caux de la pé­pi­nière d’en­tre­prises de Dreux, puis à la chambre des mé­tiers d’eure­et­loir où j’ai ins­crit mon en­tre­prise après ma cer­ti­fi­ca­tion. Être pa­tron, c’est un abou­tis­se­ment mais, dans la réa­li­té, il faut énor­mé­ment s’ac­cro­cher, ne pas se dé­cou­ra­ger et re­trous­ser les manches quand le bou­lot se pré­sente. »

Fils d’ou­vriers, né aux Cha­mards, dans le quar­tier le plus po­pu­laire de Dreux, Pas­cal Pioche a tou­jours été ou­vrier. « J’ai tra­vaillé pour quan­ti­té de boîtes. Des pe­tites mais aus­si des grandes, comme l’an­cienne usine Re­nault de Dreux et l’usine Phi­lips où je suis res­té vingt­deux ans, jus­qu’à la fer­me­ture. »

Li­cen­cié éco­no­mique, il dé­couvre, à 48 ans, qu’il « est trop vieux » pour pré­tendre à un CDI. « J’ai fait trois an­nées en in­té­rim comme ca­riste dans un la­bo phar­ma­ceu­tique. Puis, un jour tout s’est ar­rê­té. Les mai­sons d’in­té­rim me di­saient qu’elles pré­fèrent prendre des jeunes car ils coûtent moins cher. » RSA puis mi­ni­ma so­ciaux, Pas­cal Pioche a fi­ni par fran­chir le pas de la créa­tion d’en­tre­prise. En “Homme toutes mains”, il change des am­poules, dé­bouche des éviers, passe la ton­deuse à ga­zon, re­bouche des fis­sures, net­toie des murs avant le pas­sage du peintre.

« Mes clients sont des per­sonnes âgées mais aus­si des jeunes couples de cadres avec des en­fants. C’est très di­ver­si­fié. Et le soir, le bou­lot conti­nue à la mai­son avec toute la pa­pe­rasse ad­mi­nis­tra­tive », sou­ligne ce pa­tron ju­nior qui es­père bien em­bau­cher « d’ici deux à trois ans » quand l’en­tre­prise se­ra vrai­ment sur les rails. ■

« On me di­sait : “On pré­fère les jeunes” »

VO­LON­TÉ. Pa­tron de­puis le mois d’août, Pas­cal Pioche in­ter­vient chez les par­ti­cu­liers.

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